Les festivals d'art de la rue refleurissent à Marseille, Gap, et Alès

Arts des villes, arts des champs

Les festivals d'art de la rue refleurissent à Marseille,  Gap, et Alès - Zibeline

Lorsque l’été approche les Arts de la rue refleurissent en Festivals. Mais à Marseille, à Gap, à Alès, ils n’ont pas la même saveur !

Arts militants, s’offrant gratuitement au public, les arts de l’espace public sont historiquement liés aux villes et au happening, au désordre, ou du moins à l’absence du cérémonial attendu du spectacle. Mais l’air du temps modèle aussi leurs esthétiques : la préoccupation environnementale, l’attention au paysage sont aujourd’hui au cœur de la plupart des propositions des arts des villes, des monts, des littoraux et des champs. Alliant toutes les formes de spectacles, ils sont de fait pluridisciplinaires et indisciplinés, gérant des flux aléatoires, et les conduisant à la fête.

Poétiser l’urbain

Cela commence au Merlan, théâtre des quartiers nord très urbanisés, genre cités, de Marseille. Des Envolées, petites formes qui veulent emmener l’esprit ailleurs, se succèderont tout le week-end, autour du Merlan le samedi 21 mai, du KLAP, maison pour la danse de Michel Kelemenis, le dimanche 22. Au programme Aline Nari tente l’intimité extrême, et danse pour un spectateur à la fois, juste 1 minute… Michel Kelemenis reprend un duo dansé sur des chansons de Christophe et France Gall, autre manière d’emmener ailleurs, dans le temps, puis les artistes de la Ruche et de la Bande, associés au théâtre, déplacent le public dans le Parc de Font Obscure : Nathalie Pernette pour des Miniatures, une séance d’effeuillage, un massage, une rose qu’on offre… Céline Schnepff pour des Traversées en mots de son univers poétique, fait de sons et de papiers ; Fanny Soriano pour un corps à corps de cirque avec un Hêtre ; puis Fred Nevchehirlian proposera une première lecture chantée des textes écrits lors des ateliers d’écriture avec des ados du quartier ; et le soir Edith Amsellem, qui aime à décadrer les classiques, proposera un Gombrowicz sur toboggan : Yvonne, Princesse de Bourgogne sans autre charme que son atonie et son silence, sera jouée dans une cour d’école, par une Yvonne différente chaque soir…

Autant de manières différentes de travailler le décor urbain, en le décalant dans le temps, en le faisant parler autrement, en le poétisant, en cherchant la nature qui s’y cache…

Habiter de récits

Autre proposition à Marseille, les Détours & Printemps de Lieux Publics, Centre national des arts de la rue. Trois compagnies de la région proposent des créations qui ont vocation à changer le regard des habitants des villes. La mer, proche, sera leur point commun, en des lieux où ils nous convoqueront sur réservation, mais qui resteront jusqu’au bout secrets…

Sauf le premier, lieu de rendez-vous Place Bargemon, face au Vieux port. Que la metteure en scène Alexandra Tobelaim transforme en cimetière de gazon, non par esprit morbide, mais pour entamer un travail de consolation autour de la douleur intime, de la mort, de la séparation. Les spectateurs circulent autour des acteurs, professionnels et amateurs, allongés et murmurants. Ce Mois du Chrysanthème qui s’inspire et reprend les textes de Sophie Calle dans Douleur exquise, transfigure le réel et habite l’espace, en leur donnant l’épaisseur des histoires vécues par chacun.

Rivages de La Folie Kilomètre est un road movie vers les déserts des centres commerciaux, le soir. Une sorte de drive in, mais mobile, en cortège, comme pour un mariage, ou un enterrement. Face à la mer encore, dans leurs voitures, les spectateurs suivent un personnage qui les guide dans son histoire…

L’opéra nocturne de Rara Woulib permettra également de déambuler, à pied cette fois, toujours vers la mer, et un parc. Des chants sacrés africains, des rituels seront interprétés par 17 comédiens et un chœur de 75 amateurs, à la nuit tombée. Une autre manière avec Bizangos, de faire surgir des fantômes…

