Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre

À voir et à écouter le 1er maiLu par Zibeline

• 1 mai 2020⇒1 juin 2020 •
Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre - Zibeline

Opéra

Ariane à Naxos

Peu de compositeurs peuvent s’enorgueillir d’une collaboration riche et fructueuse avec un librettiste singulier, ne sacrifiant rien de sa personnalité littéraire et dramatique à la puissance de la musique. Richard Strauss avait trouvé avec le poète Hugo von Hofmannsthal un interlocuteur privilégié. Leur merveilleux Chevalier à la rose avait fait sienne les subtilités d’une passation amoureuse douce-amère, portée par une volubilité musicale mélangeant habilement les styles et les tons. Ariane à Naxos pousse plus loin le désir de mélange des genres : l’Ariane sublime de Lise Davidsen pleure son abandon par Thésée côte à côte avec la Zerbinette bouffe et séductrice d’une Sabine Devieilhe en très grande forme. En fosse, l’Orchestre de Paris accompagne avec un dynamisme et des lignes nettes l’action : la direction de Marc Albrecht rend perceptibles les moindres changements de registres. La mise en scène de Katie Mitchell, sobre mais inventive, joue habilement des porosités de la mise en abyme. Un beau spectacle, qui ouvrait joyeusement la dernière édition du Festival d’Aix sous la direction de Bernard Foccroulle.

À voir sur Arte Concert https://www.arte.tv/fr/videos/080966-000-A/ariane-a-naxos/

 

Cinéma

Truffaut Godard, scénario d’une rupture

« Godard doit être très jaloux que Truffaut, le salaud, soit mort jeune. Il aurait bien aimé être un héros romantique, qui meurt jeune et beau. » Ce mot d’esprit, proprement hilarant, de Mathieu Amalric, résume ce qui fait du documentaire de Claire Duguet non seulement une enquête documentée et didactique sur le désaccord entre les deux plus célèbres représentants de la Nouvelle Vague, mais aussi une étude sensible de ses retentissements dans l’histoire du cinéma. Car la brouille des deux réalisateurs, écrite –les deux fameuses lettres-, entretenue par médias interposés, vaut surtout parce qu’elle a façonné deux approches du cinéma. Aussi retrouve-t-on notamment les échanges épistolaires de Truffaut et Godard dans les dialogues même du Tournée d’Amalric, qui oppose à la vitalité des interprètes une irrépressible pulsion de mort du metteur en scène. Claire Denis, Marin Karmitz, et Olivier Assayas, en commentant ce conflit entre le pendant littéraire et le pendant plastique du cinéma, en révèlent autant sur les filmographies de leurs aînés que sur leur propre imaginaire.

À voir sur Madelen.Ina 

 

Littérature

La Bibliothèque Parlante : Manuscrits de l’extrême

Au programme du dernier Festival de la Bnf, tenu en mai 2019, trois textes proprement bouleversants se sont succédés, jour après jour. Le Lambeau de Philippe Lançon y a rencontré la voix déchirante de Denis Podalydès : le choix de se recentrer sur l’unique récit de l’attentat aurait pu aller contre la force même du roman, capable de dire l’onde de choc et ses répercussions sur les moindres recoins du quotidien. Mais la langue, particulièrement affûtée, et l’interprétation du comédien savent faire exister ce texte manquant. Le Grand Marin, premier roman coup de poing de Catherine Poulain, laisse deviner les cimes de l’Alaska et un dépaysement sans pareil, porté par la voix pantelante de Suliane Brahim. La passionnante correspondance de Charlotte Delbo et Louis Jouvet entremêle les voix de Judith Chemla et François Chattot, et des textes d’une richesse inouïe : la réflexion sur l’art, sur le théâtre, y rencontre la tragédie personnelle de Charlotte Delbo –la déportation, et l’impossible retour à la normale.

À écouter sur France Culture 

SUZANNE CANESSA
Mai 2020