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Tout savoir sur le Festival d'Avignon 2017

Avignon, jeune, nouveau, au Sud

• 6 juillet 2017⇒26 juillet 2017 •
Tout savoir sur le Festival d'Avignon 2017 - Zibeline

De nouveaux noms dans la programmation d’Avignon ! Aux côtés de Katie Mitchell, Guy Cassiers ou Tiago Rodrigues, des nouveaux venus au Festival : des femmes, des jeunes, et tout ce que l’Italie, la Grèce et l’Afrique ont à nous dire.

42 spectacles, 9 sujets à vif sans compter les expositions et les rencontres, 257 représentations, 120 000 places à la vente : la 71e édition du Festival d’Avignon propose, en trois semaines, un incomparable tour du monde théâtral. Plus international que jamais : plus de la moitié des propositions viennent de l’étranger, surtitrées lorsqu’i l le faut.

L’Afrique et le monde

Un focus Afrique en particulier, conçu avec le Festival de Marseille renouvelle la programmation danse et musique du Festival, en s’attachant à un théâtre qui parle avec et aux corps. Avec en particulier Kalakuta Republik et The last King of Kakfontein programmés avec le Festival de Marseille, mais aussi Dorothée Munyaneza pour un nouvel opus sur le génocide rwandais, Unwanted, qui s’attache à la guerre faite aux corps des femmes, et aux enfants des viols ; des pièces phares de la danse contemporaine africaine (Kettly Noël, Nadia Beugré et Nina Kipré, Seydou Boro et Salia Sanou), du cinéma (Timbuktu d’Abderrahmane Sissako) des ateliers de la pensée, Rokia Traoré qui chante l’épopée mythique de l’empereur Soundiata Keïta, un hommage à la Femme noire de Senghor, des rencontres avec RFI à la Maison Jean Vilar…

Mais d’autres territoires sont autant de points névralgiques de ce Festival qui témoigne des tensions politiques du monde, et des entre-deux. Avec Caroline Guiela Nguyen, qui cherche la mémoire de Saïgon, entre la France d’aujourd’hui et le Vietnam d’hier ; avec Radhouane el Meddeb, qui se place Face à la Mer, sur ce littoral tunisien qui a le regard tourné vers l’Europe, entre désir et rancœur ; avec le chorégraphe plasticien Dimitris Papaioannou, qui dans The great Tamer interroge la tragédie, l’enterre et la fait renaître dans les corps qui se heurtent au réel.

La grande saga des Atrides, sera le marathon absolu de ce Festival, d’après Euripide, Sophocle et Eschyle : Antonio Latella, nouveau directeur de la Biennale de Venise, met en scène cette histoire de meurtres et de vengeances familiales, de Tantale au sacrifice d’Iphigénie et à la vengeance d’Electre, et interroge la place du père, du meurtre d’État, de la trahison… Un mythe fondateur confié à 7 jeunes dramaturges, revisité en 8 épisodes, soit 16 heures de représentation. En deux jours !

Autres tragédies européennes, plus récentes, mais venues du même coin du monde : Julie Bertin et Jade Herbulot, avec le Birgit Ensemble, compagnie de jeunes comédiens, proposent les deux derniers volets de leur tétralogie Europe : Dans les ruines d’Athènes, où des Grecs s’enferment dans une émission de téléréalité sur fond mythologique dans l’espoir d’effacer la dette ; Memories of Sarajevo, ou la lente destruction d’une cité multiculturelle, du point de vue des assiégés, à l’heure où l’Union européenne révèle son impuissance.

Guy Cassiers, quant à lui, mettra en scène Le Sec et l’humide de Jonathan Littell, ou comment on devient nazi ; ainsi que Grensgeval (Les Suppliants) d’Elfriede Jelinek (chorégraphie Maud Le Pladec), où comment les réfugiés se heurtent au refus de les accueillir de l’Europe, à l’encontre des Suppliantes d’Eschyle.

Et puis Lemi Ponifasio sera de retour : l’artiste samoan met à nouveau en scène, en chants, à nu, des femmes maoris. Standing in time ne cherchera pas plus que I Am (Festival d’Avignon 2013) ou Stone in her mouth (Festival de Marseille 2016) à témoigner du monde, mais à en faire une cérémonie, universelle et poétique.

Arts poétiques

Car le théâtre, en ce moment, s’interroge souvent sur sa propre nature, et son rapport au réel et au pouvoir : ainsi  l’Impromptu 1663 (de Versailles) de Molière mis en scène par Clément Hervieu-Léger, ou Claire, Anton et eux, par François Cervantes : ces metteurs en scène ont travaillé avec les élèves du Conservatoire Supérieur de Paris, pour savoir ce que ces jeunes gens cherchent au théâtre. Yann-Joël Collin les mettra aussi en scène, avec Roberto Zucco de Koltès, et ils interprèteront également Juliette ou le commencement, un travail d’élèves sélectionné pour le Festival.

Mais les élèves ne seront pas les seuls à mettre le théâtre en abyme : Die Kabale der Schleinheiligen s’appuie sur un jeu de miroir imaginé par Frank Castorf, qui explore les rapports de l’artiste avec le pouvoir, en prenant appui sur le Roman de Monsieur Molière, écrit par Boulgakov censuré par Staline, à propos de Molière censuré par Louis XIV… De théâtre il sera question aussi dans Les Parisiens d’Olivier Py, à travers deux personnages de poètes dramatiques confrontés au milieu et à ses miroirs aux alouettes, ses compromissions, ses ridicules et ses joies.

Autre art poétique, celui d’Emma Dante : ses Bestie di scena interrogent la nécessité du théâtre, à nu, sans décor ni costumes, sans musique, en confrontant les acteurs au surgissement inattendu, à la sauvagerie, à l’ivresse…

Enfances et autres stars

Le Festival d’Avignon poursuit sa programmation de pièces jeune public, avec en particulier Tristesse et joie dans la vie des girafes de Tiago Rodrigues et Thomas Quillardet, L’Imparfait d’Olivier Balazuc et C’est une légende de Raphaël Cottin. Mais l’Enfance sera également questionnée dans et à travers des textes de Romain Gary, Proust, Rimbaud, Michaux… par Robin Renucci, et dans Les Grands, de Pierre Alféry mis en scène par Fanny de Chaillé, où une génération de quarantenaire revient sur son adolescence. .

Il y aura aussi Hamlet mis en œuvre par des détenus du Centre pénitentiaire du Pontet, Juliette Binoche qui dit Barbara, Christiane Taubira qui se colle au feuilleton de midi au Jardin Ceccano avec Anne-Laure Liégeois, pour faire sonner des textes politiques d’Olympe de Gouges à Toni Morrisson. Et de grands textes comme La princesse Maleine de Maeterlinck mis en scène par Pascal Kirsch, La Fille de Mars de Von Kleist par Jean-François Matignon, ou Les Bonnes (Die Meiden), de Genet, par Katie Mitchell. Sans oublier Israel Galván dans la Cour d’Honneur, les Ateliers de la pensée, la Nef des Images, du cinéma et des musiques sacrées, une exposition de Ronan Barrot, Sopro de Tiago Rodrigues, des sujets à vif qui s’annoncent passionnants, les marionnettes de Rezo Gabriadze à la Maison Jean Vilar.

Bref trois semaines haletantes, mondiales, politiques et nouvelles !

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2017

Festival d’Avignon
6 au 26 juillet
04 90 14 14 14
festival-avignon.com

Photo : Bêtes de scène, Emma Dante c Masiar Pasquali