Les Assises Générales de la Culture du conseil départemental 13 témoignent de l’état dégradé d’une profession

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Les Assises Générales de la Culture du conseil départemental 13 témoignent de l’état dégradé d’une profession - Zibeline

Les Assises Générales de la Culture organisées par le tout nouveau conseil départemental 13 ont été le témoin de l’état dégradé d’une profession, qui est bien plus qu’un secteur d’activité… Non pas à cause des organisateurs de la rencontre : Sabine Bernasconi, conseillère départementale déléguée à la Culture, entourée des deux directrices de la Culture et du Cadre de vie, étaient parfaitement dans leur rôle, donnant la parole, traduisant leurs attentes, écoutant, soulignant l’importance de la culture à leurs yeux, assurant de leur volonté d’y consacrer un budget et de la défendre, et ce auprès de la majorité départementale.

Non, le désastre était dans la salle. Dans l’attitude de servilité des artistes et des acteurs culturels, désormais si dépendants des financements publics qu’ils ne peuvent se permettre d’en perdre une miette, fut-ce au prix d’une soumission qu’on ne leur demande pas. Bref, les artistes se taisaient, ou parlaient pour faire connaître leur projet et leur structure à la nouvelle déléguée à la culture. Personne ne s’insurgea contre la diminution des moyens pourtant à l’œuvre, le retard des subventions, la difficulté de faire œuvre quand on passe son temps à chercher des financements…

Quelques acteurs culturels, directeurs de structures, tinrent un discours tendant à justifier leur existence. Par leur utilité économique, et le fait que la culture est rentable, que la capitale culturelle a changé le visage du département, fait venir durablement des touristes, relancé l’économie. Beaucoup exprimèrent le regret que cet élan n’ait pas été poursuivi… Mais si la culture n’a qu’une justification de rentabilité économique, il est aisé de la remplacer par un événementiel sportif, ou de divertissement ! Ou des balades purement touristiques. Ce n’est pas ainsi que les acteurs de la culture devraient défendre leur place, autrement plus essentielle à notre société, et à la vie de nos esprits…

D’autres parlèrent même de «rentabilité sociale» : la culture pour apaiser les quartiers, les établissements scolaires ? Pour occuper les chômeurs et faire du travail social ? Peut être, sans doute, mais là encore la vie artistique ne doit pas justifier de la nécessité de son financement public par une «rentabilité sociale» immédiate… Ce sont des œuvres qui doivent être créées, ni des pansements, ni des béquilles, ni des boosters économiques…

Puis un professionnel du tourisme réclama des «projets forts» susceptibles de dynamiser le territoire. Les artistes, atterrés, commencèrent à gronder : ils n’ont pas l’impression de produire, depuis des années, des projets faibles… Danielle Bré, metteur en scène et directrice du théâtre Vitez, se leva enfin, se tourna vers la salle : «Mes amis, dit-elle, arrêtez de parler une langue étrangère, notre langue maternelle n’est pas celle-là»…

La langue des artistes est subversive et inventive, elle ne plie pas, elle doit se dresser, fière d’adresser à tous des mots inattendus et rebelles, ceux qui font avancer les esprits… Mozart et Flaubert étaient-ils rentables et dynamisants ? Certes non, mais leurs œuvres ont fondé ce que nous sommes.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2015

Photo : Danielle Bré -c- XDR