Michel Kelemenis crée un Coup de Grâce écrit après les attentats du 13 novembre

Après l’innommable

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Michel Kelemenis crée un Coup de Grâce écrit après les attentats du 13 novembre - Zibeline

Zibeline : Pourquoi, en tant que chorégraphe plutôt confiant dans notre pouvoir de résilience, avez-vous choisi de mettre en scène ce traumatisme du Bataclan ?

Michel Kelemenis : Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait le 13 novembre, au moment où il a appris. Moi, mes danseurs, nous étions en train de créer La Barbe Bleue au Grand Théâtre de Provence. Une soirée formidable, ce grand plateau, tout qui se déroule bien, le public heureux… et puis tout à coup tout qui vrille. Et cela se passe dans un théâtre, ils attaquent un public, la jeunesse, notre mode de vie, une génération, sa liberté. Les récits sont épouvantables, les images, cela dure longtemps… Après, chaque fois que je reprenais La Barbe Bleue, cette émotion y était agrégée, indélébile. Il fallait que j’en fasse une pièce.

Pouvez-vous expliquer le titre ? De quelle grâce est-il question ?

Donner le coup de grâce, c’est donner la mort. Achever. Il y a une cristallisation autour de ce titre. La grâce, c’est aussi ce que cherchent les assassins, les terroristes, celle d’un paradis auquel ils croient. Moi je la trouve sur terre, dans l’infinie beauté de mes danseurs qui découvrent comment le geste révèle un sens. Chaque geste, s’il veut être ample, se développe dans deux directions opposées, et rien n’est plus beau que cette tension : il faut retenir à droite quand on veut aller à gauche, chercher le lien dans l’écart. J’essaie de montrer, avec ces directions si contradictoires, ce que le sens du mot « grâce » peut revêtir, que notre seule croyance possible est dans la vie, dans les corps que nous avons pour un temps. Et dans le seul choix que nous possédons, qui est de nous tenir debout.

Comment ce propos se traduit il sur scène ?

Mes danseurs, 4 hommes et 3 femmes, ont entre 22 et 40 ans, de jeunes urbains très actuels, tous très différents. Je voulais qu’ils soient très beaux, habillés de noir avec des brillances… Ce n’est pas à proprement parler une pièce narrative mais les tableaux portent des situations, des images éloquentes, pas forcément littérales mais claires, parce je me demande pourquoi ceci a eu lieu. Je cherche, et je trouve que le monde va mal, qu’il est étroit, hérissé, en échec. La raison de l’explosion est là. Alors je la figure en resserrant la scène, en parcourant les corps avec des rais de lumières, comme des projos de spectacle mais aussi comme les rayons des snipers. J’emprunte au Jardin des délices de Jérôme Bosch ses corps éclatés, qui ne sont pas ceux de l’enfer mais de la terre, de notre ici-bas. Le lascif, l’abandonné, se confond avec la mort, et la lumière surgit du noir. Parce que, Soulages nous l’a montré, la clarté se cherche dans l’absolu du noir. Il faut l’y trouver si on veut sortir de l’obscurité.

Le Bataclan est-il figuré ?

Il s’agit d’une scène, qui pourrait être celle du Bataclan, celle de La Barbe Bleue, avec une présence visible du théâtre, du métal, des projos. La musique est importante aussi, je ne voulais pas cette fois d’un discours contemporain, j’ai fait appel à un musicien venu du métal, de la scène berlinoise, ingénieur du son, Angelos Liaros-Copola. Je l’ai trouvé sur Internet, je l’ai contacté… et j’ai pris tout ce qu’il a écrit pour moi, en travaillant seulement les entrées de son et les silences, pour coller à la dramaturgie.

Le spectacle est créé au Théâtre Durance, avec une belle tournée ensuite…

Oui, la résidence de création proposée par le Théâtre Durance nous a permis de sortir de KLAP, espace de travail que j’adore mais aller ailleurs, avec les danseurs, est aussi important. Être suivi comme artiste par les théâtres de la région, c’est essentiel pour moi, aujourd’hui que le KLAP a grandi et a moins besoin que j’y sois nuit et jour !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL
Ocobre 2019

Coup de Grâce
4 octobre
Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34 theatredurance.fr

16 & 17 octobre
Le ZEF, Marseille
04 91 11 19 20 lezef.org

23 novembre
L’Autre Scène, Vedène
04 90 31 07 75 lautrescene.com

26 & 27 novembre
Pavillon Noir, Aix-en-Provence
04 42 93 48 14 preljocaj.org

29 & 30 novembre
Châteauvallon – scène nationale, Ollioules
04 94 22 02 02 chateauvallon.com

Photo : © 1Cube


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/