Actoral, festival et espace de liberté. Du 20 septembre au 12 octobre à Marseille

Au risque de la création contemporaine

• 20 septembre 2019⇒12 octobre 2019 •
Actoral, festival et espace de liberté. Du 20 septembre au 12 octobre à Marseille - Zibeline

À partir du 20 septembre tous les théâtres de Marseille, ou presque, jouent le jeu d’actoral, avec ses provocations, ses bouleversements, son intuition et sa perspicacité.

Hubert Colas, depuis 20 ans, déniche pour Marseille ceux qui créent hors des cadres. En sciences on appelle ça de la recherche, et on y consacre un peu d’argent parce qu’on sait que c’est là que le futur, à défaut du présent, s’y fabrique. Pour ce qui est du spectacle vivant, la création théâtrale et chorégraphique contemporaine a tendance à être regardée comme élitiste, séparée du peuple et clivante. Rien n’est plus à la mode que de dénoncer l’entre-soi, de dénigrer ce qui n’est pas d’accès évident, sous prétexte de démocratisation.

En fait il s’agit pour les politiques de demander aux artistes de faire du chiffre. En billetterie, en nombre d’entrées, voire en questionnaire de satisfaction. Comme si la pertinence de la création artistique se mesurait toujours en efficacité immédiate sur le public ! Si la lisibilité et la médiation sont des préoccupations saines et nécessaires, elles ne peuvent obérer les béances qui s’ouvrent parfois entre la recherche artistique et la compréhension du public, et dont il faut prendre le risque.

Heureusement il reste des espaces de liberté pour les artistes, comme actoral. Où l’on peut aller voir, et détester, des formes informes, en cours, annexes, littéraires, rock, plastique. Où les professionnels, les étudiants, les artistes vont chercher des formes nouvelles et inspirantes. Où les marges, les questions de genre, de souffrance sociale ou ontologique, de radicalité politique, de bouleversements anthropologiques, ont bien souvent été pour la première fois, publiquement, soulevées. Mais pour combien de temps encore ?

À peine réduit

Comme nous l’annoncions dans Zibeline 39 (voir journalzibeline.fr/montevideo-en-danger), actoral est en danger. Une forte diminution de moyens de 50 000 €, cumulée à des diminutions des subventions affectées à Montévidéo (le lieu) et à Diphtong (la compagnie), réduisent un peu cette année le nombre de propositions, et surtout mettent en danger l’avenir : actoral ne tient que parce que Diphtong, la compagnie, a cette année un calendrier de tournée coproduite impressionnant, et que les théâtres marseillais et le Mucem coproduisent largement (à 50%, sauf La Friche) ce qui passe chez eux.

Quelques petites formes -lectures, expos, projections, rencontres- qui se tenaient à Montévidéo et n’étaient pas coproduites, ont dû été déprogrammées. Cela est d’autant plus dommage que ce sont elles qui représentaient le soutien le plus net aux artistes fragiles. Mais le public peut être rassuré : grâce aux coproductions de La Criée (RVP-rituel motomachique est délocalisé aux Terrasses du Port), du Gymnase/Bernardines, de La Joliette, du Mucem, du Théâtre du Merlan devenu ZEF, il pourra retrouver les artistes qui l’interrogent et déplacent ses certitudes, en découvrir de nouveaux, et détester plein de choses, dont il pourra parler !

Week-end d’ouverture

Tout commence le 20 septembre par une fête, un DJ set du Laboratoire des Possibles, l’accueil de la nouvelle direction du Ballet National de Marseille et l’arrivée du Mucem, nouveau coproducteur d’actoral. Le lendemain, dans le cadre des Journées du Patrimoine (thème Jeu et divertissement !, Alexandre Vantournhout et ses six performers réaliseront des micro-interventions à partir de 15h, autour des boules de bowling, chaussures de glisse et accessoires de sport… Une manière de relier et relire ce qui unit et différencie art et sport, cirque et danse, patrimoine et création.

Petites formes, grand propos

Puis les Bernardines accueilleront Maxime Kurvers, artiste intrigant qui interroge la Naissance de la Tragédie, à partir de Nietzsche et la Grèce antique, dans un seul en scène écrit pour Julien Geffroy.

Autre solo, à Montévidéo, venu aussi du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers : Matters, de et par Duncan Evennou, qui met en scène la brèche intellectuelle entre le temps long et la fin, précipitée, du monde. Il proposera aussi, à La Criée, L’Assemblée des rêves un quatuor mixte écrit par Lancelot Hamelin à partir de récits de rêves collectés auprès des passants pendant les dernières élections présidentielles

Grâce à la Fondation Ricard la poésie plateforme gardera sa place à Montévidéo : Anna Gaïotti danseuse, chorégraphe et poète et Anne Le Troter artiste visuelle et aussi poète, feront dialoguer leurs langages ; deux femmes encore, en dialogue, Ivana Müller, chorégraphe et Gaëlle Obiégly, romancière, entreront en dialogue pour « broder » ensemble des histoires.

Un couple de femmes, encore, à La Friche : Jeanne Moynot et Anne-Sophie Turion, véritable duo de performeuses qui avaient créé un fantastique, ironique et terrible Poil de la Bête à actoral 2018, joueront aux Belles plantes, filant cette fois la métaphore végétale.

Quant à Sophie Perez, c’est en collaboration avec Xavier Boussiron qu’elle a conçu un conte fantastique, une traversée des larmes qui parle des Chauves-souris du volcan, et cherche la beauté et l’amour, à La Criée.

Stars contemporaines

Et puis nous retrouverons tous ceux qui sont devenus les locomotives (relatives) de la création dramatique et chorégraphique contemporaine. Ceux qui « font le futur », comme le dit Hubert Colas.

Il y aura donc un trio de Davy Pieters, How did I die, un sextuor de Volmir Cordeiro, chorégraphe qui interroge la marginalité avec Trottoir, François Chaignaud, sublime danseur et chanteur, qui se livrera sous la direction de Théo Mercier à un Rituel motomachique dans le parking des Terrasses du Port… où Miet Warlop présentera aussi Big bears cry too, duo plastique et coloré de larmes, sur la vulnérabilité, ainsi qu’une performance pour 4 interprètes, Ghost Writer.

Il y aura aussi Vincent Thomasset, précieux écrivain de théâtre qui réunit 6 acteurs formidables pour faire tourner son Carrousel à la Joliette ; une performance du théâtre carnassier de Rodrigo Garcia (La Friche).

Et à Montévidéo, coproduit par Le ZEF (le Merlan), la double création d’Arnaud Saury : Dans ma chambre 1 et 2, avec Faissal El Assia qui danse, puis avec le circassien Edouard Peurichard qui veut créer un club de lanceurs de couteaux à Marseille. Forcément drôle !

Agnès Freschel
Septembre 2019

Actoral
20 septembre au 12 octobre
divers lieux, Marseille
04 91 94 53 49 actoral.org

À noter
Le pass actoral, à 12 €, permet de bénéficier de tarifs très réduits sur la billetterie des divers lieux.
Les performances sont généralement en entrée libre, mais la réservation est fortement recommandée.

Photo : Carrousel, Vincent Thomasset (c) Ilanit Illouz