Pendant le confinement, Zibeline partage gratuitement ses morceaux choisis !

A voir et à écouter le 31 marsVu par Zibeline

• 31 mars 2020 •
Pendant le confinement, Zibeline partage gratuitement ses morceaux choisis ! - Zibeline

Cinéma

Hiroshima mon amour

L’Ina ouvre gratuitement ses archives pour trois mois : les fonds cinématographiques n’y sont pas nombreux, mais comportent néanmoins des chefs-d’œuvre inoxydables. Fruit de l’amitié et de l’admiration réciproques que se vouaient Alain Resnais et Marguerite Duras, Hiroshima mon amour n’a, malgré les plaisanteries rebattues sur ses lieux communs durassiens -« Tu me tues, tu me fais du bien » et autres « Tu n’as rien vu … »- pas pris une ride. Son propos unit une peinture délicate et lyrique de l’intime à la force de l’universel et du documentaire : entre la grande Histoire, son horreur et sa violence, et l’alchimie contrariée de deux individus qu’elle sépare, le même désir de toucher à l’indicible et à ses possibles modes de représentation anime les aphorismes de l’une et les fondus enchaînés de l’autre. Les épaules nues entremêlées et les voix inoubliables d’Emmanuelle Riva et d’Eiji Okada crèvent douloureusement l’écran.

À voir sur le nouveau site de l’Ina ici 

 

Danse

Le Lac des Cygnes

Précédée d’une aura glacée de « classiquissime », Le Lac des Cygnes revu etcorrigé par Rudolf Noureev en 1984 convoque cependant la vigueur tragique du propos et son essence composite pour mieux les remodeler. Composé sans concertation avec le chorégraphe pressenti pour sa création, jamais joué dans son intégralité du vivant de Tchaïkovski et ressuscité par Marius Petipa, Le Lac des Cygnes s’est depuis cent-cinquante ans déplacé d’un logos à l’autre, tout en conservant ses signes distinctifs -l’envol contrarié de l’oiseau remuant ses ailes au fil de l’eau. La chorégraphie de Noureev enrichit cependant la très belle musique et son livret d’une dimension psychanalytique bienvenue : l’ombre de Rothbart plane sur Siegfried, qui échange avec lui le temps d’un fugace Pas de deux… Le parallèle avec l’homosexualité honteuse du compositeur saute aux yeux, et invalide quelque peu le cloisonnement des genres à l’œuvre : les femmes s’emparent de la scène, et ne sont plus les proies habituelles d’hommes brandissant dignement leurs arbalètes. On ne boudera donc pas son plaisir, d’autant que les interprètes brillent autant scéniquement -belle incarnation de Léonore Baulac de la dualité cygne blanc / cygne noir- que techniquement -l’impressionnant Siegfried de Germain Louvet.

À voir sur le site de l’Opéra de Paris ici jusqu’au 5 avril

 

Théâtre

Le Frigo

Annoncé comme une relecture du célèbre seul en scène de Copi, Dans le Frigo prenait en septembre dernier les spectateurs du Théâtre de la Tempête à revers en faisant surgir du garde-manger maléfique Macbeth et Les Bonnes. Drôle d’idée que ce triptyque-surprise concocté par Clément Poirée, déclinant la figure du monstre et ses avatars théâtraux, qui n’avait pas manqué de décontenancer mais surtout de séduire. Formidable mise en bouche, Le Frigo est aujourd’hui disponible en ligne : on y découvre une mise en scène diablement efficace, écrin idéal à la virtuosité d’Eddie Chignara. Sur un texte jubilatoire confrontant une peur panique de la mort à une violence et une vulgarité féroces -la mère de L. réclame comme d’habitude son thé « avec un nuage de sperme »- le comédien demeure d’une humanité à toute épreuve. Autant dire qu’on a hâte de voir la porte du réfrigérateur s’ouvrir !

À voir ici 

SUZANNE CANESSA
Mars 2020