L'été avignonnais de la Maison Jean Vilar. Entretien avec Nathalie Cabrera, sa directrice

À Avignon, un Jean Vilar « à taille humaine »Vu par Zibeline

• 10 juillet 2021⇒18 juillet 2021 •
L'été avignonnais de la Maison Jean Vilar. Entretien avec Nathalie Cabrera, sa directrice - Zibeline

La Maison Jean Vilar célèbre le cinquantenaire de sa disparition hors ses murs, actuellement en travaux. Entretien avec Nathalie Cabrera, directrice de la structure.

Zibeline : La Maison Jean Vilar est en travaux, pouvez-vous nous dire à quel effet ?

Nathalie Cabrera : Il s’agit d’un chantier de mise aux normes. Au niveau du public, ce qui va changer est un accès facilité pour les personnes à mobilité réduite. Notamment avec un élévateur adapté pour les fauteuils roulants, Rue de Mons, mais aussi des toilettes à tous les étages, des garde-corps, rampes… Il faut prendre aussi en compte le risque incendie : le bâtiment, de 2 000 m2, abrite une bibliothèque et des archives, avec un importante mission de conservation. L’Association Jean Vilar gère son propre fonds, et une antenne de la BNF, au deuxième étage, a poursuivi la constitution des archives du Festival d’Avignon après sa mort, y compris le Off, les Hivernales…

Quand prévoyez-vous la réouverture ?

À l’automne. Les travaux sont bien avancés mais nous sommes en phase de réaménagement. Il a fallu vider l’entièreté de la MJV ! Le bâtiment appartient à la Ville d’Avignon, qui a mobilisé différents lieux de stockage. Comme lors de tout déménagement, c’est l’occasion d’effectuer du tri, de redécouvrir des trésors. Nous revoyons l’utilisation des espaces. La salle de projection, par exemple. Dans les années 1980, il s’y déployait une grande activité de vidéothèque sur le théâtre, mais elle avait des problèmes d’étanchéité, de luminosité. Nous en avons profité pour la rendre plus polyvalente : en plus des projections, elle pourra accueillir des expositions.

À propos d’expositions, quelle sera celle qui inaugurera le bâtiment réaménagé ?

C’est une exposition que nous devions monter au Théâtre National Populaire à Villeurbanne, à l’automne 2020… juste avant le re-confinement, ce qui n’était pas une bonne idée. Au lieu de fêter les 100 ans du TNP, nous allons donc célébrer ses 101 ans ! L’exposition y sera à partir du 9 septembre, nous la récupérerons ensuite, pour l’ouverture. Elle s’appellera Ce soir, oui tous les soirs, Jean Vilar – Notes de services, TNP 1951 – 1963. Les dates correspondent à la période où Vilar était directeur du TNP. La Criée, à Marseille, accueillera ensuite l’exposition du 31 mars au 29 avril 2022. Elle a été conçue pour voyager, entièrement démontable et modulable.

D’ici là, vous avez prévu une programmation hors-les-murs.

Oui, avec deux aspects. Le premier est lié à la célébration du cinquantenaire de la mort de Jean Vilar, notamment à travers l’exposition photos : Côté Jardin, Jean Vilar et Avignon. On y voit le théâtre comme une aventure collective, avec les temps de répétition, la fatigue des comédiens, leurs familles autour… Elle sera accompagnée de plusieurs initiatives événementielles.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de ces rendez-vous ?

La programmation commence par un film, projeté en avant-première au cinéma Utopia, le 10 juillet. Jean Vilar, la révolution du théâtre pour tous est un documentaire très réussi de Sandra Paugam. Aucun ne lui avait été consacré depuis 1996, et je crois qu’une telle œuvre parlera davantage au public contemporain qu’un film réalisé il y a trente ans. Il sera ensuite diffusé sur France 5, et nous le projetterons, bien-sûr, à la réouverture de la MJV. Le 12 juillet, nous serons au Musée Calvet avec France Culture pour une création radiophonique de Jean Bellorini, directeur du TNP de Villeurbanne. C’est un travail basé sur les correspondances de Jean Vilar, très riches, avec sa femme Andrée Schlegel, Gérard Philippe, Maria Casarès, Silvia Monfort… Le 14 juillet, deux rencontres sont prévues, au Cloître du Palais des Papes puis à l’Église des Célestins, sur son parcours. Il a été l’un des premiers à concilier un rôle d’homme de théâtre et de directeur, une dichotomie encore très forte aujourd’hui. Il a surmonté bien des crises, et nous avons à cœur, pour ne pas être dans un rapport de révérence avec lui, d’évoquer aussi bien ses réussites que ses difficultés. Un Jean Vilar à taille humaine, en somme.

Quel est le second aspect de votre hors-les-murs estival ?

Les 17 et 18 juillet, en partenariat avec le revue Théâtre(s), nous avons un autre rendez-vous avec le public. Les Conversations à la Maison auront lieu au Cloître Saint-Louis et rassembleront treize auteurs* du In et du Souffle d’Avignon [groupement des 5 théâtres permanents et conventionnés d’Avignon, ndlr]. On y trouvera la librairie éphémère du Festival, portée par un collectif de libraires. Ce qui en fait la plus grande librairie théâtrale d’Europe !

PROPOS RECUEILLIS PAR GAËLLE CLOAREC
Juin 2021

* Serge Valletti, Jean-Claude Idée, Marie Dilasser, Eugène Durif, Jean Caune, Sonia Chiambretto, Eva Doumbia, Denise Chalem, Lola Lafon, Pierre Note, Lola Molina, Philippe Minyana, Ahmed Madani

Côté Jardin, Jean Vilar et Avignon, Promenade photographique au Jardin des Doms
jusqu’au 14 novembre (retour à lire dans le prochain Zibeline, spécial expositions)

Un été hors-les-murs
10 au 18 juillet
Divers lieux, Avignon
maisonjeanvilar.org

Photo : Nathalie Cabrera © Margot Laurens – AJV

Maison Jean Vilar
8 rue de Mons
84000 Avignon
04 90 86 59 64
www.maisonjeanvilar.org