Le Off d'Avignon, festival de tous les superlatifs

Plein le OFF !

• 5 juillet 2014⇒27 juillet 2014 •
Le Off d'Avignon, festival de tous les superlatifs - Zibeline

Chaque année c’est pareil : malgré une hausse constante des spectacles et les réponses, toujours évasives, sur la charte déontologique censée réguler l’expansion des locations de salles parfois honteuses, chacun finira par se plonger à corps perdu dans ce «festival de tous les superlatifs», espérant découvrir ses pièces de petit bonheur indélébile. Et il y en a, fort heureusement, qui lui feront oublier la difficulté de choisir parmi les 1307 spectacles (1258 en 2013), dispensés dans 132 lieux. À une exception près ce mois de juillet… les intermittents du spectacle -ceux-là même qui créent et font vivre Avignon une bonne partie de l’année, qui engagent des frais considérables pour se produire durant trois semaines, sans jamais avoir l’assurance qu’une tournée suivra- pourraient faire mentir les chiffres en choisissant, indépendamment, de ne pas jouer pour défendre leurs droits, et ceux de tous les précaires, chômeurs, intérimaires… Un choix radical, voire paradoxal, mais individuel et respectable.

Rappelons que le Off est un festival autofinancé, avec des lieux et des compagnies qui adhèrent à l’association Avignon Festival et Cies (un prestataire de service), pour être répertoriés dans le catalogue, et «repérés» par le public. En 2014, sur 1083 compagnies, l’État apporte 400 000 euros d’aides, d’après Greg Germain, président d’AF&C, estimant les flux financiers dégagés par le off de 103 millions d’euros. Compagnies qui sont de plus en plus nombreuses à faire appel au financement participatif, soutenues cette année par le Off dans une vaste opération de communication. Une centaine d’entre elles avait choisi en 2003, suite à l’annulation du In, de suivre la lutte des intermittents. 11 ans plus tard, le climat social s’est empiré, la perte pour les artistes, et les lieux d’accueil, pourra être fatale. AF&C, le 12 juin, se disait solidaire du mouvement protestataire grandissant, en rappelant très vite que le «Off est le premier et le seul marché du théâtre dans notre pays». Mais si les intermittents n’ont plus les moyens d’être créateurs, comment pourront-ils l’alimenter ? Et les programmateurs s’y servir ? Et le public s’en nourrir ?

Les lieux permanents

Les théâtres permanents, une fois la saison close, accueillent une programmation pertinente. C’est le cas pour les Scènes d’Avignon, qui affichent chacune la hauteur de leurs ambitions. Au Chêne Noir, 12 spectacles dont les titres à eux-seuls sont un poème : la création maison de Gérard Gélas, Le Tartuffe Nouveau, avec une reprise de rôle détonante de Jean-Marc Catella, La Chute de Camus, L’homme qui rit de Hugo, La Fuite de Gao Xingjian, Promenade de santé (de mais sans Nicolas Bedos), Trahisons de Harold Pinter (par et avec Daniel Mesguich), et Denis Lavant dans un montage issu de la correspondance de Céline. Aux Halles, trois pièces d’Alain Timar : Le Roi se meurt de Ionesco créé à Shanghai, Le temps suspendu de Thuram créé en Guadeloupe, et le très recommandable Ô vous frères humains de Cohen (voir zib’73). La Cie Art27 y crée À Titre provisoire, une pièce fantasque et initiatique sur l’existence, écrite par Catherine Monin et mise en scène par Thierry Otin.

Chez Golovine, beaucoup de mouvements, à commencer par la reprise de la création maison de Yourik Golovine Shadowrama, et les cies Difé Kako, Gilschamber, Bakhus. Au Chien qui Fume, reprise également avec Moi, Dian Fossey par Gérard Vantaggioli, mais aussi Dracula le Pacte de Jeanne Béziers, Clémentine Célarié dans la Danse Immobile et deux chorégraphies de Marie-Claude Pietragalla. Au Petit Chien, Tom Novembre et Béatrice Agenin, Ivan Romeuf dans Karl Marx, le retour. Aux Carmes, du Benedetto avec L’acteur loup adapté par Michel Bruzat, du Prévert dans les Enfants du Paradis par la Cie Philippe Person et du Modiano dans Ronde de nuit par Jean-François Matignon. Au Balcon, Serge Barbuscia reprend les textes et chansons de Bertolt Brecht dans Chants d’Exil (voir zib’72), on y croisera aussi Régis Vlachos et Christophe Alévêque dans la création Little Boy ou la pièce burlesque d’Alain Riou et Stéphane Boulan Les Joyeux de la Couronne… Au théâtre des Doms, 9 spectacles nourrissants venus de Belgique, dont Blackbird de David Harrower, les Argonautes ou des spectacles de marionnettes, volantes avec la Cie Alula, vieillissantes dans Silence. À noter, la performance rétro-futuriste promise par Le System Failure.

La Condition des Soies, Les Hauts Plateaux, La Manufacture, le Girasole, le théâtre de l’Oulle, la liste ne peut être exhaustive, offrent des programmes sérieux également, et pas uniquement mercantiles.

À la croisée du In et du Off, la Maison Jean Vilar accueille un passionnant programme d’expositions, rencontres et spectacles, notamment avec la pièce Code-barres de l’ancien directeur du In Bernard Faivre d’Arcier, qui décrypte les rites et mœurs du rendez-vous estival.

Hors les murs

«Sortir des murs» du centre ville engorgé vers l’extra muros délaissé, une volonté affichée d’AF&C, c’est depuis longtemps déjà possible en allant à L’Entrepôt, à la Fabrik’théâtre (Le Kronope y présente Les Misérables et le Groupe Manifeste Les Bonnes), ou à la MPT Champfleury avec un concert de bonne humeur, Le Voyage Animé de Pim et Yellow. Et sous chapiteaux, sur l’Ile Piot, une dizaine de compagnies circassiennes sont regroupées et soutenues par leur région : Midi Pyrénées fait son cirque à Avignon.

«Faire Avignon peut faire toute la différence», rappelait Greg Germain. Faites la différence !

DELPHINE MICHELANGELI
Juin 2014

Festival Off, Avignon
du 5 au 27 juillet
www.avignonleoff.com

Photo : -c- Guy Delahaye

Lire ici le Droit de réponse de Sud Culture 84 au Communiqué de Presse du 12 Juin 2014 d’AF&C (Avignon, Festival & Compagnies).