Le festival Montpellier Danse célèbre les 100 ans de Merce Cunningham

100 ans avant les 40 ans

• 22 juin 2019⇒6 juillet 2019 •
Le festival Montpellier Danse célèbre les 100 ans de Merce Cunningham - Zibeline

Autour d’un moment fort pour célébrer les 100 ans de Merce Cunningham, le festival montpelliérain, entre mémoire et découverte, continue d’inscrire la ville dans les hautes sphères chorégraphiques contemporaines.

Une programmation qui coule de source. Jean-Paul Montanari, fondateur et directeur multi décennal du festival Montpellier Danse, s’est laissé cette année guider par une évidence toute naturelle pour construire les deux semaines du grand rendez-vous chorégraphique de l’été. 2019 : Merce Cunningham a 100 ans, et cela vaut bien de passer « Un jour avec Merce C. », moment pivot de cette 39e édition. Très présent tout au long de l’histoire du festival, où il avait été invité pour la première fois en 1985 (Events), il a noué avec la ville et son statut de creuset de la danse contemporaine un lien fraternel et amical, au point de demander à ce qu’un peu de ses cendres soit dispersé dans la cour de l’Agora – cité internationale de la danse. Le 26 juin donc, tout convergera dans les pas de l’immense chorégraphe, à commencer par une Classe du matin pour les danseurs professionnels dispensée par Ashley Chen, ancien danseur chez Cunningham, en public (parvis Buren du musée Fabre). Après une restitution d’atelier (Trevor Carlson) sur l’Esplanade, des projections de films documentaires, trois spectacles célèbrent l’anniversaire. Chance, Space & Time (Ashley Chen), puis un biopic créé par Ferran Carvajal avec Trevor Carlson, qui présente pour la première fois en France son solo hommage, portrait théâtral dansé, où l’interprète, ancien directeur exécutif et complice du chorégraphe, raconte l’histoire de son propre point de vue. La Journée s’achèvera avec deux pièces du maître, Summerspace (1958) et Exchange (1978), interprétées par le Ballet de l’Opéra de Lyon.

Autour de cette date phare, beaucoup de grands noms. William Forsythe, qui nous revient avec A Quiet Evening of Dance, que J-P Montanari qualifiede « drôle de projet, très tranquille, loin de la théâtralité un peu hystérique » de ses précédentes pièces. La création d’Angelin Preljocaj, Winterreise, pièce pour 12 danseurs sur la musique de Schubert (qui présente aussi un travail expérimental mené avec des détenues des Baumettes II). L’un des chef-d’œuvre de la Cie bruxelloise Peeping Tom, 31 rue Vandenbranden (2009), recréé pour le Ballet de l’Opéra de Lyon, avec 15 interprètes au lieu de 8, et qui se passe pour l’occasion au 32 de la même rue. Un spectacle présenté en avant-première, celui de Boris Charmatz, qui se confronte à la litanie des chiffres, à la physicalité du déroulement du temps, comment on l’attrape, le retient ou le fuit. 10 danseurs pour faire résonner cet infini. Anne Teresa de Keersmaeker continue sa majestueuse exploration de J-S Bach, avec 16 danseurs et 21 musiciens (direction Amandine Breyer), pour Les six concertos brandebourgeois : un plateau à la fois pur et plein, pour poursuivre cette interrogation : « Qu’entend-on au premier plan musical, et comment traduire cela visuellement ? »

Et puis il y a les autres, les « émergeants », (Amala Dianor, qui après un parcours de danseur hip hop est devenu interprète contemporain, et créé depuis une danse enrichie de toutes ses influences, toujours nourrie de son registre street), les merveilleusement décalés (Camille Boitel, qui se lance cette année dans une « frénétique suite de tentatives de réduire le romantisme à néant »), les presque underground (la performeuse Eszter Salamon, qui avec Boglàrka Börcsök poursuit sa série Monuments et fait revivre Valeska Gert). Un programme digne d’une belle mise en bouche avant celui de la 40e édition de Montpellier Danse, annoncée comme la dernière de son fondateur.


Coup de coeur

Une maison, Christian Rizzo

Le spectacle d’ouverture est une triple première, puisqu’il est aussi la première représentation à domicile de la création du directeur du Centre Chorégraphique de Montpellier et le premier croisement institutionnel entre le CCN et le festival Printemps des Comédiens. une maison réunit 14 danseurs, habitants d’une structure conceptuelle, qui forme un tout sans enfermer, qui fait appel à la mémoire, jusqu’à convoquer l’invisible. Une « maison » vide, pleine de l’intimité du chorégraphe, qui convoque autant le mouvement, visible et palpable sur la scène, que le souvenir d’une personne absente, disparue. La communauté des 14 interprètes danse une écriture du manque, dans un espace dessiné par une présence scénographique forte : les danseurs s’inscrivent dans une architecture lumineuse, mouvante, fantomatique, où chacun éprouve l’absence, produisant des états de corps dont le chorégraphe découvre qu’il ne les avait jamais autant approchés auparavant.

ANNA ZISMAN
Juin 2019

Montpellier Danse
22 juin au 6 juillet
Divers lieux, Montpellier
0800 600 740 montpellierdanse.com

Photo : Summerspace, Merce Cunningham, Ballet de l’Opéra de Lyon © Michel Cavalca