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Vu par Zibeline

L’Atelier de la pensée sur la place des femmes dans le spectacle vivant, avec des acteurs culturels de la région Sud

Parité, égalité, essentialisme

L’Atelier de la pensée sur la place des femmes dans le spectacle vivant, avec des acteurs culturels de la région Sud - Zibeline

Parité ou égalité dans le monde du spectacle ? Un atelier de la pensée posait le problème poliment, tandis qu’au Jardin Ceccano ou devant le Palais des Papes les prises de parole se faisaient plus polémiques…

La place des femmes dans le spectacle vivant ? On aurait l’impression, depuis le monde du théâtre, que cela évolue. Et que les attaques contre le Festival d’Avignon sont déplacées et injustes. D’une part parce qu’il n’y a jamais eu autant de femmes programmées, d’autre part parce que c’est le Festival lui-même qui produit le feuilleton théâtral qui le met en cause, et centre son questionnement sur la question du genre, moyen le plus radical pour questionner efficacement le patriarcat.

Où sont les femmes ?

Dans cette édition qui célèbre ou questionne 68, 60 ans après l’annulation du Festival, on peut interroger la pertinence de cette contestation qui vient remettre en cause ceux qui lui ont permis d’émerger : Jean Vilar n’avait certes pas compris la volonté de poursuivre la Grève Générale. Mais fallait-il pour autant crier « Vilar Salazar » sur la même place du Palais des Papes ? Le Festival d’Avignon n’est pas celui où les femmes sont le plus invisibles…

Même si L’Atelier de la pensée qui réunissait le 13 juillet des acteurs culturels de la région Sud pour parler de La place des femmes dans le spectacle vivant, était intitulé « Faut-il avoir peur du Grand Remplacement », titre malencontreux, provocateur mais d’une ironie pas très drôle… fait souligné dès le début par Laure Kaltenbach qui animait le débat et égrena quelques faits : les femmes, dans le spectacle vivant, représentent 35 à 40% des emplois seulement, elles ont des salaires de 20% inférieurs aux hommes à poste égal.

Des chiffres que l’on peut détailler ainsi : alors que les filles sont majoritaires dans les écoles de théâtre, de musique, de danse, les femmes artistes restent minoritaires partout, et dans bien des disciplines cela ne s’arrange pas. Les chorégraphes femmes sont de moins en moins nombreuses dans les programmes des théâtres ; les musiques du monde, le jazz, emploient encore moins de femmes que les musiques classiques. Un seul opéra national est dirigé par une femme, aucun théâtre national, aucun centre national de création musicale. La parité n’est pas atteinte dans les CDN ni les CCN, et des hommes continuent d’être nommés dans les établissements les plus grands et les mieux dotés, et des femmes dans les scènes plus modestes ou spécialisées pour l’enfance. Pas dans la Cour d’Honneur, 1 sur 7 dans Extrapôle… Et ce n’est pas un question de temps à attendre, ou de génération : les filles sont très minoritaires, quasi absentes, dans les disciplines dites innovantes, les arts numériques, le street art, les musiques actuelles et les arts contemporains.

Le théâtre ? Peut mieux faire

L’atelier de la pensée reposait sur un point de vue restreint au théâtre. Discipline où la programmation de femmes est la moins minoritaire. Macha Makeïeff soulignait que cette préoccupation lui était venue peu à peu : les femmes artistes qui ont été invisibilisées, il faut les nommer, les programmer, les soutenir, faire des litanies. Dominique Bluzet soulignait aussi la différence des moyens de production donnés aux femmes : « la parité, la véritable égalité, c’est l’égalité des moyens ». Si les intervenants n’étaient pas tous d’accord pour compter les femmes, tous soulignaient la nécessité « que la parité un jour ne soit plus un problème, parce que l’égalité sera gagnée ». Question de génération au théâtre ? Irina Brook racontait qu’elle portait toujours un pantalon pour mettre en scène, parce qu’en jupe on acceptait moins son autorité. Sophie Cattani, du collectif paritaire Ildi!Eldi ! disait que sur le plateau et au travail, le fait qu’elle soit une femme, et blonde, ne posait pas de problème. Mais que face aux producteurs et aux programmateurs c’était une autre histoire…

Le chemin sera long, tant que le public d’un tel Atelier sera composé presque exclusivement de femmes. Et qu’on ne se demandera pas pourquoi les salles de théâtre sont si majoritairement fréquentées par des femmes : que montrons-nous, que regardons-nous, qu’admirons-nous au spectacle ? Nos scènes, mais aussi nos écrans, nos programmes scolaires, notre littérature, notre société montrent des hommes actifs et des femmes passives, et l’essentialisme attribue encore, inconsciemment mais très efficacement, la douceur et l’empathie aux unes, le génie et l’appétence au pouvoir aux autres…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2018