Pendant le déconfinement, Zibeline partage sa sélection hebdomadaire en accès libre !

À voir et à écouter du 25 au 31 maiVu par Zibeline

• 25 mai 2020⇒1 juin 2020 •
Pendant le déconfinement, Zibeline partage sa sélection hebdomadaire en accès libre ! - Zibeline

Cannes à la maison

Le Passé

Après avoir rencontré un beau succès public et critique international avec Une Séparation, c’est avec une production française qu’Asghar Farhadi a connu sa première sélection au Festival de Cannes. Le cinéaste iranien ne s’y défaisait pourtant pas de son identité : aux rôles principaux élégamment tenus par Bérénice Bejo et Tahar Rahim se greffe le jeu généreux d’Ali Mossafa, rôle principal d’Une Séparation. Les thématiques chères au réalisateur demeurent : ses personnages s’y révèlent hantés par les ombres de leurs passés, et leurs amours inquiètes entachées par des secrets insolubles. Ici encore, la peinture d’un milieu social rarement observé par le cinéma –la petite bourgeoisie pavillonnaire–, ou du moins rarement aussi bien observée, se pare d’une délicatesse qui ne peut qu’émouvoir.

À voir mercredi 27 mai à 20h50 sur Arte, puis en replay jusqu’au 9 juin

 

La Moustache

L’intrigue de La Moustache prête volontiers le flanc aux parodies les plus vachardes. On y suit Marc –Vincent Lindon– en perte successive de repères après que celui-ci a décidé de raser sa moustache. Ni son épouse –Emmanuelle Devos– ni ses proches ne semblent le remarquer : pire encore, ils affirment tous, sans exception, que Marc n’a jamais eu de moustache. Ce canevas avait déjà inspiré à Emmanuel Carrère un roman troublant (paru aux éditions P.O.L.), mettant à jour le trouble sur l’identité et sur le genre que jette, l’air de rien, la vie de couple. Son passage derrière la caméra transpose avec un talent certain les enjeux du mystère et de l’angoisse que l’on aurait pu croire réservés à la seule littérature. Le sens de l’atmosphère se double ici d’un sens aiguisé du rythme, scandé par la musique de Philip Glass avec à-propos. Autant dire qu’on attend avec impatience le second film de fiction du réalisateur, Le Quai de Ouistreham, tourné en 2019 et attendu courant 2020.

À voir sur France TV jusqu’au 14 août

 

Caméras d’or

Jeune Femme

Depuis sa sortie en 2017, le premier long-métrage de Léonor Serraille a gagné en ampleur. Son personnage central a toujours pour elle l’interprétation proprement hallucinante de Laetitia Dosch, et son intrigue un Paris précarisé et hostile, filmé pourtant avec un amour manifeste. Mais son indéfectible bonne humeur se teinte d’une gravité inédite. Le récit de sa double émancipation touche d’autant plus qu’elle se dévoile sans ambages. Celle de ce beau personnage, dont la quête d’indépendance se révèle peu à peu être le revers d’une emprise, demeure diablement efficace. Et celle, esthétique, d’une réalisatrice misant autant sur des références évidentes –Cassavetes en première ligne– que sur un langage filmique qui lui est propre, révèle un regard rare et juste. Une vraie caméra d’or, en somme !

À voir mercredi 27 mai à 23h sur Arte, puis en replay jusqu’au 25 juillet

 

Toto le héros

S’il semble de bon ton, en ces temps charnières, de dépoussiérer non sans violence des classiques rarement réexaminés depuis, le cas de Toto le héros risque de donner du fil à retordre aux révisionnistes comme aux sacralisateurs de tout poil. Jaco van Dormael, qui signait ici son premier film, n’a certes pas transformé l’essai : Le Huitième Jour comme le (beaucoup) plus tardif Mr. Nobody ayant été accueillis bien plus fraîchement par la critique, à raison. Toto le héros tient pourtant, aujourd’hui encore, bien la route. Quelques défauts y germent déjà : son désir de « faire science-fiction », comme certains schématismes narratifs, embryons expérimentaux qui s’apparenteraient par la suite à des trucs, voire des tics « à la Jeunet ». Mais le souffle romanesque, comme le désir de dire l’enfermement mental, et d’assumer de bout en bout son parti pris, ne peuvent, aujourd’hui encore, que susciter une réelle admiration. Le génie de Michel Bouquet y étant, lui aussi, pour beaucoup…