Respirer les cimes

À Gap la scène nationale veut fêter l’arrivée des beaux jours et sortir de ses murs, dans des paysages sublimes où tout fleurit et embaume. Pourtant cette quatrième édition a failli ne pas avoir lieu, faute de financements suffisants. Il a fallu un recours aux 45 Mécènes des cimes, et un crowdfunding*

Tous dehors enfin ! est pourtant, depuis 4 ans, un moment précieux, un vrai week-end de fête, riche (14 compagnies, 15 spectacles, 44 représentations) et donnant vie à la ville grâce à une programmation juste, s’adressant à tous. On y voit des moments de cirque acrobatique épatant les enfants, de la musique et des lumières, et du théâtre de rue aussi, militant et revendicatif. Ainsi cette année on retrouve Tartar qui fait ses Adieux (n’en croyez rien) et Jérôme Cloud qui trace La grande saga de la Françafrique, mais aussi les acrobaties de Rouge Eléa, de la Cie Kiaï, du vélo sur trampoline, des fanfares, le clown Bobitch… Et puis le cadre, absolument irremplaçable, de cette ville sertie dans les montagnes.

D’autant que cette année encore le Domaine de Charance qui domine la vallée est de la partie, et que la Scène nationale sait faire fleurir les cheveux des dames, ménager des instants festifs, des rencontres, des navettes entre les événements, des dégustations… et jeter des ponts avec la Fête du vélo qui se déroule les mêmes jours !

Transformer les Cévennes

De l’autre côté, vers Alès, c’est un festival d’envergure et de référence qui se prépare. Né en 1999 pour aller à la rencontre du public des Cévennes, il a rapidement adopté des dénominations anglaises plus adaptées : il s’agit d’Outdoor Festival, d’Arts in Public Spaces. Car il est peu question d’arts de la rue, ici : les 3 premiers jours du festival se déroulent dans les Cévennes, à Corbès, Masillargues, dans la bambouseraie d’Anduze. Et les deux derniers jours, à Alès, jouent sur les places, les ponts, dans le jardin du bosquet. L’idée du festival, depuis sa fondation, est de faire venir des artistes internationaux, de proposer à ceux qui créent en salles de travailler dehors, et de collaborer avec le Pôle Cirque de Languedoc Roussillon… Bref, de transformer la relation que les habitants entretiennent avec le spectacle, pour que tous y viennent.

Cette année on retrouvera beaucoup de musique avec Impérial Orphéon, excellent ensemble associé au Cratère, Captain Panda, une fanfare qui déménage, mais aussi de grands et petits spectacles pyrotechniques, les acrobaties sur l’eau de MétamOrph’O, Gravity.O spectacle en hauteur pour 5 voltigeurs, un grand opéra sous les étoiles (cie Oposito), de la danse (Yann Lheureux, François Rascalou…), une création participative avec huit jeunes de 4 pays (Arts’R’Public), des clowns sans maquillages, encravatés, qui s’étreignent… Bref, 16 propositions spectaculaires, plus d’une cinquantaine de représentations, 6 créations, 5 jours de propositions sans temps mort, pour un Festival international qui a su rester attentif à ce qui s’élabore près de lui, et lui permettre d’exister, de rayonner, d’atteindre l’excellence. Exemplaire ?

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2016

* On voit de plus en plus souvent les Scènes nationales comme celle de Gap, ou même l’Odéon à Paris !, faire appel au financement participatif, signe que l’appauvrissement du secteur culturel gagne même les grandes maisons…. Comme le mécénat des petites entreprises, le crowfunding, qui avait plutôt vocation à aider les émergents et alternatifs, est capté par les structures installées, non pour émerger, mais pour ne pas être submergées…

Les Envolées
21 mai
Le Merlan, Marseille

Détours & Printemps
27 et 28 mai
Lieux Publics, Marseille

Tous dehors enfin !
27, 28 & 29 mai
La Passerelle, Gap

Cratère Surfaces
28 juin au 2 juillet
Scène nationale d’Alès
Anduze, Corbès, Masillargues
04 66 52 52 64
www.cratere-surfaces.com

Photo : Cri, Cie Kiaï -c- Philippe Laurencon


Lieux publics
Centre national de création
225 Avenue des Aygalades
13015 Marseille
04 91 03 81 28
http://www.lieuxpublics.com/fr/


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/