Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre !

À voir et à écouter le 4 maiVu par Zibeline

Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre ! - Zibeline

Danse

noBody

En 2002, Sasha Waltz investissait la Cour d’Honneur du Palais des Papes : son noBody métaphysique et viscéral y révélait un geste unique, dans son déploiement comme dans sa pensée propre. C’est encore pour pallier l’annulation de sa programmation à la Volksbühne de Berlin qu’Arte diffuse cette très belle captation. Où le corps de l’interprète se voit sans cesse menacé par son propre affaissement, par sa propre disparition. Le costume y devient, comme souvent chez Sasha Waltz, un obstacle au mouvement, voire à la respiration –ces couches de vêtements que Takako Suzuki force Mikel Aristegui à ingérer. Mais les gestes s’imbriquent également les uns dans les autres : les tableaux se construisent au fil d’unissons, mais aussi de pas emboîtés, épaulés… La part d’immortalité ne se situe pas, chez Sasha Waltz, dans un corps éthéré, mais bel et bien dans cette animalité-là.

À voir sur Arte TV jusqu’au 8 mai

Cinéma

Un Mauvais Fils

Si le jeu génial et unique de Patrick Dewaere a marqué tout un pan de l’histoire du cinéma, il est à craindre que ses choix de films souvent contestables n’entachent quelque peu sa postérité –on défie ceux capables de tenir aujourd’hui plus de quinze minutes devant la bêtise auto-satisfaite des Valseuses de nous jeter la première pierre… Sa rencontre avec Claude Sautet aboutit heureusement à un très beau film, dont la réussite tient avant tout à l’alchimie entre deux imaginaires. Celle d’une souffrance et d’un désespoir que sut si bien incarner le jeune acteur, et celle du regard généreux et sensible du réalisateur. Difficile de ne pas voir dans ce rôle de toxicomane repenti un écho tragique à la vie de Dewaere. Et difficile également de ne pas constater la pertinence de l’analyse psychologique et sociologique de Sautet, devinant la précarisation à venir et donnant déjà de la voix aux victimes de l’homophobie et du racisme. Le naturel désarmant de Dewaere, mais aussi d’Yves Robert et de Brigitte Fossey trouve dans ce naturalisme délicat un écrin idéal.

À voir sur Arte à 20h55

Opéra

Le Prince Igor

Alexandre Borodine décède en 1887 avant d’achever Le Prince Igor, fresque historique du combat des Russes contre les Coumans au XIIe siècle. Plusieurs versions complétées a posteriori de l’œuvre cohabitent donc : cette version produite au Metropolitan Opera conserve trois actes sur quatre, inverse leur ordre et pourra déboussoler ceux qui n’ont pas pris le temps de se renseigner sur le livret. L’important n’est pas là : loin du bellicisme et du patriotisme triomphants, la mise en scène de Dmitri Tcherniakov met en avant les traumas de la guerre, entre la froideur d’une forteresse de l’armée russe des années 1900 et ce poétique tableau éthéré d’un champ de coquelicots où les Polovtsiens réaliseront leurs fameuses Danses. Sous la baguette avisée de Gianandrea Noseda, le plateau vocal réuni par la maison new-yorkaise est admirable : la basse profonde Stefan Kocan en Khan, l’incontournable Anita Rachvelishvili en chaleureuse Konchakovna, et dans le rôle-titre Ildar Abdrazakov, tantôt conquérant, tantôt défait, qui démontre qu’il est bien aujourd’hui la basse de référence du répertoire russe.

À voir sur le site du Metropolitan Opera jusqu’à 23h

PAUL et SUZANNE CANESSA
Mai 2020