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Les Nuits flamencas d’Aubagne, du 4 au 6 juillet

Nuits flamencas d’Aubagne

• 4 juillet 2019⇒6 juillet 2019 •
Les Nuits flamencas d’Aubagne, du 4 au 6 juillet - Zibeline

L’Andalousie chez Pagnol. Entretien avec le directeur artistique des Nuits flamencas d’Aubagne, le guitariste Juan Carmona.

Zibeline : Pourquoi la culture flamenca paraît si ancrée dans nos territoires ?

Juan Carmona : Tout simplement parce qu’ils sont très cosmopolites. On peut y trouver de nombreuses cultures dont l’andalouse et la gitane. Mais il y a aussi beaucoup de Cubains et de latino-américains. Il y a donc vraiment un public pour ces musiques. Ce qui explique l’engouement pour ce genre de manifestations qui ne sont pas si nombreuses en France.

Quel esprit a guidé la programmation ?

La qualité avant tout et une certaine authenticité. C’est moins le cas maintenant mais il y avait beaucoup de confusion autour du terme flamenco, entre la musique flamenca qui vient d’Andalousie et le phénomène gypsy. L’idée est de retrouver Séville dans la région.

Côté musique, on relève une approche assez pointue avec le pianiste jazz Dorantes.

Tout à fait. Le flamenco a dépassé ses frontières. Il va puiser des inspirations dans le jazz jusqu’à l’émergence d’une mouvance flamenco jazz. Déjà dans les années 90, j’avais rencontré des musiciens tels que Baden Powell et Larry Coryell. Cette soirée nous donne l’opportunité d’un partenariat avec le festival Marseille Jazz des Cinq continents.

En danse, vos choix semblent au contraire plus académiques et grand public…

La danse apporte la dimension festive et visuelle au genre. Même si on n’est pas un aficionado de cette musique, on peut vite tomber sous le charme du côté spectaculaire. La danse a énormément évolué avec la nouvelle génération dont fait partie Jesus Carmona.

Un coup de cœur dans la programmation ?

Justement, j’affectionne particulièrement ce danseur. Je tiens à préciser qu’il n’est pas de ma famille ! Jesus Carmona est d’une grande authenticité, avec beaucoup de respect pour la tradition. Il a aussi étudié la danse classique et contemporaine. Sa synthèse donne quelque chose d’explosif.

Vous êtes également à l’affiche avec votre quartet.

J’ai un parcours qui n’a rien à voir avec celui d’un guitariste de flamenco classique. Je suis parti m’installer à Jerez, en Andalousie, une des villes les plus authentiques du flamenco. J’y ai étudié la tradition et eu la chance d’accompagner les plus grands danseurs et chanteurs du genre. Mais j’ai toujours eu une attirance pour le jazz ou les musiques brésiliennes. J’ai aussi composé pour des orchestres symphoniques, travaillé avec Vladimir Cosma ou pour Claude Lelouch sur son film La belle histoire. Je suis un éternel curieux de la musique en général. Le profond respect que j’ai pour le jazz m’amène de plus en plus à en colorer ma musique. Mais je resterai toujours un guitariste flamenco.

Le festival propose aussi un volet transmission.

Le flamenco me donne la chance de voyager à travers le monde et je me suis aperçu que ce n’est pas une mode mais bien une tradition ancrée. Dans n’importe quel coin, on peut trouver une école de danse. La pédagogie est fondamentale surtout quand on n’est pas dans le pays directement concerné. Il y a beaucoup d’amateurs qui veulent pratiquer et ne savent pas où s’adresser. Nous avons monté des ateliers tout au long de l’année avec le conservatoire d’Aubagne. Pendant le festival, on trouve des master classes avec de grands maîtres.

Ces Nuits flamencas sont entièrement gratuites. Pourquoi ce choix ?

C’est l’aspect exceptionnel du festival. Les artistes qui viennent se produire à Aubagne peuvent jouer le lendemain au Carnegie Hall à New York. C’est une volonté de la Ville.

N’est-il pas parfois délicat d’être directeur artistique d’un festival et en même temps musicien ?

C’est bien pour cela que je ne suis pas partisan de jouer tous les ans. C’est vrai que ce n’est pas simple, surtout que le flamenco est un petit milieu et que je connais pratiquement tout le monde. Les artistes ont conscience qu’on ne peut pas faire plaisir à tous. Chaque année, je prends une orientation différente, avec des objectifs précis. En 2019, je souhaitais l’ouverture sur le jazz et la présence d’un ballet. Moi-même je comprends que je ne peux pas être programmé partout.

Quels sont vos projets musicaux ?

À chaque nouvel album correspond un nouveau concept. Celui qui je suis en train de réaliser va mêler le flamenco avec les musiques du Maghreb. J’ai choisi parmi les meilleurs artistes des deux genres. Je travaille notamment avec les musiciens du groupe El Gusto. J’espère aboutir d’ici la fin de l’année.

LUDOVIC TOMAS
JUIN 2019

Les Nuits Flamencas
4 au 6 juillet
Divers lieux, Aubagne
04 42 03 72 75 lesnuitsflamencas.fr

Au programme
Juan Carmona Quartet, Dorantes Trio et la danseuse Leonor Leal
4 juillet Théâtre Comoedia

Naturalmente Flamenco, Ballet flamenco de Andalucia
5 juillet Esplanade De Gaulle

Impetu’s, Cie Jesus Carmona
6 juillet Esplanade De Gaulle

Bal sévillan, Giraldillo
5 & 6 juillet Esplanade De Gaulle

Cinéma : Flamenco, Flamenco de Carlos Saura
2 juillet plein air

Camarón : flamenco y revolución d’Alexis Morante
4 juillet cinéma Le Pagnol

Impulso d’Emilio Belmonte
5 et 6 juillet cinéma Le Pagnol

Photo : Juan Carmona c Molina Visuals