Les Rencontres d'Averroès, à Marseille du 10 au 13 novembre. Rencontre avec Thierry Fabre

Averroès surmonte la faille

Les Rencontres d'Averroès, à Marseille du 10 au 13 novembre. Rencontre avec Thierry Fabre - Zibeline

Les Rencontres d’Averroès sont toujours là ! Les retraits de ses producteurs n’ont fait qu’accroitre l’énergie et la pertinence de cette manifestation plus que jamais d’actualité.

La fermeture de l’Espace culture, puis le retrait de France Culture qui ne désirait plus produire la manifestation ont fait craindre le pire. Mais Thierry Fabre, fondateur des Rencontres, a repris la direction, et les Rencontres sont désormais produites par l’association Des Livres comme des Idées (voir www.journalzibeline.fr/bientot-les-beaux-jours). Elles auront lieu à La Criée, animées par des journalistes des Inrocks, de Médiapart, de La Croix et de RFI, les nouveaux partenaires.

Zibeline : Pourquoi ce titre en forme de question, « Surmonter la faille ? »

Thierry Fabre : Le point d’interrogation n’interroge que les moyens de surmonter la cassure que nous vivons. La nécessité est là. Les attentats du 13 novembre, qui ont amené à l’annulation l’an dernier, m’ont fait comprendre à quel point ces Rencontres sont primordiales. À Marseille, ville emblématique qui fait le lien entre les deux rives, où chaque secousse de l’autre côté déclenche ici un fort écho. Et qui y joue son avenir, sa cohésion.

Mais les Rencontres d’Averroès « pensent les deux rives » depuis 23 ans. En quoi est-ce différent aujourd’hui ?

T.F. : Il est plus que jamais nécessaire de parler des choses qui fâchent, en s’appuyant sur la connaissance des chercheurs. Comme lors de la Leçon d’ouverture de l’historien médiéviste Julien Loiseau, intitulée explicitement Ce que l’Islam a fait à la Méditerranée. Je suis persuadé que l’alternative au salafisme et au djihadisme, c’est l’Islam méditerranéen. Tout concourt aujourd’hui à séparer le nous et le eux, or l’histoire montre que les logiques particularistes n’ont que des fondements fantasmés.

Comment comptez-vous montrer cela ?

T.F. : En remontant le cours, en suivant la ligne de séparation. Nul doute aujourd’hui que nous sommes au bord du gouffre, le chaos en Libye, la guerre en Syrie, des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés. On ne peut pas, vous et moi, l’empêcher, mais nous n’avons d’autre choix que de regarder la faille et de penser, ensemble, à l’après.

Comment s’articuleront les Tables Rondes ?

T.F. : Il s’agit de remonter vers les origines de la faille. Généalogiques d’abord, en examinant la relation entre l’Europe et l’Islam. Il y aura Fethi Benslama, psychanalyste, qui parle de « ce furieux désir de sacrifice », François Burgat, qui cherche plutôt les origines politiques de la faille, Ali Benmakhlouf, philosophe… La seconde table ronde sera historique, consacrée au temps long. Notamment à l’histoire de la colonisation, et à l’immigration qui lui est largement liée. Aux relations entre Juifs et Musulmans aussi, avec Benjamin Stora, Abdelmadjid Merdaci, Mohamed Kenbib…

Après avoir pensé les origines, il s’agira de regarder le présent, la faille géopolitique. Avec Myriam Benaad, politologue spécialiste de l’Irak, Basma Kodmani, spécialiste de la Syrie, Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’Europe en Turquie et en Libye et Bertrand Badie.

Puis il sera question de la Cité, la nôtre. Avec Andrea Rea, qui travaille sur l’immigration en Belgique, Smain Laacher, sociologue de l’immigration, Thierry Paquot, urbaniste et Marc Crépon, philosophe qui travaille sur la violence…

Pas de femmes dans cette table ronde sur la Cité ?

T.F. : J’espère que la question des femmes sera présente tout au long des rencontres, en particulier au sujet de la généalogie de la faille. Il sera question de réinventer la Cité pour surmonter nos peurs, cette question est essentielle.

La programmation artistique Sous le signe d’Averroès disparaît ?

Fabienne Pavia, codirectrice de Des livres comme des idées : Oui, nous avons voulu resserrer autour des Tables Rondes, et de la leçon inaugurale. Mais il y aura un concert d’Anouar Brahem Quartet le samedi, et le Radio Live, une émission de radio en direct avec quatre femmes, deux journalistes, une illustratrice et une musicienne ; et quatre jeunes invités venus de Sarajevo, Gaza et Marseille. Un nouveau concept, dynamique, entre spectacle et débat.

Est-ce qu’Averroès junior, cette partie de la manifestation qui se déroulait dans les établissements scolaires et universitaires, se poursuit ?

F.P. : Bien sûr c’est essentiel. Des Livres comme des Idées a mis en place des ateliers d’écriture numérique, de philosophie, des ateliers sonores, des projections, dans et hors des établissements scolaires en les reliant aussi à la manifestation littéraire que nous organisons au printemps. Une organisation qui nous permet, justement, de travailler tout au long de l’année.

Vos financements sont-ils à la mesure de la production de deux festivals et de ces actions de médiation ?

F.P. : On l’espère, tout n’est pas voté… mais on a confiance.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2016

Rencontres d’Averroès
du 10 au 13 novembre
La Criée, Marseille
04 96 17 80 00
www.rencontresaverroes.com

Photo © Hicham Gardaf

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/