Le Liberté et In&Out créent le premier festival queer de Toulon

À Toulon, les prémices d’une ville LGBT-friendly ?

• 21 septembre 2020⇒27 septembre 2020, 21 septembre 2020⇒27 septembre 2020 •
Le Liberté et In&Out créent le premier festival queer de Toulon - Zibeline

Le Liberté et In&Out s’associent pour créer le premier Festival queer de Toulon, du 21 au 27 septembre. Une aventure artistique aux retombées citoyennes prometteuses.

Quand Le Liberté lance, en 2015, ses Courts-métrages en Liberté, la scène nationale de Toulon était loin d’imaginer qu’elle co-programmerait cinq ans plus tard un festival LGBT dans la capitale varoise. La rencontre autour de la sensibilisation des jeunes à la lutte contre les discriminations et la haine anti-LGBT entre le théâtre et l’association maralpine Les Ouvreurs, organisatrice du festival de cinéma In&Out à Cannes et Nice*, a changé la donne. En 2019, la thématique choisie pour les ateliers courts-métrages (lire notre article sur journalzibeline.fr) est celle de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Benoît Arnulf du In&Out est parmi les intervenants. Christiane Taubira est la marraine de la manifestation et participe à la soirée de présentation des films au public. Après la projection, les témoignages se libèrent. Et la soirée a l’effet d’un déclic commun pour les futurs co-organisateurs du nouveau festival. « On a compris que c’était un événement important pour Toulon. On y a rencontré des militants LGBT alors qu’il n’y avait pas de dynamique. Cela a été libérateur », rapporte Benoît Arnulf. Un sentiment partagé du côté du Liberté : « Quand on s’est retrouvés face à ces personnes exprimant leur souffrance, on s’est dit qu’il y avait une urgence et qu’il fallait peut-être commencer à afficher les choses, à institutionnaliser une sensibilisation au respect des personnes LGBT. On a alors eu l’idée de créer une antenne du festival In&Out à Toulon, conscients des difficultés liées à l’absence d’un réseau », raconte Sophie Catala, responsable des actions culturelles de la scène nationale.

Faire évoluer les mentalités

Ce réseau militant se constituera progressivement, sous la forme d’un collectif pérenne et autonome, à l’initiative, entre autres, de la première Marche des fiertés toulonnaise (le 26 septembre). « Si le festival et le collectif abordent les mêmes problématiques, leurs missions sont différentes. Mais comme la marche, l’artistique peut aider à faire bouger le territoire dans le bon sens. Les deux événements sont destinés à toutes celles et tous ceux qui veulent que les mentalités continuent d’évoluer à Toulon », précise Benoît Arnulf. Évolution rimera-t-elle avec subvention au mouvement LGBT ? C’est une autre histoire.

Institution culturelle phare dans une ville à l’image plutôt conservatrice, Le Liberté n’a cependant pas hésité à s’engager dans l’aventure, quitte à bousculer. « Cela peut provoquer certaines réactions mais l’autre solution aurait été de ne pas le faire et ce serait pire. On est du côté du droit et le droit des personnes ne se discute pas, tranche Sophie Catala. Pour Charles (Berling, directeur de la scène nationale, ndlr) comme pour moi, l’art est politique et quand on montre une œuvre LGBT dans un festival dédié, le public est amené à la regarder sous l’éclairage de la thématique. On veut aussi représenter une sorte de lieu refuge pour y faire émerger la parole et envoyer un signal de bienveillance à l’égard de personnes qui, dans le Var en particulier, en ont besoin pour oser évoquer certaines questions. »

Bien que le festival -envisagé comme une biennale- ait dû être amputé d’un certain nombre de propositions pour cause de Covid, il tenait à affirmer dès sa première édition une programmation pluridisciplinaire, mêlant l’art cinématographique au spectacle vivant. « C’est atypique en France », souligne Benoît Arnulf. À côté des films donc, la compagnie la CriAtura de la metteuse en scène Carole Errante propose sa dernière création, L’affaire Harry Crawford, une lecture inspirée d’un fait divers impliquant une personne transgenre dans les années 1920. La projection du classique The Rocky horror picture show sera doublée de sa restitution par une troupe de théâtre, à la manière des célèbres soirées du cinéma Studio Galande, à Paris. Du cinéma en 4D authentique.

LUDOVIC TOMAS

Septembre 2020

Photo A perfect family, film de Malou Reymann © Haut et Court

* Festival in&Out Nice, jusqu’au 18 septembre.

21 au 27 septembre

Toulon

04 98 00 56 76 chateauvallon-liberté.fr