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Après un temps fort sur l'Exil, le Mucem se fait la Belle en Italie

A comme Animal

• 10 octobre 2018⇒14 octobre 2018 •
Après un temps fort sur l'Exil, le Mucem se fait la Belle en Italie - Zibeline

Un musée est un lieu de mémoire, mais le Mucem est un musée de société, en prise avec une actualité qui se fait parfois brûlante. C’est ainsi que le 26 septembre, la conférence inaugurale du temps fort consacré à l’Exil a été retardée. Le temps pour deux « activistes en colère » du collectif Mineurs isolés 13 de s’exprimer, à l’invitation de Jean-François Chougnet, le directeur. Les deux femmes, dont l’une avocate, ont pris la parole pour dénoncer le Département des Bouches-du-Rhône qui laisse des migrants mineurs à la rue alors que la justice a ordonné leur prise en charge. D’après ce collectif, Martine Vassal, la présidente du Département -et nouvelle responsable de la Métropole où elle remplace Jean-Claude Gaudin- préfère payer des amendes considérables par jour d’astreinte, pour chaque enfant, plutôt que d’appliquer la loi. Elle entendrait ainsi montrer sa désapprobation de la politique migratoire de l’État. La réalité de ces jeunes en souffrance, qui dorment aux abords de la gare Saint-Charles, déscolarisés, privés de soin et parfois du minimum vital, a pris à la gorge le public venu en nombre, d’autant que l’un d’entre eux aurait récemment tenté de mettre fin à ses jours en sautant par la fenêtre d’un hôtel.

L’anthropologue Michel Agier, qui devait prononcer une conférence intitulée Flux et reflux d’humanité. L’hospitalité et la cosmopolitique, aujourd’hui et demain, a ensuite saisi le micro et donné son point de vue de chercheur sur une situation migratoire de plus en plus dure. Son constat, tiré après de multiples études de terrain, est que les formes de l’hospitalité évoluent. En réaction à l’inaction des gouvernements européens, on assiste à une « revivification de la solidarité dans notre société individualiste ». Des citoyens anonymes se mobilisent pour soutenir les migrants, les nourrir, les héberger ; d’autres, tels Cédric Herrou ou le maire de Grande-Synthe, font figure de « héros ». « Une somme de gestes qui finissent par déranger la politique des nations », et qui constituent une épreuve d’endurance pour les bénévoles, face aux poursuites judiciaires ou à la simple inertie. Une goutte d’eau dans l’océan de précarité qui ne peut que s’intensifier à mesure que les inégalités se creusent dans le monde. « Sur cette question comme sur celle du climat, les États arriveront les derniers, après les migrants eux-mêmes, la société civile et les chercheurs », concluait Michel Agier.

Au programme au Mucem

Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée intensifie son rythme de rentrée, avec la 2e édition des Mémoires de la Belle. Une façon de mettre en valeur son Centre de conservation et de ressources, situé dans le quartier de la Belle de Mai. Découlant d’un partenariat avec les Archives Municipales, voisines, la manifestation invite à découvrir le temps d’un week-end tout un programme centré sur la présence italienne à Marseille. Les 13 et 14 octobre, on pourra ainsi visiter des expositions sur les deux sites (Ciao Italia ! aux Archives, Cinq ans déjà ! au CCR), explorer les fonds et les magasins, participer à des ateliers pédagogiques (fabrication de sceaux, généalogie, calligraphie) ou faire des emplettes lors d’une braderie de produits dérivés (comme dans la boutique de l’Élysée !). Des conférences seront proposées en divers formats, pour que petits et grands puissent aborder de manière ludique et pointue la mémoire de l’immigration italienne, l’une des plus riches -et des plus houleuses- de la cité phocéenne.

Sur le site du J4, outre l’exposition temporaire en cours Ai Weiwei Fan-Tan (retrouvez ici notre critique ainsi qu’un entretien radio), le Mucem poursuit ses partenariats. Avec les Rencontres Films Femmes Méditerranée, du 5 au 7 octobre, la Semaine de la Pop Philosophie, les 14 et 15 octobre, mais également la Fiesta des Suds, pour porter lors d’une rencontre un Regard croisé sur la place des femmes en musique. Une collaboration s’inaugure aussi avec le Marseille Octopus Worldwide, « premier festival pluridisciplinaire autour de la thématique du poulpe » : gastronomie, arts visuels et moments festifs sont annoncés le 8 octobre lors d’une Grand’Poulpe Night.

Côté cimaises, une nouveauté : l’exposition Les Animaux de A à Z (jusqu’au 4 mars) remplace L’Amour de A à Z dans la Salle des Collections du fort Saint-Jean. Tous les six mois, en effet, le musée extrait de ses fonds une série d’objets en lien avec une thématique, en les proposant sous forme d’abécédaires. De « A » comme « Arche de Noé » à « Z » comme « Zoo », une jolie façon d’explorer le rapport homme/animal dans nos sociétés.

GAËLLE CLOAREC
Octobre 2018

Les Animaux de A à Z (au J4)
Jusqu’au 4 mars

Mémoires de la Belle (Au CCR Belle de Mai)
13 & 14 octobre

Illustration : Pichet en forme de singe habillé en ermite – Vaudancourt Oise 1840 -c- Mucem


Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org