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Vu par Zibeline

Art et paysage

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Voyons voir, le nom invite à la curiosité, avec un brin de malice, la distanciation nécessaire au regard qui la découvre. L’association née en 2007 s’attache à promouvoir des artistes en les entraînant hors des sentiers battus des lieux dédiés à l’art. En collaboration avec des entreprises agricoles partenaires, elle leur offre la possibilité de résidences sur les lieux des expositions où les œuvres originales seront exposées. Cette contrainte permet aux artistes de remettre en question leurs pratiques, leur ouvrant de nouveaux champs de recherche ; l’œuvre doit s’intégrer au cadre dans sa dimension spatiale, mais aussi temporelle : étant destinée à rester in situ une année environ, l’adaptation aux saisons devient un critère !

Sélection difficile à partir de 200 dossiers environ, puis présentation des lieux aux 25 artistes retenus, enfin, choix délicat de 8 à 10 projets élaborés pour les sites visités. Les domaines offrent des lieux de travail, de multiples possibilités d’exposition sur toute la superficie des propriétés, des studios pour les résidences dont la durée correspond au choix des artistes, entre une semaine et un mois.

Cette année quatre artistes se sont retrouvés au domaine de Grand Boise à Trets, où ils se sont inspirés de la mythologie du vin : Sandra Lorenzi érige un monolithe de métal face à la Sainte Victoire, fontaine de vin sur laquelle le liquide rouge coule. Un exercice de synesthésie dionysiaque ! Emilie Perotto propose un banc tressé de barres de métal en aluminium, se refusant à un dialogue avec le paysage, mais pratiquant l’«infiltration». Pour accéder au banc on passe par un étroit labyrinthe végétal, et l’on se retrouve en observateur caché du paysage. Se fondant sur les formes existantes, Jérémie Delhome superpose au mur déjà existant d’une restanque, des cadres ronds, monochromes, qui mettent en valeur la géométrie des pierres. Investissant le cœur de la propriété, Iveta Duskova installe des projections vidéo à l’intérieur des cuves à vin, s’immergeant dans un monde imaginaire inspiré par sa lecture du Labyrinthe du monde et le paradis au cœur de Komensky (Comenius).

Au Domaine de Saint Ser, Clément Bagot redessine le paysage par des structures proches des fractals, qui réorchestrent la géométrie des lieux en donnant au regard de nouvelles lignes de fuite ; Pierre Labat, en une démarche analogue propose une installation qui s’ancre dans le sol et présente un plan en trois dimensions. La nature intègre l’œuvre, la végétation l’envahit, de petits escargots la prennent pour asile… Guillaume Gattier s’empare de la légende de Saint Ser, le martyr décapité et dans une chapelle à ciel ouvert crée une sculpture correspondant à la pièce manquante, la tête du saint, en fait un autoportrait abîmé par les traces d’une chute.

Au Jardin des 5 Sens et des Formes Premières de St Marc Jaumerade, Denis Brun a un coup de cœur pour un arbre mort qui a des allures de sculpture. Renouant avec les bonheurs de la fiction, il lui construit une cabane, refuge, ou lieu de destruction, et joue sur les rapports des couleurs et des formes.

Huit manières pour le promeneur d’interroger le paysage avec des yeux neufs.

MARYVONNE COLOMBANI

Juillet 2012

 

Jardin des 5 Sens

Jusqu’au 30 septembre

Domaines de Saint Ser et de Grand Boise

Jusqu’au 31 octobre

www.voyonsvoir.org