La colère du peuple s'expose sur les murs de la Salle des rotatives à Marseille

Cartographier la colère

La colère du peuple s'expose sur les murs de la Salle des rotatives à Marseille - Zibeline

Agnès Mellon, photographe, et Chrystèle Bazin, journaliste et artiste sonore, mettent en scène la révolte citoyenne dans la salle des rotatives de la Marseillaise

À Marseille il y a eu, comme ailleurs, les gilets jaunes, les manifestations, les affrontements avec une police prompte à frapper et dégainer. Mais il y a eu  aussi, en plus, le mur de la Plaine, et la tragédie de la rue d’Aubagne. Et, depuis, les expulsions qui se succèdent, les luttes contre les PPP des écoles… combats locaux qui rejoignent les luttes mondiales pour le climat ou l’accueil des « migrants »…

Agnès Mellon et Chrystèle Bazin, chacune à sa manière et avec son média, sont des témoins obstinément subjectifs. Qui captent, montent, cadrent, cherchent des lignes et des thèmes, des sens, qu’elles dévoilent.

La Dent creuse, allusion au trou laissé dans la rue d’Aubagne par la disparition des immeubles, veut cartographier la colère du peuple : sa réaction, en 4 thématiques, Rage ou Sidération, quand la tragédie arrive ; le Chagrin, qui en découle ; et puis le Feu, pour reprendre possession de la vie.

L’exposition, politique, est aussi poétique : parce que les images d’Agnès Mellon sont toujours éclairées d’une flamme très personnelle, et qu’elle aime, depuis plusieurs années, enchâsser sa traque des visages et des corps dans des dispositifs plastiques, murs d’images, fragmentations et répétitions, auxquelles répondent les montages et création de Chrystèle Bazin.

L’exposition, subventionnée par la Région, devait être hébergée à Ici Marseille, dont les murs appartiennent à Bouygues qui, au vu du sujet semble-t-il, s’est retracté… La Marseillaise accueille donc gracieusement l’expo militante, dans un lieu qui sera propice aux échanges, conversations et débats qui sont prévus jusqu’en décembre. Dans la perspective d’une société nouvelle qui pourra naître, peut être, enfin, de la colère cartographiée du peuple.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019

La Dent creuse, cartographie de la colère, du 5 novembre au 21 décembre, Salle des rotatives, la Marseillaise, Marseille

Photo : -c- Agnès Mellon