Croiser les arts et les savoirs. Entretien avec Charles Berling, directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté

Bleu, passionnément…

Croiser les arts et les savoirs. Entretien avec Charles Berling, directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté - Zibeline

Pluridisciplinaire, la scène nationale Châteauvallon-Liberté œuvre au partage des émotions et des réflexions avec la volonté de croiser les arts et les savoirs.

Zibeline : Comment considérez-vous le rôle du spectacle vivant dans ce contexte de crise sanitaire ?

Charles Berling : Je le considère comme important et essentiel parce que nous sommes dans des temps où les communications par Internet et vidéo sont très nombreuses, et où l’on constate que rien ne remplace le partage et le contact humain, ce moment à la fois éphémère et essentiel qui fait que les êtres peuvent se parler, se voir, se toucher et avoir des émotions partagées. Ce n’est pas la même chose que ce que l’on peut vivre par exemple en télétravail. On sent tous évidemment que cela peut être utile mais qu’il y a quelque chose qui manque. Le spectacle vivant est là, je dirais, pour donner cette liberté fondamentale d’un partage en direct et non pas d’un partage qui passe par des filtres. 

Les artistes et les équipes ont-ils pu continuer à travailler pendant le confinement ?

On a travaillé sur l’organisation de la saison et sur les thématiques de la rentrée, la première étant Passion bleue. Le reste s’est arrêté purement et simplement. Dès le mois de mai on a décidé de rouvrir les salles aux artistes même si, à ce moment-là, ils ne pouvaient pas jouer mais seulement répéter. Ensuite, on a pu sauver une partie du festival d’été de Châteauvallon.

Comme les artistes ont été obligés de travailler autrement et que les représentations n’ont pas eu lieu, faut-il selon vous réinventer les relations artistes-publics ?

Je pense que oui. Déjà, il faut toujours réinventer ! C’est un combat permanent pour moi que de dire que les institutions, les théâtres, les artistes doivent toujours se poser la question de leur lien avec le public. C’est un lien qui par définition bouge, évolue. Il faut se réadapter aux situations nouvelles et ne pas se contenter, jamais, du public déjà acquis, mais chercher toujours à toucher d’autres gens. Je pense que, fondamentalement, les institutions publiques n’ont de sens que si elles sont vraiment connectées à tous les publics, c’est-à-dire qu’elles créent une véritable solidarité. Si je prends l’exemple de Passion bleue, c’est pour nous l’occasion de retisser des liens avec tous ceux qui s’intéressent à la mer, tous ceux qui y travaillent, avec l’Ifremer, la marine nationale, les yachts clubs, les pêcheurs… Les thématiques sont à chaque fois l’occasion de réenclencher des relations directes avec ce qui constitue le tissu général et social de la métropole toulonnaise et au-delà, de la région sud. Chaque année on se pose la question du public, et comment travailler sur toutes les générations. Bien évidemment, il y a des générations et des populations plus difficiles à atteindre car elles ont le sentiment que le spectacle n’est pas pour elles et une autre manière de se « divertir », ce mot que je déteste ! Ce que l’on propose c’est du plaisir, bien sûr, mais c’est aussi une façon de partager  avec d’autres personnes une forme de liberté de jouir et une liberté de penser.

Ce sont ces Thémas qui vous permettent de créer de nouvelles relations ?

Pas seulement les Thémas mais aussi les questions que l’on se pose quand on fait une programmation. Depuis le début il y a une préoccupation constante de comprendre comment on peut aller à la rencontre de différents publics. C’est plus ou moins réussi, on ne s’estime pas parfait, mais je crois que ce combat est absolument nécessaire, encore plus aujourd’hui. Moi qui connais le théâtre subventionné et privé depuis quarante ans, je suis sûr de cela. C’est un aspect extrêmement important de l’avenir des institutions culturelles comme les scènes nationales.

Avez-vous mis en place des outils, des moyens de garder le contact pour continuer à vivre tout simplement ?

Bien sûr, seulement on n’a pas voulu saturer les tuyaux d’informations, de vidéos, de souvenirs… On a par exemple proposé aux enfants de continuer les ateliers avec les artistes par Skype à la maison, mais on sait tous que c’est un pis-aller. Même à l’intérieur de notre équipe, le télétravail et la distanciation ont créé de la solitude. C’était important de sortir de cet état. 

Vous a-t-il fallu réinitialiser la saison et repartir à zéro ?

On avait déjà beaucoup avancé sur la saison en mars. On est fier des spectacles que l’on coproduit ou que l’on accueille parce que cela correspond à ce que doit faire, pour moi, une direction d’un théâtre : affirmer tout simplement des goûts, l’envie de faire partager des spectacles que l’on aime ou sur lesquels on fait un pari avec le public. Cela a toujours été notre ADN et cela continue. La saison avait donc été largement commencée mais, avec la Covid, on a du la modifier un petit peu. Certains spectacles ont été reportés la saison prochaine, d’autres annulés comme le Liberté Plage évidemment. C’était très important de considérer les compagnies, les artistes, les intermittents soit en les dédommageant directement soit en reportant les représentations, mais surtout ne pas les abandonner sur le carreau. Comme on n’a pas pu faire le Liberté Ville ni le Liberté Plage, on a reporté au printemps 2021 une thématique qui nous tient à cœur, EXTRA-ordinaires !, sur le handicap. On a également fait attention aux éventuelles mesures de restriction de rassemblements de gens en déplaçant le Liberté Ville à la rentrée, à l’intérieur du Théma Passion bleue qui intéressera les gens à la mer, à cet espace, à cet élément absolument vitaux. On leur racontera la nature par sa beauté et non pas seulement par les alarmes que représente la Covid.

Propos recueillis par MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Septembre 2020

Photo : Charles Berling © Aurélien Kirchner – La scène nationale Châteauvallon-Liberté

Châteauvallon – Scène nationale
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Théâtre Liberté
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