L'association Cinémas du sud & tilt lance des Projections Plurielles consacrées à l’égalité Femmes/Hommes

Berthe et Rose, les deux dames indignesVu par Zibeline

• 7 décembre 2021⇒8 mars 2022 •
L'association Cinémas du sud & tilt lance des Projections Plurielles consacrées à l’égalité Femmes/Hommes - Zibeline

Le 25 novembre, dans la mythique salle de l’Eden-Théâtre à la Ciotat, l’association Cinémas du sud & tilt lançait la première édition de Projections Plurielles consacrées à l’égalité Femmes/Hommes.

Cela a commencé avec la Journée Internationale contre les violences à l’égard des femmes (le 25 novembre) et s’achèvera le 8 mars avec celle de leurs droits. Sur chaque territoire de la Métropole Aix-Marseille Provence (qui soutient la manifestation) ces Rencontres mensuelles proposeront des approches plurielles (projections, débats, rencontres, conférences, master class) autour de quatre thématiques : l’égalité au travail, les violences, le genre, la ville et les inégalités.

Entrecoupés par Hedy Lamarr de Phuong-Mai Nguyen et Charlotte Cambon de Lavalette (adaptation de l’une des Culottées de Pénélope Bagieu), deux longs métrages étaient au programme pour l’inauguration : La Vieille dame indigne de René Allio, et, en avant-première, Rose, premier film de la chanteuse-auteure-compositrice et maintenant réalisatrice Aurélie Saada.

Deux films judicieusement mis en écho, que 55 ans séparent mais que les synopsis rapprochent : Berthe et Rose, deux femmes brutalement veuves à plus de 75 ans, que leurs enfants voudraient bien garder à leur place de mères et grand-mères, découvrent, après des années d’abnégation, un égoïsme bien mérité. Elles s’ouvrent, ô scandale ! au plaisir d’être toujours vivantes, désirantes, générant un désordre familial et social. Bonheur absolu de retrouver la modernité, la radicalité d’Allio dont la monteuse Catherine Poitevin a rappelé la rigueur. D’entendre sa voix commentant le destin de son personnage. De voir la Marseille des années 60, la mutation des Quartiers nord, le fiacre de La Canebière et la 2CV de Berthe. De sentir juste avant 68, contre le carcan moral de l’époque gaulliste, un désir de liberté, incroyablement incarné par une vieille dame (Sylvie) vêtue et chapeautée de noir, flanquée de sa jeune copine sexuellement libérée (Malka Ribowska) ! Aurélie Saada ne connaissait pas ce film quand elle a imaginé le sien à partir d’une expérience personnelle. On quitte le milieu ouvrier d’Allio pour une famille bourgeoise d’origine juive-tunisienne. Le noir et blanc pour des couleurs chaudes. Rose perd son compagnon et se laisse dépérir jusqu’à sa rencontre, lors d’un dîner où sa fille la traîne, avec une femme aussi âgée qu’elle, qui s’autorise tous les plaisirs. Rose comprend qu’on peut « faire des choses pour soi » et jouir jusqu’au bout des nourritures et des boissons terrestres, chanter, danser et même – tabou absolu dans nos représentations, faire l’amour avec un homme plus jeune que soi. Au grand dam de ses enfants qui vivent chacun de leur côté des bouleversements dans leur vie privée. Françoise Fabian dans le rôle-titre transcende cette comédie. Belle avec ses 88 ans sonnés, sensuelle, exprimant avec maestria la mutation intérieure qu’elle ne comprend pas tout à fait mais qui la submerge et la rend heureuse : « Je pourrais arrêter mais je n’en ai pas envie », conclut-elle à la fin du film, face caméra. Nous, non plus.

ELISE PADOVANI
Décembre 2021

Projections plurielles
Jusqu’au 8 mars 2022
Divers lieux, Métropole Aix-Marseille Provence
seances-speciales.fr 

Photo : Rose, Aurélie Saada © Silex Films – Germaine Films – 2021