Les Rencontres de la Photographie à Arles, du 1er juillet au 22 septembre : toujours plus

Arles est une fête !

• 1 juillet 2019⇒22 septembre 2019 •
Les Rencontres de la Photographie à Arles, du 1er juillet au 22 septembre : toujours plus - Zibeline

Les Rencontres fêtent leurs 50 ans d’existence l’année même où leur dernier « mousquetaire » baisse le rideau.

Avec la récente disparition de Jean-Maurice Rouquette, les trois fondateurs des « RIP » (Rencontres Internationales de la Photo), avec Lucien Clergue et Michel Tournier, ne sont plus. Ils lèguent cependant un tentaculaire événement dédié à la photographie, avec dans leur sillage ce qu’ils ne pouvaient imaginer que la photo a de vivant via le OFF et autres marges dans la cité arlésienne. La semaine d’ouverture sera donc riche de multiples événements, dont des projets participatifs lors de la soirée d’ouverture. Mais le centre d’intérêt de la programmation sera assurément la recréation à l’identique de l’exposition initiale consacrée à Edward Weston en 1970, qui dialoguera avec les toutes premières œuvres de Lucien Clergue. Sont convoquées aussi les figures emblématiques de Germaine Krull, Helen Levitt, Tom Wood. Le programme s’enrichit de nouvelles séquences dont A la lisière qui explore les zones et frontières ou bien Mon corps est une arme examinant le champ sociopolitique, notamment à travers le regard incisif de la photographe Libuše Jarcovjáková sur la Tchécoslovaquie des années 1970/1989. Les femmes photographes sont encouragées grâce à deux nouveaux projets proposés par le groupe mondial de luxe Kering (LVMH et à l’origine du prix de la Photo Madame Figaro Arles depuis 2016) : le prix Women in motion doté de 25 000 euros et le Women in Motion LAB, plus expérimental. 2019 sera marquée aussi par l’inauguration du nouveau bâtiment de L’École Nationale Supérieure de la Photographie livré par Marc Barani.

À Arles, c’est chaque année toujours plus. « Un déferlement » annoncé par Sam Stourdzé (directeur des RIP) lors de la conférence de presse. Et un nouveau record d’affluence à l’occasion de ces cinquante bougies ?


Nos coups de coeur :

Les singulier(e)s de la photographie

Que serait une photographie équivalente à ce que Jean Dubuffet distinguait sous le terme d’art brut ? Une des réponses possibles se trouve dans la collection de Bruno Decharme. Constituée avec le soutien de abcd (art brut connaissance et diffusion), elle rassemble des milliers de photos ou images utilisant la photographie. Empruntant des chemins hors des normes, cette photographie « réunirait alors des prises de vue, des tirages, des photomontages, des photo-collages, réalisés par des auteurs autodidactes, produits en dehors des circuits artistiques conventionnels, dans un cadre asilaire ou dans la solitude et la marginalité des villes comme des campagnes ». Parmi ces artistes aux façons des plus singulières de voir le monde ou de dire leur monde, dont de nombreux anonymes ou inconnus, on reconnaîtra les noms d’Aloïse ou encore Adolf Wölfli.

Photo/Brut, Collection Decharme & Cie
Atelier de Mécanique Générale, Arles
abcd-artbrut.net


Rencontres d’un autre type

Les Rencontres prolongent leur programmation à travers des « satellites » labellisés « Arles Associés », « Arles & Co ». « Grand Arles Express ». On s’y perd un tantinet. Finalement, peu importe la catégorie, on fera volontiers un détour par le musée Réattu pour découvrir We were five, les clichés de cinq artistes et leurs enseignants en lien avec la revue mythique Aperture, en même temps que les images évanescentes d’Annabel Aoun Blanco ; puis, jeu de contraste à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz avec Hey ! What’s going on ? qui « sonne comme un appel à la prise de conscience, à la dignité, à la paix » face aux désorganisations du monde. Et en quittant Arles : les œuvres récentes de Vik Muniz à la Collection Lambert en Avignon, Jean-Louis Garnell au Centre Photo Marseille, ou à Port-de-Bouc, l’étonnant No fish no future d’Anne-Catherine Becker-Echivard.