À voir sur France TV jusqu’au 14 juillet

 

Focus Alexander Ekman

Play

La venue d’Alexander Ekman à l’Opéra de Paris, en décembre 2017, avait fait parler d’elle. Et pour cause : le jeune chorégraphe suédois, connu en France pour un Swan Lake peu conventionnel –nécessitant, entre autres, 6000 litres d’eau sur scène– s’étant illustré dans une joyeuse remise en cause des codes. Play embrasse avec une vigueur contagieuse ce désir de plonger dans le jeu et dans l’enfance pour recréer le geste : le chorégraphe y déploie une scénographie haute en couleurs, piscine à balles, rubans de gymnaste et damiers cubiques à l’appui. Il y met également à l’épreuve la cohésion d’un Ballet qui ne manque décidément pas de ressources, et dont les solistes, plus volontiers réunis que divisés, ne bénéficient que de rares échappées. La musique joue elle aussi un rôle plus saugrenu qu’à l’accoutumée. Marion Barbeau et Simon le Borgne réinventeront chorégraphiquement et sonorement le principe des claquettes ; ce sens du bruitage s’adossant habilement à la musique entêtante de Mikael Karlsson, mais aussi et surtout à la voix divine de Calesta « Callie » Day. Gageons que ce bebop ballet a de beaux jours devant lui !

À voir sur France TV jusqu’au 29 mai puis sur le site de l’Opéra de Paris du 15 au 21 juin

 

Eskapist

De retour en Suède –et plus précisément sur la scène du Royal Swedish Opera– c’est encore du rêve et de la créativité enfantine que se revendique Alexander Ekman avec cet Eskapist créé en 2019. Les obsessions demeurent : ces pointes et tutus incongrus mais qui parviennent à toujours signifier autre chose ; ce goût du pas qui tape, pulse mais se revendique, dans un même temps, d’une facticité évanescente ; ces décors et costumes, avec lesquels le chorégraphe compose un spectacle total, dont la cohérence n’étouffe pas le fantasque. Le support vidéo venant ici compléter le tableau ! Les fresques n’excluent cependant pas l’art du portrait : Oscar Salomonsson fait montre d’une technique ahurissante, mais aussi d’un sens de la poésie et de l’absurde réjouissant, que ses faux-airs de Gaston Lagaffe scandinave soulignent joliment.

À voir sur France TV  jusqu’au 3 décembre

 

Opéra

Boris Godounov

Il y a dans le meurtre commis par Boris Godounov quelque chose de la culpabilité d’un Macbeth, mais aussi, déjà, des tourments politiques ancestraux qui reviendraient hanter la Russie. Ivo van Hove l’avait bien compris : sa mise en scène, créée à l’Opéra de Paris en 2018, y reprend la version originale de l’opéra, censurée en 1869 et connue depuis dans sa version révisée de 1872. La dramaturgie y gagne en tension : le rôle-titre, interprété magistralement par Ildar Abdrazakov, captive la scène comme l’auditoire, soutenu en fosse par la direction alerte de Vladimir Jurowski, qui excelle à trouver dans l’Orchestre les accents les plus noirs possibles.

À voir sur le site de l’Opéra de Paris du 25 au 31 mai

 

Musique pour jeune public

Plus de saisons

Belle idée que ce couplage littéraire et musical, mis en place durant l’été 2014 par France Culture. La musique de Vivaldi y rencontre celle de Piazzolla : le texte et la voix de Nancy Huston tissent des correspondances entre les Quatre Saisons et les Quatre saisons de Buenos Aires en creusant un sillon qui lui est familier. C’est encore d’une Histoire à hauteur d’enfant qu’il est question. S’il n’y a « plus de saisons », l’auteure compte plus que jamais sur l’intelligence des petites filles pour remédier aux tourments à venir. L’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction de son violon solo Svetlin Roussev, fait sienne cette joie de vivre, tout en n’oubliant pas de faire tonner l’orage et crisser le givre !

À écouter sur France Culture

SUZANNE CANESSA
Mai 2020