Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre

À voir et à écouter le 21 avrilVu par Zibeline

• 21 avril 2020⇒21 mai 2020 •
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Opéra

Elektra

Le plus wagnérien des opéras de Richard Strauss est aussi l’une des illustrations les plus littérales du pendant hystérique de la tragédie. Le livret d’Hugo von Hofmannsthal, implacable, résonne ainsi particulièrement avec l’exploration de la psyché féminine : Électre donnera ainsi son nom au penchant féminin du complexe d’Œdipe quatre ans après la création de l’opéra. La modernité et la véracité de son déploiement musical ont trouvé en Patrice Chéreau et Esa-Pekka Salonen des interprètes idéaux : à la direction d’acteurs affûtée de l’un répond la sauvagerie de l’autre, qui enrichit la texture orchestrale marquée par les cordes de rugissements et d’explosions de timbres. Créée en 2013 à Aix-en-Provence, quelques mois avant la mort du metteur en scène, l’Elektra incandescente de Patrice Chéreau se retrouvait à l’affiche du Metropolitan Opera en 2016 : la Clytemnestre et la Chrysothémis de Waltraud Meier et d’Adrianne Pieczonka y reprenaient du service, magistralement, épaulées par Eric Owens et Nina Stemme, impériaux dans les rôles d’Oreste et d’Électre.

À voir sur le site du Metropolitan Opera jusqu’à 23h

Théâtre

Mes Prix Littéraires

Ce n’est que vingt ans après la mort de Thomas Bernhard qu’est paru son assassin Mes Prix Littéraires, rédigé autour de 1980. L’habituelle férocité de l’auteur autrichien s’y révèle d’autant plus jubilatoire qu’elle excelle sans effort à démonter l’académisme sclérosé du monde des lettres germanophone. Enregistrée par France Culture au dernier Festival d’Avignon, la lecture inspirée du texte par Laurent Poitrenaux célèbre la musicalité de cette langue scandée, portée par un goût obsessionnel de la répétition et un sens consommé de la formule. La charge n’est cependant pas gratuite : la dénonciation d’un antisémitisme rance et feutré trouvant son apogée dans l’attribution du Prix de Brême à un certain Wolfgang Hildesheimer, sacré grâce à l’ignorance d’un jury méconnaissant la judéité de l’auteur.

À écouter sur France Culture

Cinéma

Nelly et Monsieur Arnaud

L’ultime opus de Claude Sautet recèle sous ses atours de chronique délicate et naturaliste une amertume certaine. Le spleen résigné de Pierre Arnaud a certes le charisme piquant de Michel Serrault, mais demeure malgré tout troublant. Face à ce Monsieur Arnaud empressé de célébrer les jeunes années qu’il n’a su que gâcher, Nelly n’a pas l’ingénuité qu’il voudrait lui prêter. Elle fait déjà face à un tournant important de sa vie, qu’elle traverse avec une grâce à toute épreuve. Car c’est finalement ces moments de transition, de flottement, que le cinéaste savait alors si bien filmer. Et cette beauté fulgurante d’Emmanuelle Béart, attifée pourtant, il faut bien le dire, des gilets les plus moches de l’histoire du cinéma.

À voir sur le site de la Cinémathèque de Nice jusqu’au 26 avril

SUZANNE CANESSA
Avril 2020