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Entretien avec Denis Lanoy, candidat PCF aux élections européennes

Pour une vision commune

Entretien avec Denis Lanoy, candidat PCF aux élections européennes - Zibeline

Denis Lanoy, metteur en scène et secrétaire de la section communiste de Nîmes, est candidat PCF aux élections européennes.

Zibeline : Le Parti Communiste Français a publié un manifeste pour une Politique Culturelle européenne. Croyez-vous qu’elle soit possible ?

Denis Lanoy : Oui ! mais il faut absolument remettre en cause le principe de subsidiarité : la Communauté européenne n’a pas de politique culturelle et elle la laisse aux seuls États. Or construire une politique nécessite une vision commune, et bien sûr un budget.

Mais n’est-ce pas dangereux de confier la culture à l’Europe ?

Il ne s’agit pas d’en priver les États ! mais leur tentation est de développer une culture nationale, et pas européenne. De refuser de penser la mondialité et l’accueil. L’accueil des migrants est une question culturelle, qui peut et doit être pensée dans le cadre d’une politique culturelle commune. Ne l’oublions pas : la Hongrie de Orbàn est le pays qui consacre la plus grande partie de son PIB à la culture. À la musique hongroise, au patrimoine national, à tout ce qui construit un nationalisme révisionniste où l’Austro-Hongrie et la langue allemande disparaissent de l’histoire. Il faut opposer à cette idéologie une culture du partage et de la libre association. Sans nier les particularismes nationaux, mais en refusant qu’ils construisent des clivages et des exclusions, et en se rappelant de tous ces grands mouvements européens qui ont façonné ce que nous sommes. C’est en posant la question de la culture européenne qu’on dégonflera l’idée des racines chrétiennes de l’Occident. L’histoire antique existe, le christianisme est né ailleurs, et le fait religieux n’est pas une racine, ne serait-ce que parce que nous ne sommes pas plantés comme des arbres mais naturellement migrants. À mon sens, il est plus important de parler de cette histoire, celle des hommes, celle de cette Europe qui est un carrefour, que de parler d’économie et de traités.

Pourtant vous dites qu’il faut un budget ?

Bien sûr, il faut que l’Europe se dote d’un budget qui lui permette d’élaborer des politiques qui vont au-delà de simples directives sans moyen. Il existe des fonds pour les échanges culturels, pour des politiques de projet. Cela ne constitue pas une politique, que seul un budget peut permettre.

Cela est-il possible en échappant au lobbying, et en particulier aux intérêts des GAFAM ?

Les GAFAM partagent des contenus sur les réseaux sociaux sans en rémunérer leurs auteurs. Il faut qu’ils redistribuent l’argent à celles et ceux qui produisent les textes, les images, la musique, et qui doivent percevoir des droits. C’est ainsi que l’on sauvera la presse et que l’on protègera la création artistique de l’obligation de rentabilité. Cette proposition de la GUE a été votée par le parlement, mais un lobbying sournois continue auprès de la Commission et des parlements nationaux. Il s’appuie sur la volonté libertaire des usagers qui pensent accéder « gratuitement » à des contenus sans s’apercevoir qu’ils offrent à Google, Facebook et Apple leur temps de cerveau disponible, et les rétribuent pour un travail effectué par des journalistes ou des artistes…

Mais si l’on demande aux GAFAM de rétribuer les auteurs, ils vont exercer une censure des contenus, qui est déjà à l’œuvre d’ailleurs…

S’ils font ça ils montreront leur vrai visage ! Et on pourra alors trouver d’autres supports de circulation des œuvres. Il faut repenser une vraie circulation européenne des œuvres, un service public qui garantisse les droits culturels des citoyens mais aussi ceux des artistes, des écrivains et des journalistes. Si on laisse tout cela aux intérêts privés, dont la finalité naturelle est le profit, bien sûr qu’ils vont censurer ! Le désir libertaire sur le net est constamment récupéré par les GAFAM qui vont plus vite qu’eux. Le net n’est pas un espace de liberté, mais un espace de lutte.

Et dans cette lutte, à quoi servent les députés européens de la GUE, si minoritaires ?

À proposer des lois, mais aussi à alerter sur des projets de lois dangereux. La mission de veille est indispensable.

Et pourquoi la gauche part-elle dans un ordre si dispersé, au risque de l’effacement ?

Au fond je ne sais pas. C’est un peu comme si on avait transformé les courants d’une même famille en oppositions fondamentales. Nous avons tant de convergences ! Certains veulent sortir des traités, nous voulons les remettre en cause, d’autres pensent qu’il faut les faire évoluer : ce sont des questions de méthode, pas des divergences. Mon souhait est qu’on fasse tous plus de 5% et qu’on se retrouve ensuite à travailler ensemble. Nous le pouvons, dans un grand espace de gauche européen…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Mai 2019

Photo : Denis Lanoy c X-D.R.

Retrouvez ici notre état des lieux des partis de gauche aux élections européennes, ainsi que notre entretien avec Christian Benedetti, metteur en scène, directeur du Théâtre d’Alfortville, candidat de La France Insoumise.

La suite de ce dossier consacré aux élections européennes, avec d’autres entretiens (EELV, Génération.s et PS) est à paraître vendredi 17 mai dans le n°35-36 de Zibeline Hebdo.