La SACD édite une brochure sur la sous-représentation féminine dans le monde la culture. Entretien avec Muriel Couton

Où sont les femmes !?

• 17 octobre 2014 •
La SACD édite une brochure sur la sous-représentation féminine dans le monde la culture. Entretien avec Muriel Couton - Zibeline


Pour la troisième année, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques publie une brochure intitulée Où sont les femmes ? destinée à mettre en évidence la sous-représentation féminine aux postes clés dans le monde de la culture. Muriel Couton, directrice de la promotion et des actions culturelles à la SACD, qui a travaillé sur cette brochure dès ses débuts, nous en précise les enjeux.


Zibeline
 : Qu’est-ce qui a motivé la création de cette brochure ?

Muriel Couton : L’idée a résulté de plusieurs événements. Dans le cadre de mon travail, j’ai beaucoup affaire aux chiffres, et à titre personnel la parité m’intéresse, notamment au sein de la culture. On m’a demandé une extraction par sexe de nos bases de données pour les auteurs de l’audiovisuel et du spectacle vivant, ce qui a donné un premier état des lieux très révélateur, sans parler de la répartition inégale aux postes clés dans ce secteur. Le 6 juin 2012, juste après l’élection de François Hollande, la sénatrice Marie-Christine Blondin a proposé à la SACD d’organiser une table ronde au Sénat sur la place des femmes dans la culture. Y ont notamment participé Muriel Mayette, Laurence Equilbey, Denise Chalem. Au sortir de la conférence, plusieurs participantes ont évoqué l’idée d’une brochure démontrant qu’elles sont certes présentes, mais pas suffisamment. Sophie Deschamps, présidente du conseil d’administration de la SACD, s’y est intéressée, tout comme Pascal Rogard, directeur général, et nous avons obtenu un petit budget pour éditer une première plaquette. Elle a été réalisée en trois semaines. Nous l’avons diffusée à 10 000 exemplaires, tout d’abord au Festival d’Avignon, puis en nous appuyant sur un réseau de sympathisants, dont le Mouvement H/F.

Comment la méthodologie a-t-elle été conçue ?

Nous avons «épluché» toutes les plaquettes des structures nationales annonçant leur saison à venir, en comptant le nombre de spectacles soit écrits, soit mis en scène par une femme, ou bien comprenant une librettiste, chorégraphe ou compositrice. On s’est arrêté aux lieux les plus subventionnés. C’est un exercice assez fastidieux ! Nous l’avons fait avec les moyens du bord, à trois personnes, en dehors de nos heures de travail, avec une graphiste bénévole. La distribution de la brochure s’est également faite de manière bénévole, dans les festivals, lors des premières de spectacles. Nous l’avons envoyée à chaque député et chaque sénateur en lien avec le secteur de la culture pour les alerter. Il y a eu beaucoup de réactions, un bon écho dans la presse nationale et en région. Certains directeurs des structures que nous avions pointées ont mal réagi, d’autres au contraire étaient contents d’y figurer, en se disant qu’à partir de 30% de femmes, ce n’était déjà pas mal !

Les élus se sentent-ils concernés par la parité ?

Najat Vallaud-Belkacem a tout de suite été très sensible à la question, puis Aurélie Filippetti s’y est intéressée en tant que ministre de la Culture et de la Communication. En 2013, nombre de directions devaient être renouvelées dans les structures nationales, et elle a veillé à ce que les short lists soient vraiment paritaires. On espère que Fleur Pellerin va poursuivre dans cette voie. Notre directeur général lui a demandé une citation pour la brochure 14/15 deux jours avant l’impression, ce qu’elle a fait. Il lui a remis la brochure en main propre ; à terme, c’est le ministère qui devrait la réaliser ! Cela représente un boulot énorme, qui devrait revenir à l’Observatoire de l’égalité hommes-femmes plutôt qu’à une structure privée… Pour que cela soit vraiment pertinent, il faudrait suivre les chiffres sur dix ans, évaluer les marges de progression, de régression, ou de stabilité.

À étudier les pourcentages sur la saison 2014-2015, on pourrait croire que les zones géographiques les plus pauvres sont celles qui emploient le plus de femmes ; y aurait-il un lien de cause à effet ?

Les données changent d’une année sur l’autre. Nous avons remarqué certains phénomènes, mais pour l’instant nous n’en tirons pas de conclusion. Celui que vous évoquez pourrait être une piste. L’autre étant que si des femmes sont présentes à la direction des structures, elles auront plus recours à des artistes féminines… Ce qui n’est pas toujours vrai ! Cela peut être ambivalent, elles peuvent raisonner d’une autre manière.

Cette année, vous avez intégré le secteur de l’audiovisuel dans la brochure ?

Oui, cela a été beaucoup plus compliqué à faire, nous avons utilisé différentes sources, les données du CSA, du CNC, de la guilde française des scénaristes… C’est la dernière année où nous éditerons cette brochure. L’objectif était d’occasionner une prise de conscience générale, de faire en sorte que le programmateur ou la programmatrice d’une manifestation culturelle pense aux femmes artistes au moment de prendre ses décisions. Nous continuerons certainement à travailler en ce sens, peut-être sous d’autres formes. Le 17 octobre par exemple, une table ronde Femmes et composition est organisée, au siège de la SACD à Paris[1].

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Octobre 2014


[1]    NDLR : La proportion de femmes compositrices ne dépasse pas 1% dans les orchestres, théâtres et opéras pris en compte par la brochure Où sont les femmes ? 2014-2015. Le détail par lieu est disponible sur www.ousontlesfemmes.org

Quelques données extraites de la brochure Où sont les femmes ? Saison 2014/2015 concernant la Région PACA :

Théâtre National de Nice : 27% de metteuses en scène, auteures ou chorégraphes

Théâtre National de Marseille – La Criée : 24% de femmes metteuses en scène, auteures ou chorégraphes

Festival d’Avignon : 18% de metteuses en scène, auteures ou chorégraphes

Opéra de Marseille : 11% de metteuses en scène, chefs d’orchestres, chorégraphes ou solistes instrumentistes

Festival d’Aix en Provence : 12% de femmes metteuses en scène, chefs d’orchestres, chorégraphes ou solistes instrumentistes

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Photo : Muriel Couton -c- X-D.R.