Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Dictateur en images et Shoah au Pavillon Populaire de Montpellier, jusqu’au 23 septembre

Adolphe versus Hitler

• 27 juin 2018⇒23 septembre 2018 •
Dictateur en images et Shoah au Pavillon Populaire de Montpellier, jusqu’au 23 septembre - Zibeline

Hitler en bermuda, Hitler martial, Hitler entouré de visages enamourés, Hitler à la montagne, Hitler et sa chienne Blondi, Hitler en pique-nique, Hitler le bras levé, Hitler le doigt tendu, Hitler à Paris. Hitler, Hitler, Hitler. Ad nauseam. Un dictateur en images est un parcours étrange parmi des centaines de portraits du Führer au Pavillon Populaire de Montpellier. Au début on est saisi : se retrouver face à face avec… Avec qui ? Avec quoi ? Qui est ce personnage qui se prête à tous ces scénarios ? Une quintessence de codifications : la moustache, la mèche, la vareuse, les yeux qui transpercent, les lèvres serrées -toutes ces attitudes qu’on connaît par cœur. Alors l’impression première s’estompe rapidement, pour laisser place à… À quoi ? Dégout ? Distance ? Curiosité de rencontrer cet homme d’un peu plus près ? Il y a un peu de tout cela, et aussi, surtout et heureusement, un intérêt historique et documentaire à découvrir la fabrication de cette icône. Devant les poses et l’horreur qu’elles induisent à nos yeux aguerris, on découvre un photographe, Heinrich Hoffmann. Monomaniaque servile, l’opérateur a produit (lui et ses associés de sa florissante agence de presse) 2,5 millions d’images « officielles » du régime nazi, dont 12114 portraits d’Hitler réunis à la Bayerische Staadtsibliothek de Munich. Ensemble, le modèle et le photographe ont inventé la posture charismatique du chef. Tout est contrôlé, répété (fascinante série de poses théâtrales devant rideau de scène), multiplié, matraqué. Rien n’est vrai, tout est fabriqué. On le savait. Grâce à Gilles Mora, qui présente pour la première fois une exposition de ces clichés, on perçoit l’importance –et la réussite- de la mascarade. Et, sous nos yeux, Adolphe devient Hitler.

À l’étage, une autre exposition, contrepoint salvateur (ne serait-ce pas un excès de didactisme ?) à la première. Regards sur les ghettos (présentée dans une forme plus étendue en 2013 au Mémorial de la Shoah) présente 150 photographies surgies de l’intérieur de cinq ghettos. Trois points de vue sur l’horreur. Celui de trois photographes juifs enfermés : émotion. Celui de trois envoyés spéciaux de la propagande allemande : effroi. Et celui, plus ambigu et extrêmement troublant, de cinq photographes amateurs, autorisés de par leur fonction dans l’armée ou l’administration à « documenter » le ghetto. Qu’avaient-ils en tête ? Arracher un peu de vérité sous les clichés ? Dénoncer ? Voir par eux-mêmes ces humains dont on disait qu’ils n’en étaient pas ? Ce sont leurs images, où l’on devine autant d’empathie que d’aveuglement et de sidération, qui surprennent et questionnent le plus.

ANNA ZISMAN
Juillet 2018

Un dictateur en images
Regards sur les ghettos

jusqu’au 23 septembre
Pavillon populaire, Montpellier
04 67 66 13 46 montpellier.fr

Illustration : Dans l’atelier du photographe, Selingstrasse, Munich, août 1927
Photographie de Heinrich Hoffmann © Bayerische Staatsbibliothek, München / Bildarchiv (Bavarian State Library, Munich / Picture archive)


Pavillon Populaire
Esplanade Charles de Gaulle
34000 Montpellier
04 67 66 13 46
montpellier.fr/506-les-expos-du-pavillon-populaire.htm