La Semaine économique de la Méditerranée portait cette année sur la Culture

Pourquoi ils croient à la culture, ou le grand malentenduVu par Zibeline

• 5 novembre 2013⇒9 novembre 2013 •
La Semaine économique de la Méditerranée portait cette année sur la Culture - Zibeline

La Semaine économique de la Méditerranée portait cette année sur la Culture, envisagée comme un facteur de développement économique

Dès l’entrée le débat est faussé. Les acteurs de l’économie se félicitent du succès économique de la capitale culturelle : or au sens propre, l’économie de la culture se mesure en capital culturel, c’est-à-dire en création de richesse culturelle et en transmission de la richesse créée. Une enquête de satisfaction, après une capitale culturelle, devrait demander «vous sentez-vous plus cultivé ?», et aux artistes «avez-vous créé des œuvres transmissibles ?». Or on mesure le succès en visiteurs des manifestations culturelles, voire en nuitées touristiques. En ratio économique : 1€ investi pour la culture (par qui ? les collectivités rapporterait 6 ou 10€ au territoire (à qui ? aux entreprises et commerces). Ce que le citoyen y gagne, en culture, n’est pas mesuré. Pas plus que ce que les acteurs culturels y perdent.

La première table ronde fut inaugurée par Androulla Vassiliou, commissaire européenne chargée de l’Éducation et de la Culture, qui se réjouit de la levée d’un «tabou» : «Il est permis aujourd’hui de parler de la fonction économique de la culture sans soulever de protestation.» «Cela ne veut pas dire que nous devons l’y réduire» concéda-t-elle dans une brève parenthèse qui ressemblait à un déni. Car de culture il ne fut plus jamais question. Mais de bénéfices immédiats en terme de «nouvelles audiences», des fonds européens qui permettent le développement (la part de l’Europe dans le financement des capitales européennes est très faible…), de milliers d’emplois créés sur le long terme, de territoires qui ont «refleuri» grâce au label européen : 20% d’emplois créés à Liverpool, 28% à Sibiu… Carlos Martins, intervenant dans la table ronde suivante, souligna davantage les bénéfices sociaux de la capitale portugaise (Guimaraes, capitale 2012) sur la population jeune (50% de moins de trente ans) et dans une petite ville qui a vécu une expansion ; tandis que Jacques Pfister, président de MP2013 et de la Chambre de Commerce, s’attacha à souligner qu’une coopération nouvelle était née entre les villes et les collectivités, une manière de travailler ensemble dans un intérêt commun.

Quant à Bertrand Collette, chargé de mission Grands chantiers de MP2013, il rappela le travail accompli en 7 ans, la structuration du territoire, les équipements : 660 millions ont été investis pour remodeler le visage culturel de la région, 45 établissement ont été réalisés, rénovés ou étendus. Le budget de MP2013 pour son fonctionnement et la production d’événements (100 millions, dont 15 par des entreprises) a eu un effet évident sur le tourisme, les transports, la notoriété de la région, et a «transformé les habitudes culturelles des habitants» : 3.7 millions de visites ont été comptabilisées à la mi-octobre, pour les expositions (1.8 million, ce qui est exceptionnel), les spectacles, concerts et projections, et les manifestations populaires dans l’espace public (1.6 million de visites). Quant au directeur du MuCEM, Bruno Suzzarelli, il ne pouvait que se féliciter, le succès du MuCEM étant inespéré.

Ce premier bilan semblait donc idyllique. Pourtant, interrogés sur la baisse des subventions des collectivités, qui avaient signé l’engagement de ne pas diminuer les subventions courantes pour financer la capitale, ils bottent en touche. Jacques Pfister répondant que ça n’est pas de son ressort, Bertrand Collette que «les engagements ont été tenus sauf à la marge». Une fois encore les acteurs culturels sont renvoyés à leur place…

Quant à savoir si la Capitale Culturelle a permis d’accroitre la culture méditerranéenne des habitants… Jamais les prévisions électorales n’ont donné le Front national aussi haut, ce qui est un très mauvais indicateur d’une culture méditerranéenne partagée, et de l’exercice éclairé d’un esprit critique, que toute entreprise culturelle devrait viser.

AGNES FRESCHEL
Novembre 2013

Photo : c-Christophe-Billet

La semaine économique de la Méditerranée s’est tenue du 5 au 9 novembre à la Villa Méditerranée, Marseille

Villa Méditerranée
Esplanade du J4
13002 Marseille
04 95 09 42 52
http://www.villa-mediterranee.org/