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GRANDE — de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Cabaret frénétique

• 10 janvier 2019⇒12 janvier 2019, 17 janvier 2019⇒18 janvier 2019, 6 février 2019⇒9 février 2019 •
GRANDE — de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel  - Zibeline

C’est l’un des spectacles les plus en vus du paysage circassien contemporain qu’accueille la Biennale, porté par deux prodiges touche-à-tout. Le verbe haut et le corps leste, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel sont tous deux passés par le CNAC de Châlons-en-Champagne et le Conservatoire de Paris. À leur rencontre en 2005, ils fondent un laboratoire sur la prise de parole au cirque. Au sein du collectif Ivan Mosjoukine, ils triomphent dès 2012 avec Notes on the circus, une relecture maline des codes du cirque, égrainant des saynètes comme autant de numéros listés sur une feuille de salle. Avec GRANDE —, le binôme prend comme nouveau cadre la revue de music-hall. « Cirque et music-hall ont été traversés par beaucoup d’artistes qui savaient faire des trucs dingues : tourner les assiettes sur la tête, connaître le bottin par cœur… C’est ce qui nous intéresse. Notre scène ressemble à la machinerie d’un juke-box, chaque étape du processus peut s’assimiler à un poème », commente Tsirihaka Harrivel. Inspirée par Roland Barthes, le poète Robert Filliou ou encore la Nouvelle Vague, leur écriture fragmentée use d’ingénieux protocoles pour agencer le joyeux bordel qui règne au plateau : machine à laver, cercueils, colonne dorique, chaises d’enfants, claquettes, diapositives, babyfoot, ou encore 40 costumes endossés à vue, servent tour à tour à explorer diverses thématiques. L’allégorie rieuse n’est jamais loin, à l’instar du strip-tease inaugural de Vimala Pons effeuillant 35 couches de vêtements, comme un passage en revue des contraintes successives ayant pesé sur les épaules de la femme à travers les âges : « L’essence de la création, c’est qu’elle s’impose à nous par bribes, à la manière des jeux qui nécessitent de relier des points pour voir un dessin apparaître », s’amuse-t-elle. Contagieuse est leur frénésie joyeuse, qui manie habilement sous-texte et méta discours. Le spectateur en ressort exsangue mais repu, ayant sondé le vertige existentiel de ne pouvoir tout dire, mais éprouvé l’entêtement des artistes à avoir essayé.

JULIE BORDENAVE
Janvier 2019

Photo : GRANDE — © Tout ça – Que ça

GRANDE —
10 au 12 janvier
Théâtre de Nice

17 & 18 janvier
La Passerelle, scène nationale de Gap

6 au 9 février
La Criée, Marseille

Biennale-cirque.com