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Entretien avec la chanteuse malienne Oumou Sangaré

Oumou Sangaré, une voix distinguée

Entretien avec la chanteuse malienne Oumou Sangaré - Zibeline

Les épreuves et obstacles qui ont jalonné son parcours ont fait d’Oumou Sangaré une battante. Née à Bamako d’une famille Peul, elle doit surmonter aussi bien l’abandon du père lorsqu’elle a deux ans que les difficultés quotidiennes d’une mère élevant seule quatre enfants. Parallèlement à ses prises de position engagées -contre la polygamie, l’excision ou la déforestation, notamment-, la chanteuse malienne s’est investie dans le secteur économique à travers l’hôtellerie, l’agriculture et sa propre marque de voitures, pour créer des emplois dans son pays. En 2010, elle lance même une compagnie de taxis avec des véhicules importés de Chine. Modèle de réussite pour toutes les Africaines, elle continue, à 50 ans, de prouver avec ses textes que le succès en affaires comme dans le domaine artistique, n’a pas atténué sa capacité d’indignation face aux injustices. Entretien avec une féministe, battante et optimiste.

Zibeline : Vous chantez en public depuis l’âge de 5 ans. Maintenant que votre voix et votre parole sont reconnues au niveau international, quelle vision, quelle dimension de l’Afrique chantez-vous ?

Oumou Sangaré : Je chante toujours l’Afrique qui se développe, qui s’émancipe selon son propre paradigme et à son rythme. J’ai une vision optimiste.

Vous avez dit qu’au début de votre carrière vous vouliez venger votre mère. Quelle motivation anime votre combat féministe aujourd’hui ?

Je veux venger toutes les femmes qui souffrent et qui sont désœuvrées. Les encourager, leur donner l’envie de vivre et de continuer à se battre. C’est possible, même en partant de rien.

Les valeurs que vous défendez en tant qu’artiste peuvent-elles être en adéquation avec vos activités de femme d’affaires ?

Bien sûr ! Mes activités en dehors de la musique sont des exemples concrets de mon message. Je montre à la femme que c’est possible de cultiver dans son champ de manière autonome.
C’est possible d’être une femme concessionnaire ou de gérer un hôtel. Chacune à notre échelle, nous pouvons participer au développement de notre pays en étant indépendante.

Après avoir été l’un des plus grands empires coloniaux, la France est à présent l’un des pays les plus cyniques dans la crise de l’accueil des migrants. Quelle est votre réaction ?

Même après la colonisation, la France est un pays frère du Mali. Les Français sont toujours bienvenus. Les Maliens qui viennent en France sont là pour subvenir aux besoins de leur famille. Le peuple malien est travailleur. Ceux qui viennent en France ne sont pas des voyous. Des personnes comme Lassana Bathily ou Mamoudou Gassama (respectivement « héros » de la prise d’otage à l’Hyper Cacher en 2015 et jeune ayant récemment escaladé un immeuble pour sauver un enfant suspendu dans le vide, ndlr) représentent la mentalité des Maliens. Après avoir bravé la mer, le désert, ils sont même prêts à sacrifier leur vie. Qu’importe leur situation, ils n’ont pas réfléchi pour sauver la vie de ces Français. C’est très dommage pour la France.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

Oumou Sangaré chantera le 13 octobre à la Fiesta des Suds, Marseille

Photo : Oumou Sangaré © Benoît Peverelli