Musée Réattu, Arles
museereattu.arles.fr

Fondation Manuel Rivera-Ortiz, Arles
mrofoundation.org

Collection Lambert, Avignon
collectionlambert.fr

Centre Photographique Marseille
centrephotomarseille.fr

Maison des Projets, Port-de-Bouc
portdebouc.fr


Hommage à Jean-Maurice Rouquette

« La photographie est une expression de notre temps, avec une technique de notre temps, avec des méthodes de notre temps, mais une vision du monde qui est la vision éternelle des artistes et des créateurs, et que l’on pouvait créer en photographie comme on crée en sculpture, en peinture, en musique. » Quoi de plus moderne, de contemporain que cette déclaration pour la reconnaissance de la photographie au même titre que les autres arts, en 1975 pour FR3, dans l’esprit d’un des trois fondateurs des « RIP » ? Jean-Maurice Rouquette (1931-22 janvier 2019) n’aura pas eu le plaisir de partager ce 50e anniversaire des Rencontres. Mais les portraits des photographes de notre confrère La Provence maintiendront sa présence à la Maison de la Vie Associative d’Arles : Serge Assier, Édouard Coulot, Valérie Farine, Jérôme Rey, Cyril Sollier, Bruno Souillard, Frédéric Speich, accompagnés d’un texte d’Odyle Rio. À découvrir aussi un texte inédit de Jean-Maurice Rouquette pour le livre de Serge Assier -et une exposition : Arles, Capitale mondiale de la photographie et de la littérature.

1er juillet au 18 août
Maison de la Vie Associative d’Arles
04 90 93 53 75
arlesasso.fr


Le Luberon de Willy Ronis, 1947-1979

La Provence a accueilli bien des artistes, peintres, sculpteurs, cinéastes ou musiciens. Mais nous pensons moins aux photographes. Willy Ronis fut un de ceux-là, charmé par ses paysages et sa lumière. Une exposition vient réactiver le souvenir de ce photographe humaniste tombé amoureux du Luberon (60 photographies, pour certaines inédites), avec aussi un livre qui vient de paraître chez Arnaud Bizalion, conçu avec le concours d’un autre photographe de ses amis, Pierre-Jean Amar. Plusieurs rendez-vous pour le lancement-présentation de l’ouvrage en juin à Manosque et Aix-en-Provence, puis à Arles du 1er au 4 juillet.

29 juin au 2 novembre
Chapelle du Grand Couvent, Cavaillon
04 90 71 93 38

Une amitié avec Willy Ronis – 1972-2006 – Récit, Photographies de Pierre-Jean Amar
Arnaud Bizalion Editeur


Festival Voies Off

Incontournables, les soirées de projections proposées par Voies Off dans la cour de l’Archevêché ! En 24 ans elles sont devenues un des rendez-vous les plus réjouissants de l’été photographique arlésien (entrée libre), parallèlement à la grande machine des Rencontres (payant).

Les prix Voies Off en constituent le point d’orgue artistique et festif. Avec cinquante artistes « émergents » sélectionnés pour cette édition 2019 « le jury a souhaité mettre l’accent sur l’engagement des photographes recherchant des accents d’humanité », et pour la première fois la parité revendiquée homme/femmes. L’association éponyme fédère par ailleurs le parcours d’expositions déployé dans toute la ville à travers un programme papier (gratuit). Plus qu’une alternative, moins institutionnel, assurément convivial et festif, avec 230 événements dont 173 expositions, cette 24e édition affiche bien des réjouissances qui se concluront certainement tard dans la nuit.

Festival Voies Off 24#
Semaine d’ouverture du 1er au 6 juillet
Soirées de projections et afters les 2, 3 & 4 juillet
Parcours d’expositions du 1er juillet au 22 septembre
voies-off.com

CLAUDE LORIN
Juin 2019

Les Rencontres de la Photographie, Arles
1er juillet au 22 septembre
rencontres-arles.com

Photos : Séquence « Mon corps est une arme » Evangelia Kranioti, Eu sou obscura para mim mesma, série Obscuro Barroco et Willy Ronis, Le tambour de ville un jour de marché, L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), 1979. Avec l’aimable autorisation du Ministère de la Culture, de la MAP, de la RMN-Grand Palais. Donation Willy Ronis