Les Ballets de Monte-Carlo retrouvent le chemin du Grimaldi Forum

Ballets en hiverVu par Zibeline

• 15 octobre 2020⇒3 janvier 2021 •
Les Ballets de Monte-Carlo retrouvent le chemin du Grimaldi Forum  - Zibeline

Après la diète de spectacles vivants des périodes confinées et moroses, l’annonce des retours sur scène prend un air de fête !

Cinq pièces mises en scène, et écrites par Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets depuis 1993, seront interprétées par les Ballets de Monte-Carlo de la mi-octobre à début janvier, accompagnés par le bel Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (dirigé par Igor Dronov et Kazuki Yamada). Le premier spectacle de la saison, (15 au 17 octobre) offre deux pièces du répertoire du chorégraphe monégasque, qui, chacune, magnifient et exaltent le corps des danseurs, superbe réponse à leur absence des plateaux durant une si longue période. À la lueur des bougies, dans un clair-obscur digne d’un Georges de La Tour, les corps androgynes d’Alto Canto se fondent aux volutes du Magnificat de Monteverdi, triomphe de l’abstraction incarnée en une quête spirituelle où l’être et le monde tentent de s’accorder. La musique diabolique de John Adams impose un rythme d’une rare intensité aux danseurs de Vers un Pays Sage, composé par Jean-Christophe Maillot en hommage à son père, Jean Maillot, peintre et scénographe aujourd’hui disparu. L’énergie folle de ce dernier se trouve transcrite dans ce ballet boulimique de mouvement.

Apothéose

Décembre, comme chaque année, proposera son bouquet de représentations. Dov’è la Luna, messe solennelle pour sept danseurs, se love dans le clair-obscur, afin d’explorer cet entre-deux entre l’ombre et la lumière, la vie et la mort, lieu attribué à la lune par les antiques mythologies. « Ni début ni fin » pour ce ballet précise Jean-Christophe Maillot. Ici se prépare « une seconde naissance » sur la musique de Scriabine, tandis que la grammaire de la danse classique est repoussée jusque dans ses extrêmes limites, et que le passage sans cesse mouvant d’un état à un autre est l’endroit où se réfugie l’éternité. La thématique du temps si souvent teintée d’ombres est abordée avec l’ardeur de la joie dans la nouvelle création du chorégraphe à l’occasion de son soixantième anniversaire, Opus 60. Intacts les bonheurs de créer, de vivre, de découvrir ! Le propos s’approfondit, s’étoffe, le regard sur soi s’aiguise (11 au 13 décembre).

Cendrillon les 18 et 19 décembre revisite le conte de fées et s’inscrit dans le contexte d’une famille recomposée, oppose la vanité, le désœuvrement, l’attrait du futile et des apparences à la simplicité de la jeune fille. Dans une esthétique du dépouillement, le pied nu de Cendrillon prend une allure de symbole, il est la danse, le facteur des élans, des sauts, des courses, des figures, bref, la vie même. Comme souvent, Jean-Christophe Maillot englobe dans son écriture une lecture du monde et une réflexion sur son art.

Autre grand ballet narratif, inspiré de la pièce shakespearienne, Roméo et Juliette (inscrit désormais au répertoire de sept grandes compagnies) dans la scénographie d’Ernest Pignon-Ernest, conjugue avec éloquence modernisme et vocabulaire classique, habité d’un souffle puissant où l’intrigue suit sa marche tragique, avec humour et drame en une même coulée (23 & 26 décembre). La seconde œuvre magistrale des fêtes sera Lac, inspiré de l’œuvre de Tchaïkovski. La distance prise par le titre permet une liberté d’interprétation du conte et se nourrit de nos peurs, de nos insatisfactions d’enfance, oscillant entre les pôles en une somptueuse et bouleversante fresque (30 décembre au 3 janvier).

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2020

Ballets de Monte-Carlo
Grimaldi Forum, Monte-Carlo
0377 99 99 30 00 balletsdemontecarlo.com

Photographie : Lac © Alice Blangero

Grimaldi Forum
10, Avenue Princesse Grace
MC 98000 Monaco
+377 99 99 20 00
www.grimaldiforum.com