Entretien avec Raymond Yana, élu à la tête d’AF&C, l’association coordinatrice du festival Off d’Avignon

Off d’Avignon : réguler et dialoguer

Entretien avec Raymond Yana, élu à la tête d’AF&C, l’association coordinatrice du festival Off d’Avignon - Zibeline

Le nouveau président d’AF&C, élu le 13 janvier, ne promet aucun « changement spectaculaire » mais « une gouvernance plus collégiale »

Raymond Yana, metteur en scène et comédien (directeur pendant le Off de l’Espace Alya et du Chapeau d’Ebène Théâtre), succède à Greg Germain à la tête d’AF&C, l’association coordinatrice du festival Off d’Avignon. L’occasion d’un premier entretien.

Zibeline : Seul à candidater au poste, vous avez donc été élu, de fait, à l’unanimité ?

Raymond Yana : Il n’y a pas eu d’autre candidature mais on a quand même procédé à un vrai vote à bulletin secret, le résultat était très confortable. Après l’annonce du départ de Greg Germain mi-novembre, compte tenu de mon expérience, il nous a naturellement semblé que je pouvais porter cette candidature.

Quelles sont vos orientations face aux problématiques du Off ?

J’ai surtout proposé une méthode pour régler ces problématiques repérées : la professionnalisation des lieux et des compagnies, le développement des publics, l’accompagnement à la création, le problème de l’affichage et la marchandisation. On ne peut pas rester sans rien faire, sinon c’est le marché qui décide et il n’y a rien de pire ! Les plus petits disparaitront, alors que l’ADN du Off c’est de faire connaître les émergents.

Vos solutions pour réguler ce marché exponentiel dans une ville saturée ?

Je ne suis pas l’homme providentiel, mais étant au CA depuis 2006, je connais le sujet. On va mettre en place des commissions thématiques pour s’emparer de ces questions, dès le prochain CA, le 1er février, puis une fois par mois jusqu’au festival.

Jusqu’alors ces commissions ont donné peu de résultats…

Elles existaient sur le papier mais ne se réunissaient pas. Notre intention est de les organiser, de réunir les adhérents, d’animer un comité de réflexion. Le développement du Off a ses limites, mais si c’est à AF&C de réguler et d’alerter, les tutelles doivent aussi s’impliquer, sur les transports, l’hébergement…

Votre principal objectif ?

Faire respecter en concertation la liberté de création sans qu’elle devienne anarchique, de façon harmonieuse, en n’écartant personne.

Un rapprochement avec le In, et les Scènes permanentes ?

Nous souhaitons rencontrer les Scènes, elles ont un rôle majeur mais il faut participer aux commissions. Quant au In, réduit à 19 jours en 2016 pour des raisons économiques (ndlr : 6 au 24 juillet), nous continuerons une semaine de plus (7 au 30) : elle sera difficile, mais ça a fait l’objet d’un vote et ceux qui veulent arrêter avant le peuvent. In et Off ne peuvent plus s’ignorer, ce n’est pas qu’une question de dates, il faut renouer le dialogue.

Propos recueillis par DELPHINE MICHELANGELI
Janvier 2016

Réaction des Scènes d’Avignon

Pour Gérard Gélas (co-fondateur du Off avec André Benedetto) : « On a inventé le Off sans faire exprès. Quand on voit ce qu’il est devenu, on ne peut pas en être le président ! On ne s’y reconnaît plus. Il faut réfléchir à une sortie de crise de cette marchandisation en remettant les artistes sur le devant. Dans une ville qui parle démocratie participative, dialoguons et réfléchissons ensemble à l’avenir de ce festival. Avignon est une belle endormie que les Scènes essayent de réveiller toute l’année ! »

Serge Barbuscia, face à la proposition de Greg Germain d’ouvrir à des résidences l’année sa Chapelle du Verbe Incarné, mise à disposition par la ville et ouverte jusqu’alors uniquement l’été : « Rien ne l’a jamais empêché de le faire ! Les Scènes, ce sont des artistes qui suent pour ouvrir leur lieu toute l’année au public. On défend un théâtre professionnel permanent pour donner à cette ville la dimension qu’elle mérite. » DE.M.

Photo : Raymond Yana -c- Dominique Sierra