Agnès Varda à la Galerie d’art du conseil général, Aix en Provence

Agnès par hasardVu par Zibeline

Agnès Varda à la Galerie d’art du conseil général, Aix en Provence - Zibeline

«C’est la vie de patachon !»

C’est sur ces mots qu’Agnès Varda nous a quittés, s’embarquant dans un vélo-taxi pour suivre le parcours d’art contemporain. Après deux heures de conversation à bâtons rompus pendant lesquelles elle a parlé en toute simplicité de son travail, de ses choix artistiques, du rôle du hasard et de la rencontre.

«J’aime cette galerie du cours Mirabeau : les expositions y sont gratuites. C’est sympathique de penser qu’on peut y revenir, revoir une œuvre qu’on aime. Il y a eu 7000 visiteurs en 10 jours !»

Dès les premiers pas dans l’exposition on entend La Marche des rois mages de Bizet et on voit, projetées, des images aériennes du Rhône sur lesquelles apparaissent puis s’évanouissent des bouches roses, telles des pétales flottant au fil de l’eau, qui chantent.

«Ce ne sont pas que des bouches féminines, précise Agnès Varda, 50 % sont des bouches d’hommes, dont deux de mes petits-fils ; je voulais des bouches bien dessinées, pas comme les miennes qui ne sont qu’un trait… Au moment où Véronique (Traquandi, commissaire de l’exposition ndlr) m’a proposé d’exposer les Bouches-du-Rhône, je me suis dit  qu’il n’y avait qu’à mettre des bouches dans le Rhône.»

Derrière cette littéralité, d’apparence simpliste, se cachent les principes mêmes du travail d’Agnès Varda : la rencontre, le temps, le souvenir, le hasard, les chaînes analogiques qu’ils constituent ensemble. Ainsi La Marche des Rois qui vient de son aïeule marseillaise est interprétée par une chorale de La Ciotat où elle a aussi photographié un groupe de gens sur le quai de la gare, clin d’œil bien sûr au film de Louis Lumière. Ses choix de lieux de photo procèdent du même principe de plaisir.

«À Paris, j’ai acheté une dizaine de cartes de Marseille et avec mon crayon j’ai entouré les noms qui me plaisaient, La Rose, La Pomme, Le Cabot, Le Panier… Des noms rigolos non ? Je me suis rendue sur place avec des roses, des pommes. Je trouvais des gens à qui je proposais d’entrer dans mon projet. Regardez, ces jeunes au métro La Rose, ils reflètent la diversité de Marseille. Ils sont beaux. C’est un groupe éphémère, juste les gens qui se trouvaient là à ce moment précis mais tout ce qui rassemble, regroupe, est intéressant.»

Dans le triptyque Amélie et les majorettes une photo argentique en noir et blanc est encadrée de 2mn30 d’images en couleur, un portrait à volets vidéo reprenant le dispositif entrepris à Sète en 2011. Le spectateur est placé dans un entre-deux image fixe/image mobile, cinéma/photographie, où toute image devient souvenir, tout souvenir se fixe, dans des temporalités différentes, introduisant du passé partout, démultipliant les niveaux de narration. Un deuxième triptyque, Achille et Paris du Cirque Phocéen, est le fruit du hasard.

«Je suis tombée sur ce cirque à Plan de campagne et j’ai été très touchée par le travail de ces jeunes, qui s’appliquaient. Ils font partie du spectacle et ont conscience qu’ils le font bien.»

C’est aussi le hasard qui avait amené Agnès Varda, en reportage en 1956 à la Cité radieuse, à capter l’instant décisif cher à Cartier-Bresson sur la terrasse du Corbusier.

«C’était comme si les gens se mettaient en place. Ces personnages m’intriguaient. Je me suis souvent demandée qui étaient ces gens et ce qui s’était passé avant et après.»

Ce questionnement donne naissance en 2007 à un petit film : dans un décor ressemblant à celui de la photo, les six personnages d’autrefois agissent. «Mais rien n’est certain. On pourrait imaginer d’autres scenarios Ce qui est important, c’est de savoir que c’est l’imagination qui gouverne, pour celui qui regarde aussi.»

Elle est retournée au Corbusier en 2012, y a rencontré par hasard des femmes qui prenaient un café sur la terrasse ; leur a proposé de se rassembler et les a photographiées.

«…plantées comme des santons, citoyennes radieuses sur la terrasse de la Cité radieuse.»

56 ans plus tard il s’agit toujours pour la cinéaste-plasticienne d’aller à la rencontre des autres, faire en sorte que la vie quotidienne devienne tout à tour théâtrale, poétique, merveilleuse, amusante… en toute simplicité, sur les plages du temps.

ANNIE GAVA et CLAUDE LORIN
Février 2013

 

Les Bouches-du-Rhône. Agnès Varda

jusqu’au 17 mars

Galerie d’art du conseil général, Aix

www.mp2013.fr

www.cg13.fr

Ci-dessous, une vidéo de Marsactu où Agnès Varda cite Zibeline :

Rencontre avec Agnès Varda par marsactu

Galerie d’art du Conseil Général des Bouches-du-Rhône
Hôtel de Castillon
21 bis Cours Mirabeau
13100 Aix en Provence
04 13 31 50 70
http://www.culture-13.fr/galerie-d-art-d-aix-en-provence