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Ceci n'est pas une table

Philo Kakou 5

Ceci n'est pas une table - Zibeline

«Cacou » ; en provençal, celui qui se la pète, qui fait le fanfaron. En grec Kakou est le génitif de kakos, mauvais, laid. Donc Philo Kakou, la philosophie du mauvais !

 

Pour faire pop-philosophie on finissait la semaine dernière avec Jean-Louis Aubert : « Il y a un monde ailleurs ». Après avoir retracé, à très grands traits, l’allégorie de la Caverne de Platon, monument sacré de la philosophie.

Cette caverne allégorise donc les limites des hommes qui se contentent de l’ombre des choses ; on croit savoir parce qu’on a vu, mais ça ne suffit pas, il faut aller plus loin. Jusque là, tout le monde est d’accord. Mais Platon va aller trop loin et nous plonger pour deux millénaires au moins dans le monothéisme. L’élève de Socrate imagine un monde des idées qui serait la base substantielle des choses que l’on voit… Oups, soyons plus clair : je vois cette table, je m’y assieds, je mange, je fais mes devoirs, mais je ne sais rien de ce qu’est LA TABLE ! Il y a une Idée de table, dans un monde intelligible qui donne sens aux tables du monde sensible.

Et voilà qui est fait : sur cette position philosophique une autoroute est construite, non pas par Vinci mais par Platon, pour une histoire de la pensée qui déterminera l’histoire des hommes : quelque chose existe dans un autre monde. Immense bouleversement philosophique.

En bon kakou nietzschéen on ne peut que s’en excuser ! Tout philosophe doit choisir : accepter cette hypothèque transcendantale – à savoir que la cause de ce monde n’est pas dans ce monde – ou rappeler que la philosophie n’est pas que Platon ou Kant. Car ce dernier, près de 2000 ans après Platon, dira aussi qu’il existe un monde tel que nous ne le connaissons pas : il y a la chose telle que nous la percevons, et la chose en soi telle que nous ne la percevons pas… Contre cela : Nietzsche bien sûr, ou Souchon pour conclure en chanson, « Et si le ciel était vide » ?

Suite la semaine prochaine !

RÉGIS VLACHOS
Octobre 2018