Cadavres Exquis Métropolitains : le CSSP (Centre Surréaliste de Santé par la Poésie) préconise « la posologie d’au moins trois cadavres exquis par jour »

C’est exquis !

• 27 mars 2020⇒26 juillet 2020 •
Cadavres Exquis Métropolitains : le CSSP (Centre Surréaliste de Santé par la Poésie) préconise « la posologie d’au moins trois cadavres exquis par jour » - Zibeline

L’association Karwan avait proposé une première édition de Cadavres Exquis Métropolitains en 2017 dans le cadre de La Lecture par Nature à l’échelle de la métropole Aix-Marseille Provence. Cette année, le projet s’évade à Nantes, tout en restant accessible à tous ceux de la région qui souhaitent y participer, et poursuit sa collaboration avec l’artiste Karelle Ménine.

Rendez-vous à Nantes

Le choix de Nantes et sa métropole répond au succès de l’édition 2017, « suffisamment convaincant pour que d’autres métropoles sollicitent Karwan, dont celle de Nantes dont la participation était d’autant plus justifiée que la ville entretient des liens étroits avec le surréalisme, puisqu’elle abrita les études lycéennes et la mort prématurée de Jacques Vaché, fondateur avec trois condisciples du « groupe des sârs » et fut considéré par André Breton, dont il fut l’ami, de précurseur du mouvement surréaliste. Breton disait de lui « Jacques Vaché est surréaliste en moi ». Une exposition consacrée au surréalisme vient d’ailleurs de s’achever à la médiathèque Jacques Demy (le 27 février dernier), empruntant son nom à l’éphémère revue de Jacques Vaché et ses comparses, En route mauvaise troupe. La directrice des bibliothèques de Nantes, Agnès Marcetteau-Paul a vu dans le projet des cadavres exquis un beau prolongement à l’évocation du « groupe de Nantes », précurseur du surréalisme… », sourit Anne Guiot, directrice de Karwan qui souligne l’originalité du financement qui est lié en grande partie à des fonds privés, ce qui est une première pour une action de ce genre.

Mode d’emploi

Cinquante phrases issues chacune d’un ouvrage lié au surréalisme et choisie par les cinq médiathèques de la métropole nantaise sont présentées. Il s’agit de les poursuivre, en rédigeant l’une des six phrases (de 46 caractères chacune) qui en découlent. Bien évidemment, comme dans le jeu plus réduit des « cadavres exquis », chaque contributeur ignore ce que les autres ont écrit. Les surprises et les rencontres sont parfois d’une originalité et d’un sens surprenant de poésie et de profondeur ! À l’instar des surréalistes qui l’ont inventé (la première phrase née par ce procédé lui donna son nom : « le cadavre exquis boira le vin nouveau »), chacun est invité à laisser aller son imagination et sa créativité. Les textes nés de cette composition collective seront inscrits à la main dans l’espace public en fresques littéraires que l’on pourra venir déguster aux abords des médiathèques partenaires du projet (du 29 juin au 26 juillet). La manifestation Voyage à Nantes en verra l’inauguration (un bus sera affrété pour un voyage explorateur de ces mots).

« Hasard objectif » ?

Le projet, en germination depuis un an, ne répond pas à une initiative cherchant à nous distraire du confinement, même s’il lui est particulièrement bien adapté ! « Il ne s’agit que d’un concours de circonstances » affirme Anne Guiot. « Mais les ateliers prévus dans les médiathèques avec Karelle Ménine pourront être relayés par des ateliers virtuels qui sont encore en réflexion ».
Hormis le plaisir de jouer, le recours à une telle pratique est même conseillé pour échapper à la morosité ambiante. Sans doute, cela ne guérit pas de telle ou telle maladie plus ou moins célèbre, mais d’après le CSSP (Centre Surréaliste de Santé par la Poésie) est préconisée « la posologie d’au moins trois cadavres exquis par jour » ; il vous est d’ailleurs recommandé de « faire part des bienfaits ou dérives généré.e.s par cet usage », afin que le CSSP le communique « aux autorités compétentes ».

Et si l’on rêvait ?

La « cartographie exquise » visible sur le site dédié à la manifestation (cadavresexquismetropolitains.fr) permet de voir l’origine des divers contributeurs. La région Aix-Marseille est en tête, les habitudes ayant été prises dès 2017, mais le rayonnement s’étire sur l’Europe, et d’autres continents : émergent l’Afrique, l’Amérique et même l’Australie… « L’Institut Français est très intéressé, rappelle Anne Guiot, et devant la carte des contributions, on peut se plaire à espérer que ces « cadavres exquis » prennent une tournure internationale. Peu importe la langue, la graphie, au contraire, ce mélange fait rêver, par sa capacité de fédérer, d’unir en un même projet les cultures, les sensibilités, les voir jouer entre elles. On est en train d’envisager la possibilité d’un traducteur virtuel international qui ajouterait du sens par ses traductions mais aussi sa fantaisie… Tout cela n’est pas encore en œuvre, mais reste une belle utopie possible… »

Citons l’un des cadavres exquis publiés sur le site, ayant pour phrase de départ « Je suis à peu près certain de rêver » (in Lettres de guerre :1914-1918, Jacques Vaché, 2018 Correspondance) sélectionnée par la Médiathèque Jacques Demy (Nantes) :

« Je suis à peu près certain de rêver.
Je sublime ma réalité chimérique.
Les brumes de mon esprit flottaient autour
Et plus rien dès lors ne comptait
ni même la résurgence d’un confinement, ou la
saveur du chimichurri s’efface dans le vent.
 »

Alors, à vos plumes pour de nouveaux envols !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2020

cadavresexquismetropolitains.fr

Photographie : Cadavres exquis métropolitains, Aix-Marseille-Provence Métropole © X-D.R