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Philo Kakou n°35-36

Philo Kakou 35-36

Philo Kakou n°35-36 - Zibeline

«Cacou » ; en provençal, celui qui se la pète, qui fait le fanfaron. En grec Kakou est le génitif de kakos, mauvais, laid. Donc Philo Kakou, la philosophie du mauvais !

Bon, on ne va pas vous demander si vous avez fait vos devoirs. La dernière fois il vous était demandé de lire six pages. Et des plus admirables de l’histoire de la philosophie : le fameux appendice au livre I de L’Éthique de Spinoza.

C’est fort, c’est beau, c’est clair : il est question de finalisme, de causalité, de liberté, de la conscience et donc de superstition, de la folie des dieux qui en viennent à délirer aussi fort que les hommes !

Commençons par le « pourquoi ». Nous en avions déjà parlé, très belle question de l’enfant mais qui ne peut suffire à l’adulte qui veut comprendre le monde. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? C’est vouloir trouver la cause de la cause de la cause de la cause… jusqu’à ce qu’on en arrive à Dieu, qui délire, etcetera…

Car la vraie question qui éclaire notre connaissance de la nature c’est le « comment ». Si par exemple on s’intéresse au langage en se posant la question « Pourquoi les hommes parlent ? », la linguistique ne serait jamais apparue. Car dans la question « pourquoi », on suppose une intention : c’est ça le finalisme que combat Spinoza. La vraie question est : « Comment les hommes parlent ?» ; et la science peut advenir.

Soyons plus proche de Spinoza : « Pourquoi agissons-nous ? Parce que nous voulons ». Telle est la réponse commune.

« Telle est cette illusion de la liberté ; les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs désirs, mais ils ignorent les causes qui les déterminent à agir. »

Et rien de mieux qu’une pierre qui tombe afin de nous éclairer sur ce drame.

Prenons une pierre, dit Spinoza, lâchons là du haut d’une falaise. Jusque-là on comprend. Maintenant supposez que cette pierre, pendant sa chute, se mette à penser. On se dit qu’il va un peu loin Baruch. Alors posons-lui une question pendant qu’on y est : pourquoi tu bouges ? Parce que je le veux…

Et vous avez tout compris sur cette illusion de la liberté. On y revient la prochaine fois.

RÉGIS VLACHOS
Mai 2019