A Marseille, le festival CaravanSérail réinvente la Méditerranée

CaravanSérail : invitation au voyage

• 18 juin 2021⇒19 juin 2021 •
A Marseille, le festival CaravanSérail réinvente la Méditerranée - Zibeline

Entretien avec Titi Robin, qui y présentera Ma Gavali, un retour aux sources gitanes.

Zibeline : Quelle formation et quelle esthétique allez-vous proposer au public de Caravansérail ?

Titi Robin : C’est la première d’un nouveau spectacle : Ma Gavali. La formation a été créée à Perpignan, il y a deux ans, lors de retrouvailles musicales avec la famille Saadna, du quartier gitan Saint-Jacques. On avait joué des anciens morceaux avec lesquels on tournait depuis le début des années 90. Pendant le confinement, j’ai composé un répertoire original et Roberto Saadna a adapté mes textes dans sa langue maternelle. Notre volonté est de mettre en avant le compas gitan, en privilégiant le dialecte du quartier, une version gitane du catalan que je considère comme une langue française au même titre que le breton et d’autres. Le style perpignanais de la rumba catalane contient beaucoup d’harmonie vocale, une tradition très peu connue.

Quel est le gène commun à la grande famille artistique de Titi Robin ?

En tant qu’autodidacte, je n’ai pas toujours compris comment je construisais mon chemin. J’y allais à l’instinct. À présent, je peux analyser. Il faut que les musiciens, avec lesquels je m’embarque souvent pour des dizaines d’années, aient une culture proche de la culture méditerranéenne. Pour qu’on puisse se comprendre dans la manière de travailler les mélodies et de sentir le rythme. Si j’ai un excellent musicien en face de moi mais qui respire différemment, ça va être difficile d’avancer ensemble. Humainement aussi, on doit avoir des choses à échanger et à partager.

La Méditerranée représente bien plus qu’une mer pour vous…

Je la vois comme un pont, une fenêtre, un lien entre l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et jusqu’au nord de l’Inde. Ma manière de travailler est très liée à des cultures musicales et poétiques qui se trouvent sur les autres rives. Il y a toujours eu beaucoup d’échanges sur cette route-là, dans l’histoire. C’est malheureusement devenu une frontière politique où beaucoup périssent.

Quel est votre lien avec Marseille ?

J’y ai passé beaucoup de temps. Une de mes filles y vit (Maria Robin, elle-même artiste, ndlr). C’est une ville symboliquement très importante pour moi. J’attends le jour où on va en parler avec respect. Elle n’a pas le statut qu’elle mérite. Je rêve d’une Marseille qui éclaire la France et qui rappelle à l’Europe qu’en tant que cité d’origine grecque, elle est un des berceaux de la civilisation.

Vous qui valorisez la rencontre et le partage des cultures, comment vivez-vous les offensives de remise en cause du vivre ensemble ?

J’ai grandi et je me suis construit au contact des communautés rurale française, gitane, arabe et plus tard indienne. J’aime ma France telle qu’elle est, donc pour moi la période est difficile à vivre. Je ne suis pas surpris car c’est une réalité déjà ancienne que l’évolution de la société a rendu prégnante et nauséabonde. On paye la manière faussée d’écrire l’histoire. Certains fantasment sur une entité unique alors que la France qui m’a nourri est une mosaïque.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Juin 2021

Photo : Titi Robin © Fabien Tijou

Caravansérail
18 & 19 juin
Théâtre Silvain, Marseille
festival-caravanserail.com



Au programme

18 juin : Juan Carmona, Lalala Napoli, Orange Blossom
19 juin : Lo Còr de la Plana, Titi Robin, Jupiter & Okwess

Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/