Picasso en 14 chapitres au Musée Fabre, jusqu’au 23 septembre

14 fois PicassoVu par Zibeline

• 15 juin 2018⇒23 septembre 2018 •
Picasso en 14 chapitres au Musée Fabre, jusqu’au 23 septembre - Zibeline

Qu’est-ce qu’un moment clé dans la production d’un artiste ? Un passage, une étape, une fulgurance qui fait basculer dans un langage différent. Des questions qui se résolvent ou se multiplient. Une invention qui s’impose. Une trouvaille qu’on s’autorise. C’est aussi ce qui aide les historiens de l’art à suivre le chemin de la création pour déchiffrer l’œuvre dans une logique rétroactive. L’exposition Picasso. Donner à voir propose d’isoler 14 chapitres dans le parcours pléthorique du peintre phare du XXe siècle. Longue et riche liste déroulée chronologiquement, entre deux autoportraits que 77 ans séparent. Celui de 1896 présente un Picasso de 14 ans sombre et fier. Le jeune peintre de 1972 est un enfant dont on hésite à penser s’il est espiègle ou profondément grave, déjà passé de l’autre côté du miroir : les traits s’estompent, le regard transperce, le sourire est aussi énigmatique que celui de La Joconde ; la palette et le pinceau, attributs suprêmes, sont l’armure et l’épée de ce fantôme d’enfant chapeauté comme un mousquetaire. Picasso a 90 ans et quelque 70000 œuvres derrière lui.

Inséré dans le parcours Picasso-Méditerranée lancé par le Musée national Picasso-Paris, le Musée Fabre (Montpellier) est le seul qui présente un regard global sur l’œuvre du peintre. Plus d’une centaine de productions (issues de grands musées mondiaux et de collections particulières) sont exposées dans une muséographie très pertinente (Joris Lipsch et Floriane Pic), qui déconstruit le linéaire pour offrir un regard panoptique : les fameuses périodes (bleue, cubiste, archaïque, surréaliste…) se laissent traverser l’une l’autre, mettant en évidence le permanent état de recherche de Picasso, qui jamais ne fait table rase d’un « moment » à l’autre, mais toujours établit un dialogue autant avec lui-même qu’avec l’histoire de la peinture. Rien n’est vraiment séparé, tout s’interpénètre, entre décennies, ou au contraire d’un jour à l’autre. C’est en effet très émouvant de saisir en perspective le néo-classicisme de La flûte de Pan (1923) et l’incursion du vide, de la « réserve », des Femmes d’Alger d’après Delacroix (1955), où la toile non peinte accède au langage pictural. Très troublant aussi de découvrir que quelques mois seulement séparent le Nu aux bas rouges (1901), aux effluves très Toulouse-Lautrec, et Femme repassant (1901), où sourd la période bleue.

L’œil flotte d’un « incontournable » à l’autre, le déroulement est intuitif, et le choix réussit cet exploit de ne pas submerger, pour au contraire surprendre et apprendre.

ANNA ZISMAN
Juillet 2018

Picasso. Donner à voir. 14 moments clé

jusqu’au 23 septembre
Musée Fabre, Montpellier
museefabre.montpellier3m.fr

Illustrations :

Pablo Picasso, Bouteille, verre à absinthe, éventail, pipe, violon et clarinette sur un piano, 1911-1912, huile et fusain sur toile, 50 x 130 cm, Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Museum Berggruen, NG MB 17/2000, photo © bpk / Nationalgalerie, SMB, Museum Berggruen / Jens Ziehe, service presse / musée Fabre © Succession Picasso, 2018

Pablo Picasso, La Flûte de Pan, été 1923, Antibes, huile sur toile, 215 x 174 cm, Musée national Picasso-Paris, inv. MP74, dation 1979, photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Jean-Gilles Berizzi, service presse / musée Fabre © Succession Picasso 2018

Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée national Picasso – Paris. MP113.

Pablo Picasso, Grand Nu au fauteuil rouge, 5 mai 1929, Paris, huile sur toile, 195 x 129 cm, Musée national Picasso-Paris, inv. MP113, dation 1979, photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau, service presse / musée Fabre © Succession Picasso, 2018

 

Pablo Picasso, Grand nu, 1964, huile sur toile, 140 x 195 cm, Kunsthaus Zürich, 1969/2, photo © Kunsthaus Zürich, service presse / musée Fabre © Succession Picasso, 2018