Le GR2013, lire le paysage avec le filtre de nos attentes

Pourquoi un GR ?

Le GR2013, lire le paysage avec le filtre de nos attentes - Zibeline

Le GR2013 est une des productions de la capitale culturelle. Un sentier de grande randonnée qui relie tout le territoire, et met en relief sa diversité : littoral, étang, collines, paysages urbains souriants ou rudes, la richesse des perspectives et la diversité des habitants y est traversée… Inauguré en plusieurs lieux du 22 au 24 mars (voir ci-dessous) par des marcheurs enthousiastes suivis par GPS, guidés par endroits par des conteurs du paysage, accompagné par des fanfares et des batucadas, le GR2013 a donc vu le jour, entreprise qui n’aurait pu avoir lieu sans la capitale culturelle, tant elle nécessite une concertation complexe des pouvoirs publics… On peut se demander si cet aménagement du territoire nécessitait un tel investissement, humain et économique, sur des budgets culturels, qu’on aurait pu employer à des productions artistiques. On peut aussi s’interroger sur certains parcours où, comme à la Viste, les traceurs volontaires ont essuyé des tirs de cailloux. Le jour de l’inauguration ce ne fut pas le cas. Et immédiatement, malgré le temps pluvieux, des centaines de marcheurs ont pris la route, dans un pays où la randonnée se pratique en famille, à la découverte d’une nature et d’une culture ancrées dans les pierres, les fossiles, les strates de civilisation, les odeurs si particulières. Tout est culture ? Marcher, en tous les cas, nous relie au monde.
AGNÈS FRESCHEL
Avril 2013

 

Nous lisons les paysages avec le filtre de nos attentes. Ainsi en est-il des sentiers balisés de nos promenades. Mais le nouveau sentier de Grande Randonnée se permet des chemins de traverse, des excroissances délicieuses où l’on joue avec les frontières délimitées par les traces rouge et orange.

Buissonner sur l’Arbois…

La promenade initiée par Hendrik Sturm intitulée «Le plateau d’Arbois : au centre du GR2013» en est une parfaite démonstration. L’artiste-promeneur nous entraîne dans sa lecture des lieux, sculptant les espaces. Une carte IGN, un GPS de poche, de vieilles photographies, un tableau… permettent une approche du terrain particulière : les traces -livres abandonnés, sacs oubliés, vieux papiers, fragments de moteur fondus en formes étranges- sont confrontées aux documents, aux savoirs, aux hypothèses. Hendrik Sturm est une mine de renseignements, d’anecdotes, de dates, de récits ! C’est à l’humain qu’il s’intéresse, et cet artiste marcheur ne parle botanique ou géologie, mais nous entraîne dans un exercice d’archéologie contemporaine où les alentours de la gare de l’Arbois livrent leurs secrets, de la prostitution aux techniques de compostage à grande échelle au centre de retraitement des ordures du Pays d’Aix, avec les ruines d’habitats qui s’animent par les relevés du cadastre… Ou plus étonnant encore, les vestiges du camp américain qui y séjourna de 44 à 47, doté d’un immense théâtre qui vit se produire Marlène Dietrich ! Le paysage prend alors une épaisseur nouvelle, se reconstruit par la vertu de cette nouvelle poétique de la marche.

… dans l’urbain…

Nul besoin de campagne pour randonner ! La découverte de Marseille par les petites rues et les espaces verts permet un regard nouveau. Ainsi, partant du rond-point de Mazargues pour finir à la Vierge de la Garde, des marcheurs bien urbains ont bravé le ciel gris et pluvieux. Le trajet traverse le Parc Bortoli puis le MAC, pour repartir vers le Parc Borély, longer les plages du Prado et remonter à travers le Roucas blanc et ses belles échappées vers la mer. Enfin la vue magnifique depuis la colline virginale récompense les efforts de la montée…

… autour de l’étang

Partis vers 9h du Port des Heures Claires, à Istres, les marcheurs se sont retrouvés entre terre et mer, redécouvrant des points de vue remarquables malgré le temps couvert. Pour arriver jusqu’à Miramas, où avait lieu le relais avant de repartir à Grans, le trajet empruntait le sentier du littoral, entre collines et restanques, avant de rejoindre le bas de Miramas-le-vieux… À l’arrivée à 13h25 à Miramas, une batucada rythmait leur pas. Une pause rapide, puis les marcheurs-relayeurs reprenaient leur route, passant par le plan d’eau Saint-Suspi pour rejoindre Grans par l’intérieur des terres, où l’arrivée était prévue vers 15h.

Le GR est en marche !

MARYVONNE COLOMBANI, CHRIS BOURGUE et DOMINIQUE MARCON
Avril 2013

Le GR2013 s’est inauguré du 22 au 24 mars, sur tout le territoire de MP2013