Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre

À voir et à écouter le 15 avrilVu par Zibeline

• 15 avril 2020⇒15 mai 2020 •
Pendant le confinement, Zibeline partage ses morceaux choisis en accès libre - Zibeline

Opéra

Tosca

La mise en abyme quelque peu téléphonée de Christophe Honoré –disponible sur le site de France TV– a pu faire oublier combien le propos même de Tosca peut résonner avec notre époque. Christof Loy l’a bien compris : sa mise en scène, créée et enregistrée à l’Opéra national de Finlande en 2018, semble au premier abord particulièrement littérale. Les décors et costumes d’époque, monumentaux, feraient presque craindre un manque d’idées. Mais ce serait sans compter sur une direction d’acteurs au cordeau, qui extrait du livret sa dimension politique et de la musique de Puccini ses accents les plus suffocants, qui constitue sa plus grande réussite. Car Tosca demeure une histoire de violence, âpre, désespérée : face au Scarpia aristocratique et glaçant de Tuomas Pursio, la flamboyante Floria Tosca d’Ausriné Stundyté s’éteint peu à peu ; l’amour sans faille et les aigus poitrinés d’Andrea Carè ne parviennent pas à raviver ce tableau particulièrement noir.

À voir sur Arte Concert  jusqu’au 4 mai

Cinéma

Pasolini

Peu de cinéastes se révèlent, sur la longueur, aussi surprenants, aussi passionnés et aussi éveillés qu’Abel Ferrara, tout en demeurant invariablement inégaux et souvent mal aimables. Son Pasolini n’échappe que partiellement à la règle : le sublime n’est jamais loin de côtoyer le ridicule. Il le supplante heureusement souvent : en choisissant de s’attarder non pas sur la vie entière de l’artiste italien mais sur sa dernière journée, il procède à un assemblage formel assez captivant. Le Pasolini de Willem Dafoe, d’une justesse à toute épreuve, vient de terminer le montage de Salò ou les 120 Journées de Sodome. Ses dernières heures auprès de sa mère, de ses amis, de son ancien amant puis de son meurtrier sont traversées par des bribes de ses derniers écrits, de films qu’il aurait pu tourner –dont le scénario inachevé de Porno-Théo-Kolossal. Le pastiche, certes émouvant dans ses réussites comme dans ses manques, réussit moins au réalisateur que son sens du portrait.

À retrouver sur Rakuten TV

Théâtre

Cyrano de Bergerac

Depuis sa création à la Comédie-Française en 2006, la mise en scène de Denis Podalydès semble résister vaillamment au temps. La captation de 2017, réalisée par Dominique Thiel et Anne Kessler, disponible sur le site de l’Ina, prend soin de s’attarder sur les éléments mouvants de la très belle scénographie d’Éric Ruf. Les tréteaux, rideaux et lumières, de même que les costumes de Christian Lacroix, évoquent une commedia dell’arte joyeusement foutraque, mais la direction d’acteurs demeure d’un lyrisme à toute épreuve. Michel Vuillermoz est un Cyrano bouffon et tragique, Françoise Gillard une Roxane enfantine, Loïc Corbéry un Christian plus pataud que calculateur. Le texte additionnel d’Emmanuel Bourdieu, également présent sur la dramaturgie, célèbre également ce goût d’une théâtralité délicate, prêchant l’outrance pour obtenir le grâce.

À voir sur Madelen, le nouveau site de l’Ina 

SUZANNE CANESSA
Avril 2020