Pendant le déconfinement, Zibeline partage hebdomadairement ses morceaux choisis en accès libre !

À voir et à écouter du 1er au 7 juinVu par Zibeline

• 30 mai 2020⇒8 juin 2020 •
Pendant le déconfinement, Zibeline partage hebdomadairement ses morceaux choisis en accès libre ! - Zibeline

Focus Claude Chabrol

Chabrol, l’anticonformiste

Voilà désormais dix ans que Claude Chabrol nous a quittés, et dix ans que son absence se fait sentir dans le cinéma hexagonal. Car si le regard sans concession du cinéaste sur ses semblables a considérablement influencé hors de nos frontières –Bong Joon-ho a notamment, à plusieurs reprises, évoqué son œuvre et celle de Clouzot parmi ses influences majeures- force est de constater qu’il n’a guère connu d’héritier en France. Ce documentaire, réalisé par sa fille adoptive –Cécile Maistre-Chabrol, qui fut son assistante sur de nombreux films- n’est cependant pas amer. Si la faconde et la générosité bien connues du réalisateur y sont évoquées, se dessine en filigrane le portrait d’un artiste peu commun. Ce sont évidemment ces carnets sans la moindre rature, posant dès l’écriture du scénario les jalons de chaque plan à venir. Cette façon, industrielle, d’enchaîner film après film -58, tout de même- en convoquant toujours la même équipe, fidèle, autour de lieux de tournage choisis avant tout pour leurs trésors culinaires… Sous l’humour, c’est encore cette capacité unique à faire œuvre d’auteur sans sérieux et sans surplomb qui émeut encore.

À voir sur Madelen.ina 

L’enfer

En 1994, soit trente ans après l’interruption du tournage de L’Enfer par Henri-Georges Clouzot, Claude Chabrol s’empare du scénario maudit. Emmanuelle Béart et François Cluzet y succèdent à Romy Schneider et Serge Reggiani. Et si la jalousie obsessionnelle du mari vient encore contaminer la fluidité d’un récit malade, c’est ici moins les jeux sur la forme, entrevus par Clouzot, que l’acuité psychologique qui frappent. La caméra épouse la rigidité de façade de François Cluzet -qui tenait peut-être ici son plus grand rôle- pour mieux la laisser se craqueler, peu à peu.

À voir sur Arte le mercredi 3 juin à 20h50, puis sur arte.tv jusqu’au 9 juin

Opéra

Eugène Onéguine

A-t-on jamais fait mieux qu’Eugène Onéguine ? Toute galéjade partisane mise à part, nul ne saurait nier, dès ses cinq premières minutes, durant lesquelles une ouverture se mue peu à peu en duo, puis en quatuor, qu’on tient là une des plus belles entrées en matière de l’histoire de l’opéra. Le roman en vers de Pouchkine est ici réduit à sa substantifique moelle poétique, que la musique, géniale, de Tchaïkovski enrichit d’une inquiétude constante, qui rythme à elle seule l’action. La mise en scène de Barrie Kosky mise sur l’opposition entre l’effet de groupe -le chœur du Komische Oper impressionne de bout en bout- et la solitude de ses personnages, nimbée dans un décor champêtre d’où sourd déjà la glace. La Tatiana d’Asmik Grigorian et son enfiévrée scène de la lettre a de quoi tourner les têtes !

À voir sur Opéra Vision jusqu’au 31 juillet

Théâtre

Mon Cœur

Créé en 2017, le spectacle de Pauline Bureau a fait l’objet l’année suivante d’une version filmée par la metteuse en scène elle-même. Aux images de captations se joignent des fragments pré-enregistrés : les frontières entre les images de différentes natures se révélant, par le biais d’un montage bien pensé, plus poreuses au fur et à mesure du récit. Si ce spectacle séduit grâce à cette hybridité de forme particulièrement bienvenue à l’heure de la fermeture des salles, il doit cependant moins à un désir de diffusion de l’œuvre qu’à une véritable recherche quant à sa forme. Car Mon Cœur est porté, comme toutes les pièces de Pauline Bureau, par un désir de dire le réel sans jamais évacuer ni romanesque, ni subjectivité. L’affaire du Mediator s’incarne ici dans la figure bien connue d’Irène Frachon, brillamment campée par Catherine Vinatier, mais aussi dans celle, fictive -bien qu’inspirée de cas réels- de Claire Tabard, jouée toute en nuance par une étonnante Marie Nicolle, et épaulée par un avocat de taille -formidable Nicolas Chupin.

À voir sur france.tv jusqu’au 1er septembre

Musique : Retour en grâce à la Philharmonie de Paris !

L’Orchestre de Paris célèbre Wagner et Strauss

La Philharmonie de Paris a partagé, tout au long du confinement, ses copieuses archives de concerts, en attendant la reprise. Reprise qui n’a cependant pas attendu la réouverture des salles : c’est en effet avec grand plaisir qu’on a pu retrouver la salle le temps de deux captations. La réalisation de Nathan Benisty ne fait omission ni des sièges vides, ni du silence d’où s’élèvera la musique. Le sextuor extrait du Capriccio de Strauss trouve ici tout son sens : ce plaidoyer pour la primauté de la musique sur le texte triomphe sans peine du désespoir. Le lyrisme sensuel et exalté de Wagner lui répond gaiement sur la tendre Siegfried-Idyll : et si les cordes y sembleront alors moins onctueuses, c’est pour mieux se frotter avec un sens de l’écoute contagieux aux timbres des bois. À l’éveil de Brünnhilde succède l’éclaircissement du Karfreitagszauber, la lumière qui sort les chevaliers de l’ombre, menée vaillamment par le premier violon solo Philippe Aïche à la direction. De quoi regarder, fièrement et sans crainte, vers l’avenir.

À revoir sur le site de la Philharmonie de Paris

Renaud Capuçon s’attaque aux Métamorphoses

C’est encore vers Strauss que l’on se tourne avec ces Métamorphoses menées sans chef, mais avec un sens de la cohésion qui force l’admiration. Les vingt-trois musiciens -des cordes, exclusivement- réunis par Renaud Capuçon n’y trouvent cependant pas ici la joie volubile de la seule musique face au monde : c’est bel et bien la contemplation résignée d’un conflit mondial touchant à sa fin que disent Les Métamorphoses. Face à la tristesse résignée que l’horreur a su provoquer s’élèvent cependant peu à peu l’espoir, et la foi en l’apaisement tant attendu.

À revoir sur le site de la Philharmonie de Paris 

Cinéma en famille

Ma vie de Courgette

Le roman autobiographique de Gilles Paris se prêtait déjà, dans son sujet comme dans sa langue, au monde de l’enfance. Si bien que le projet de Céline Sciamma (au scénario) et de Claude Barras semble tomber sous le sens. Il fallait cependant un certain courage pour destiner à un jeune public cette histoire, pas très rose, d’enfants réunis dans un orphelinat. L’animation en stop-motion marie avec délicatesse la rudesse du sujet et la vivacité d’imaginaire de ses personnages. La réussite première de Ma vie de Courgette consistant à ne jamais se hisser ailleurs qu’à hauteur d’enfant.

À voir sur france.tv jusqu’au 14 août

SUZANNE CANESSA
Mai 2020