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Entretien avec Christian Sébille, directeur du GMEM, Centre National de création Musicale à Marseille

Produire, créer, diffuser

• 12 mai 2018⇒19 mai 2018 •
Entretien avec Christian Sébille, directeur du GMEM, Centre National de création Musicale à Marseille - Zibeline

Le GMEM, Centre National de création Musicale, est désormais installé dans son Module à La Friche. Mais son festival Les Musiques continue de penser son territoire. Rencontre avec son directeur.

Zibeline : Votre installation à La Friche change-t-elle votre façon de concevoir votre Festival ?

Christian Sébille : Cela ne change pas l’esprit, mais nous accueillons beaucoup plus de compositeurs en résidence, et produisons donc davantage d’œuvres. Le Festival permet désormais de tisser des liens entre notre territoire, les autres Centres Nationaux de Création Musicale, et la création internationale. Nous sommes plus que jamais un lieu de confection, ce qui nous permet de penser le territoire autrement. Car la possibilité, la liberté de créer, cela « encre », au sens d’écrire, un territoire. Cela marque l’espace imaginaire.

Quels sont vos liens avec les autres Centres Nationaux ?

Ils sont très présents dans cette édition. Le réseau coproduit et permet la naissance des œuvres, mais aussi leur circulation d’une ville à l’autre. Nous ne voulons plus produire des œuvres qui sont jouées une ou deux fois, leur diffusion dans les CNCM est essentielle. Nous commencerons d’ailleurs le festival par une rencontre à ce propos, avec le psychanalyste Hervé Castanet qui tentera de mesurer les champs que ces collaborations nouvelles peuvent ouvrir dans la pensée.

Nous pourrons donc entendre des musiques nouvelles, pour des tarifs toujours aussi modiques.

Oui, c’est important que chacun puisse venir, plusieurs fois, et c’est plus que jamais un festival de créations. 9 des propositions sont des créations 2018, pour la plupart conçues ici en résidence. Avec de nombreux artistes qui ont un lien avec cette ville. Comme Yann Robin, qui a fait ses classes au Conservatoire de Marseille, et est aujourd’hui un compositeur reconnu et très original, qui vient aussi des musiques pop et rock. Son Papillon noir explore les idées sombres, le texte de Yannick Haenel est mis en scène par Arthur Nauzyciel, avec une comédienne chanteuse, 13 instrumentistes et 12 choristes. C’est une production importante, accueillie avec la Criée.

Malgré l’installation à la Friche Les Musiques n’ont donc pas perdu leur caractère nomade ?

Nous voulons continuer de programmer les spectacles et concert dans les lieux qui leur vont bien. Ainsi la danse sera au KLAP avec deux propositions : Aude Romary (violoncelle), Natacha Muslera (voix), Stefano Taiuti (danse) et Christophe Cardoen (lumières) explorent les Limbes au plus près du corps et du noir ; et Yuval Pick (chorégraphie) vient montrer deux pièces en dialogue avec un piano (musique Nico Mulhy) et un dispositif électronique (musique Samuel Sighicelli).

Vous restez fidèle à la transdisciplinarité avec le texte également.

Oui, le dialogue entre texte et musique est fécond. On programme un concert à l’opéra avec Laurent Camatte (alto) et Elise Chauvin (soprano) avec des œuvres de Fedele, Betsy Jolas, Scelsi, Levinas, Rebotier… Et un dialogue entre le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton d’après les poèmes que les enfants déportés ont écrit à Terezin. Un concert très émouvant sur leur arrachement à l’enfance et à la vie, où l’on pourra entendre Bartok, Bach, Britten, face à la mer, comme un horizon possible. À la Fondation Camargo à Cassis.

Les concerts seront concentrés à la Friche ?

Il y aura un concert à midi de l’ensemble américain Ice au temple Grignan. Mais effectivement  l’autre sera à La Friche avec l’ensemble C Barré. Ce sera un moment fort du Festival avec deux pièces en création de Nathan Davis et Christopher Trapani, commandes d’écriture élaborées durant des résidences à la fondation Camargo et au GMEM. À la Friche il y aura aussi un concert pour percussions et électronique de Bertrand Wolff. Et un autre de Jérôme Noetinger, expérimental et improvisé à partir de son magnétophone Revox, et des voix très particulières de Claire Bergerault (accordéon) et Isabelle Duthoit (clarinette).

Et un concert où vous dialoguez avec Miquèu Montanaro !

C’est un musicien étonnant ! Dès que l’on s’est mis à jouer ensemble cela a été évident. Cette exploration du son. C’est un obsessionnel du travail, et l’idée de renouveler les musiques traditionnelles, d’explorer jusqu’au bout des possibilités actuelles le galoubet et le tambourin, est passionnante ! Il improvise, j’ajoute des rythmes, et le résultat est inouï…

La soirée de clôture ?

Un concert d’Eric la Casa et Jean-Luc Guionnet très nouveau pour nous, élaboré à partir de rencontres avec trois familles du quartier qui parlent de leur conception de la musique. Après il y aura les Percussions de Strasbourg autour de l’œuvre de Hugues Dufourt, et puis on finit sur le toit terrasse avec Félicie d’Estienne d’Orves et Julie Rousse qui font dialoguer des lasers, des sons et les étoiles…

Propos recueillis par AGNÈS FRESCHEL
avril 2018

Les Musiques
12 au 19 mai
Marseille, Cassis
04 96 20 60 16 gmem.org

Photo : GMEM, Marseille c Sébastien Normand


La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/