L'orchestre des Jeunes de la Méditerranée, ou les bienfaits du partage

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L'orchestre des Jeunes de la Méditerranée, ou les bienfaits du partage - Zibeline

L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée a pris un virage affirmé, et une nette ampleur, en intégrant le Festival d’Aix.

L’OJM existe depuis 1984, par la volonté de la Région PACA de fonder une formation internationale autour de la musique, art qui dialogue sans barrière de langues. Associé depuis 2010 au London Symphony Orchestra, et au Festival d’Aix, l’OJM recrute désormais des musiciens de très haut niveau sous l’oeil avisé d’Emilie Delorme, et rivalise en qualité avec les orchestres des jeunes qui fleurissent un peu partout, et qu’on pourra retrouver en septembre dans la nouvelle biennale organisée par le Grand Théâtre de Provence (voir ici).

L’édition 2015 du Festival d’Art Lyrique a permis d’écouter ces jeunes musiciens issus de toute la Méditerranée dans trois programmes : tout d’abord associés au London Symphony Orchestra dans la production lyrique participative Le Monstre du labyrinthe (voir ici), puis dans une véritable création interculturelle, et enfin dans une programme symphonique très varié.

Au Grand Théâtre de Provence à Aix, à la Criée à Marseille, au Festival d’Avignon pour la première fois, et enfin à El Jem (Tunisie) les 80 musiciens sous la direction de Carlo Rizzi ont, après une courte session de deux semaines, fait entendre une remarquable cohérence, comme s’ils travaillaient ensemble depuis des années… La force de la jeunesse ? Toujours est-il que leurs Vêpres Siciliennes (Verdi) sonnaient avec un enjouement rare, leur Mahler avec une profondeur romantique émouvante, toute en finesse, mais faisant enfler l’émotion à souhait dans le troisième mouvement. Quant à la création d’Ana Sokolović, elle fit preuve de leur ouverture à la création contemporaine, et de la sureté de leurs intonations et de leur technique : la compositrice, dont l’opéra A Cappella pour six voix de femmes a révélé le sens dramatique (voir ici), le retrouve dans ce concerto pour orchestre, qui dont le mouvement central, lent, met en place des cellules mélodiques qui éclatent, poignantes, dans le dernier mouvement, vif et puissant… Un regret ? Que ces jeunes musiciens issus de tous les pays et tous les milieux épousent sans distance les rituels qui font le cérémonial décidément rigide des orchestres : on s’habille en noir, on serre la main du premier violon, on tire ses cheveux et on retient ses sourires… ce qui ne peut qu’accentuer la fracture actuelle entre la musique classique et le public jeune et/ou populaire. Un orchestre des jeunes de Méditerranée serait sans doute le bon endroit pour questionner cela… d’autant qu’ils savent jouer des répertoires très variés, et avec cœur !

Ecrire en jouant, ou la musique orale

Mais la véritable révélation de cette année fut sans nul doute l’ensemble interculturel des jeunes de la Méditerranée : à Maynier d’Oppède (Aix) et à la Villa Méditerranée (Marseille) sous l’oeil de Fabrizio Cassol, mais sans direction au pupitre, 10 musiciens et 2 chanteuses ont élaboré une véritable oeuvre commune, faite de quelques tuttis rythmés, et d’échanges à trois ou quatre autour de compositions partagées. Tous ont un talent fou, d’écoute, de connaissance de leurs traditions musicales, mais surtout de capacité à les rendre vivantes, à les mettre en dialogue les unes avec les autres… Ainsi l’oeuvre commune évolua de moments jazzy autour de la guitare de Yoav Eshed (Israël), à une musique dramatique, chantée et parlée par Abir El Abed (Maroc) et Donia Massoud (Egypte) l’une au sens dramatique étonnant, l’autre aux mélismes charmants. Au qanun Abdulsamet Celikel (Turquie) fut vraiment virtuose, faisant sonner ses cordes avec la clarinette discrètement klezmer de Selahattin Kabaci (Turquie) ou le oud plus classique de Nada Mahmoud (Tunisie). A l’accordéon Joao Barradas (Portugal) entraina avec une grande sûreté vers une musique libre, sans pulsation, tandis que Colin Helier, venu des Alpes avec sa nyckelharpa (une sorte de viole à clavier), fit une démonstration incroyable autour d’une danse folklorique, qu’il déstructura complètement, la gauchissant d’abord, pour la faire crisser et couiner…

Une grande réussite pour cette formation, où on regrette qu’il y ait si peu de filles (3 sur 12, dont 2 à la voix…). Le recrutement sur recommandation (et audition!) ne favorise sans doute pas en Méditerranée leur présence, ainsi que les conditions de voyage et de tournée… Mais nos conservatoires européens sont pleins de jeunes filles, et la France , l’Italie, le Portugal (et la Turquie) n’étaient représentés que par de jeunes hommes ! Seul bémol à la formidable aventure de cette formation, où la musique s’écrit et se joue dans un même geste, mais sans repli sur une tradition préservée. En partage !

AGNES FRESCHEL
Août 2015


Festival d’Avignon
Cloître St-Louis
20 rue du Portail Boquier
84000 Avignon
04 90 27 66 50
http://www.festival-avignon.com/


Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/


Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/


Villa Méditerranée
Esplanade du J4
13002 Marseille
04 95 09 42 52
http://www.villa-mediterranee.org/