Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre !

À voir et à écouter le 22 avrilVu par Zibeline

• 22 avril 2020⇒22 mai 2020 •
Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre ! - Zibeline

Opéra

L’Inondation

Créée en 2019 à l’Opéra-Comique, L’Inondation a nécessité pas moins de trois ans de travail concerté entre Joël Pommerat et Francesco Filidei. Adapté d’un court roman d’Evgueni Zamiatine, le livret a fait l’objet de réajustements dont le metteur en scène, familier de l’écriture de plateau, est coutumier. De ces réajustements et de ce recentrage permanent de l’action, le compositeur a tiré une partition dense et suffocante. L’inventivité d’un orchestre sans cesse sous tension – la direction d’Emilio Pomàrico y demeure incisive -le dispute à une lisibilité sans faille de l’action et des lignes vocales. Le glissement progressif de la Femme –Chloé Briot, formidable- vers la folie y apparaît d’autant plus inéluctable qu’il se voit précédé d’échanges triviaux mais lourds de sens. Avec le couple de voisins du dessus, à la bienveillance suspecte, ou encore avec cet Homme, incarné par l’impeccable Boris Grappe, opaque, que ni les lois de la narration, ni la Loi tout court, qui a la voix claire et délicate de Guilhem Terrail, ne parviennent à saisir. Un grand opéra, à coup sûr.

À voir sur Arte Concert  jusqu’au 23 octobre

Cinéma

Moonrise Kingdom

Il y a, dans cette jolie histoire d’amour adolescente et colorée, quelque chose d’un désespoir adulte -à moins qu’il ne s’agisse du contraire. Les marottes de Wes Anderson se sont en effet rarement mieux portées que lorsqu’elles se projettent sur les contours de l’enfance, sur un âge d’or fantasmé, à l’artificialité assumée et souvent jouissive. Tout comme ses protagonistes planifient une fugue pour mieux construire, à l’abri de leurs semblables, leur propre territoire, le réalisateur fignole les ressorts de son langage filmique singulier. L’idylle se voit alors menacée par des adultes aussi peu adaptés que les jeunes Sam et Suzy : Bill Murray et Jason Schwartzman sont comme souvent de la partie, épaulés par Frances McDormand, mais aussi des contre-emplois réjouissants d’Edward Norton et Bruce Willis. Ce casting quatre étoiles et son potentiel comique semble ainsi moins préoccuper Anderson que les campements de fortune de ses jeunes héros, et leur appétit d’un ailleurs impossible.

À voir sur le site de la Cinémathèque de Nice jusqu’au 26 avril

Danse

Allée des Cosmonautes

La pièce maîtresse –ou du moins l’une d’entre elles– de Sasha Waltz devait retrouver les planches de la Volksbühne et faire l’objet d’une captation au début du mois d’avril. Confinement oblige, c’est sa version filmée en 2000 par la chorégraphe elle-même qui est finalement diffusée. Si les spectateurs berlinois ont de quoi être déçus, les téléspectateurs y gagneraient presque. La patine de la réalisation permettant en effet de replacer la pièce dans son temps. Temps que la musique mais aussi les costumes, identifiables, convoquent tout aussi efficacement. L’exiguïté de l’espace, entre extérieurs gris et tapisseries jaunâtre, donne corps au blues de l’Allemagne réunifiée mais précaire des années 90. Le Tanztheater enrichit ici son habituelle expressivité d’un humour à toute épreuve, et le portrait de cette famille trop nombreuse pour faire les cent pas dans son salon, multipliant les accrocs et les coups d’éclat, a de quoi désamorcer quelques tensions au sein des foyers les plus explosifs.

À voir sur Arte Concert jusqu’au 8 mai

SUZANNE CANESSA
Avril 2020