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Philo Kakou : Homère, Socrate et Platon

Philo Kakou n°9

«Cacou » ; en provençal, celui qui se la pète, qui fait le fanfaron. En grec Kakou est le génitif de kakos, mauvais, laid. Donc Philo Kakou, la philosophie du mauvais !

Donc cette semaine on y vient, on va être mauvais avec Platon ! Mais c’est lui qui a commencé avec les sophistes, avec le réel et avec les artistes, ces pales imitateurs. C’est au livre 10 de la République que le Grec livre sa charge contre Homère en prenant à témoin ce pauvre Glaucon, interlocuteur de circonstance de Socrate ! Ça donne à peu près ça, en toute mauvaise foi :

Socrate : Des types comme Homère sont des créateurs de fantômes de l’excellence ?
Glaucon : Oui, certainement
Socrate : Tout comme ces peintres qui copient un lit pour peindre un lit ?
Glaucon : Exactement, cher Socrate.
Socrate : Ils ne copient pas l’idée de lit qui est dans le ciel ?
Glaucon : Ah non, Socrate.
Socrate : Ces artistes s’éloignent donc de deux degrés de la réalité ?
Glaucon : Et oui, Socrate !
Socrate : Donc ils ne connaissent rien de ce qu’ils reproduisent ?
Glaucon : Ah les cons ! Socrate, tu as raison !

Bon on exagère à peine : Platon n’a pas inventé le théâtre et la forme dramatique de ses dialogues, la puissante construction des partenaires de bavardage de Socrate laisse vraiment à désirer, foi de kakou ! De fait pour Platon la reproduction du sensible est sans intérêt. Le sensible est le lieu où tout naît et pérît, où rien n’est stable et donc aucune idée de vérité ne peut en surgir. Le sensible est le lieu de la corruption, et pour les hommes celui de la doxa. Doxa, l’opinion, terme antinomique de logos : l’opinion contre la raison.

On ne va pas s’étendre sur les sept traductions possibles de logos, de discours à parole en passant par raison. La doxa chez Platon est le vain bavardage des hommes qui ne s’élèvent pas au niveau de l’Idée. C’est la vox populi, la bouillie démocratique. Et d’ailleurs doxa vient de dokéo, je crois. Racine de « doctrine », « dogmatique ».

Après ça il faudra en passer par la réhabilitation du sensible, de l’art, de la parole. Place au grand Aristote ! Ah ben oui faut acheter le prochain Zibeline !

RÉGIS VLACHOS
Novembre 2018