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Réussir au féminin, des tables rondes organisées par la Région PACA pour la Journée de la femme

Percer le plafond de verre

Réussir au féminin, des tables rondes organisées par la Région PACA pour la Journée de la femme  - Zibeline

Le 8 mars, pour la Journée de la femme, se tenait à l’Hôtel de Région une longue journée de tables rondes, intitulées Réussir au féminin

Nora Preziosi, conseillère régionale déléguée aux droits des femmes, ouvrait la séance en rappelant les difficultés que les femmes rencontrent dans leurs carrières. Elle relevait aussi l’ambiguïté de cette journée. « Que défend-on au juste ? » L’égalité, certes, et elle soulignait les écarts de salaire qui persistent. Mais, elle le précisa, la Région avait choisi ce jour là de ne pas s’attacher aux difficultés (« les bas salaires, les femmes battues, les agressions sexuelles ») mais de mettre au contraire en avant des réussites, et des sourires, à travers une exposition de Sophie Vernet (Sourires à la vie, 20 portraits photographiques de femmes de la région).

Sur la scène le premier plateau était composé de femmes de culture : les deux directrices des centres dramatiques de Nice et Marseille, et celle de la scène nationale du Merlan : notre région a placé des femmes à la tête de ses plus grandes institutions culturelles. Irina Brook sut rappeler que la célébrité de Peter Brook son père, et de sa mère comédienne, l’avait aidée à choisir le théâtre, mais elle dit qu’en tant que femme elle avait mis longtemps à admettre qu’elle était metteur en scène, directrice de troupe, et pas comédienne. Que l’obstacle était en elle.

Macha Makeïeff renchérit, parlant de son long compagnonnage avec Jérôme Deschamps, et de la difficulté pour une femme d’être seule, parce que « comme naturellement » on a tendance à oublier les femmes artistes « dans nos admirations » : le répertoire reste dans l’imaginaire collectif exclusivement masculin. D’où son désir de citer, comme une litanie ininterrompue, toutes les femmes artistes qu’elle admire, et dont les noms défilent aujourd’hui dans le hall de la Criée…

Francesca Poloniato, directrice d’une scène dans les quartiers nord, inscrivit son parcours dans une réalité sociale différente : son passé d’éducatrice la pousse à travailler concrètement avec les femmes du quartier, à lier pratique et programmation, à savoir que pour la plupart des femmes le problème n’est pas la réussite sociale, mais le sexisme et ses violences, au quotidien. Hafsia Herzi, magnifique actrice de La Graine et le Mulet, sut faire la synthèse des deux points de vue, expliquant la difficulté de vivre dans les Quartiers Nord, mais aussi son envie aujourd’hui de prendre la parole, de réaliser des films elle-même, parce qu’il faut « que les femmes des quartiers fassent entendre directement leur parole ».

Car pour les femmes le combat est double, triple, si elles veulent « réussir » : c’est leur milieu proche, familial, les préjugés sociaux, et leur propre vision d’elles-mêmes qu’elles doivent, souvent et sans cesse, remodeler…

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2016

Photo : -c- Jean-Pierre Garufi