Sons et images : pendant le confinement, Zibeline partage gratuitement ses morceaux choisis !

A voir et à écouter le 23 marsVu par Zibeline

• 23 mars 2020⇒23 avril 2020 •
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Cinéma

La Vérité

En 1960, la filmographie d’Henri-Georges Clouzot incarne pour la Nouvelle Vague naissante une forme d’arrière-garde, ce « cinéma de papa » que vilipendent volontiers les critiques des Cahiers du Cinéma -Truffaut et Godard en tête. Est-ce pour les faire mentir que Clouzot confronte alors, avec La Vérité, les idéaux d’une génération nouvelle à l’incompréhension de ses aînés ? Trois ans avant Le Mépris, Brigitte Bardot crève l’écran sans effort dans son rôle de meurtrière passionnelle, dont le désir dévorant de liberté ne peut que mettre à l’épreuve tout cadre, tout code se dressant sur son chemin. La relève est bien là, du côté de ses partenaires de jeu – Sami Frey, Claude Berri et Jacques Perrin, entre autres- comme dans le choix de décors extérieurs lourds en symboles. L’inquiète mélancolie du réalisateur, moraliste mais jamais moralisateur, demeure intacte.

À voir ce soir à 21h sur Arte

 

Opéra

Eugène Onéguine

Chaque jour, le Metropolitan Opera de New York met en ligne une de ses nombreuses captations. Aujourd’hui, c’est au tour de l’Eugène Onéguine donné en 2007 de ravir nos oreilles. Le grand Dmitri Khvorostovski, décédé dix ans plus tard, y incarne brillamment le rôle-titre : scéniquement comme vocalement parlant, il demeure indépassable. La direction de Valery Gergiev achève de darder le lyrisme ardent de Tchaikovsky d’une âpreté glaçante. Renée Fleming est une Tatiana remarquable, et le jeune Lenski a pour lui le timbre chaud et généreux de Ramón Vargas. La mise en scène de Robert Carsen tient encore la route, vingt-trois ans après sa création : les éléments s’y enchâssent moins qu’ils ne s’y confrontent, et le spleen pouchkinien s’y fait aussi discret que tenace.

A voir ici le 23 mars seulement, jusqu’à 23h

 

Théâtre

Les Damnés

La mue du site de l’Ina vient de donner naissance à sa petite sœur, mieux fournie et plus ergonomique : Madelen ! Ses fonds y sont gratuits pour au moins trois mois. On y retrouve de nombreuses captations de la Comédie-Française, dont de précieuses archives. Mais aussi et surtout des représentations plus récentes, dont Les Damnés, adapté du film de Visconti et transposé par Ivo van Hove sur la scène du Palais des Papes. En 2016, le public y découvrait une utilisation encore inédite de la caméra sur scène pour jouer à différentes échelles des possibles du plateau (nous évoquions alors cette expérience ici). À l’écran, la superposition des plans fonctionne, malgré la variabilité des modes de jeu. Denis Podalydès ou Loïc Corbéry recourent ainsi à des registres plus contenus, quand Elsa Lepoivre ou Christophe Montenez jouent davantage avec une expressivité volontairement outrée. Le tout fonctionne cependant, et la figuration de la Nuit des Longs Couteaux a de quoi hanter longtemps après le visionnage.

À (re)voir ici

SUZANNE CANESSA
Mars 2020