Entretien avec Bernard Aubert, l'un des fondateurs de la Fiesta des Suds

Ouvert pendant les travaux

• 18 octobre 2017⇒21 octobre 2017 •
Entretien avec Bernard Aubert, l'un des fondateurs de la Fiesta des Suds - Zibeline

La 26e édition de la Fiesta des Suds se tiendra à Marseille dans un Dock des Suds à l’espace chamboulé. Situé au cœur du projet Euromed 2, le Dock doit s’adapter à la mutation du quartier. La scène de concert à ciel ouvert, connue des habitués, n’est plus qu’un vaste chantier, mais la musique en plein air sera bel et bien présente. Bernard Aubert, l’un des initiateurs de l’événement, nous parle de ces 26 ans de Fiesta, du présent et du futur

Zibeline : Comment est née l’idée de la Fiesta des Suds et imaginiez-vous alors une telle longévité ?

Bernard Aubert : La Fiesta est née certainement autour d’un bar. Nous étions quelques-uns, d’horizons très divers, à nous dire « il nous manque un événement culturel à Marseille ». Alors on a tenté le coup. Et dès la première année, aux anciens docks de la Joliette, ça a été une réussite. Signe que ça correspondait à une demande, à une attente. Mais à Marseille, c’est difficile de tenir 26 ans. Si on y parvient, c’est aussi car on pose des questions pertinentes. Quelle est la place du culturel dans la restructuration d’une ville ? Qu’est-ce qu’on fait des bâtiments à l’abandon ? On est passé par les anciens docks, devenus un centre commercial, puis le J4, devenu le Mucem. On a donc montré à cette ville qu’on réussit un événement, qu’on le réalise dans des lieux emblématiques. Et l’enjeu actuel que connaît la ville, en particulier ici, dans le périmètre entre la Joliette et l’Estaque, on a l’a posé en créant ce festival. Peut-être faudrait-il que ce soit mieux relayé du point de vue politique.

Quel est justement le soutien des politiques, en particulier du point de vue financier ?

On a constaté que si on n’arrive pas avec un peu de financement privé, les politiques ne s’intéressent pas vraiment à nos projets. Avant la première édition, un élu d’importance nous avait prédit l’échec. Il manque de visionnaires parmi les décideurs politiques de cette ville. Nous avons contourné cet immobilisme et aussi les guéguerres de personnes et de partis, d’abord grâce aux fonds privés. Aujourd’hui, on est dans une répartition de financement 1/3 de privé, 1/3 des collectivités et 1/3 des spectateurs. Dans la part du financement public, le grand absent, c’est la ville, qui participe à une hauteur infime. La subvention principale pour la Fiesta vient du Département.

Le chantier Euromed 2 impacte le Dock. Avez-vous envisagé de quitter le lieu ?

Pour cette année, on a trouvé une solution, en installant la scène ouverte sur une partie du parking. Pour les prochaines éditions, on est encore dans l’incertitude. Il se peut qu’on organise la Fiesta ailleurs pour un ou deux ans. Mais l’intention est de revenir ici au terme du chantier.

Etes-vous consultés sur les projets immobiliers ?

Très peu. On va sans doute faire partie d’une commission, mais on n’est pas vraiment associé au processus. C’est dommage car nous avons des idées. C’est sans doute encore un manque de vision de ce qu’est la ville à long terme. Nous, on est là. Une grande partie de l’investissement a déjà été fait. Il pourrait donc y avoir quelque chose à développer et tisser des partenariats. Ce n’est pas encore le cas.

Comment s’annonce cette édition 2017 ?

Elle sera tournée en particulier vers l’Afrique, notamment avec le mélange qui se joue en ce moment entre la musique traditionnelle et le hip-hop. L’organisation de l’espace sera très différente, les gens vont se promener dans des labyrinthes de pièces et de salles. Ça va être une surprise étonnante, il faut venir !

Propos recueillis par JAN-CYRIL SALEMI
Octobre 2017

Fiesta des Suds
18 au 21 octobre
Dock des Suds, Marseille

Photo : Amadou & Mariam © Hassan Hajaj

AU PROGRAMME

Ouverture comme de coutume par la Fiesta des Minots, le 18 octobre, avec ateliers, spectacles et boum. Première date en soirée le 19, avec MHD, emblématique représentant de l’afro-trap (rap mêlé de musiques traditionnelles africaines) ou Amadou & Mariam, et leur son de balade pop.

Tendance hip-hop le 20, avec les rappeurs Bigflo & Oli, et la touche électro de Chinese Man. Clôture le 21 avec le blufunk de Keziah Jones, deux DJ de la scène sud-africaine, Spoek Mathambo et Mo Laudi ou la cumbia fusion colombienne de Puerto Candelaria.

Dock des Suds
12 rue Urbain V
13002 Marseille
04 91 99 00 00
www.dock-des-suds.org