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Fréquentation des salles de cinéma dans le sud-est de la France

Notre cinéma est-il art ou industrie ?

Fréquentation des salles de cinéma dans le sud-est de la France - Zibeline

Chaque année le Centre National du Cinéma publie une étude sur la fréquentation des salles de cinéma par département. Dans le Sud-Est comme ailleurs des salles ouvrent, et le cinéma américain domine…

France Provence Alpes Côte d’Azur Occitanie Ile de France
Entrées par habitant 3,26 3,48 2,99 4,51
Fauteuil par habitant 1/57

 

1/59 1/60 1/54
Ecrans art et essai 45,6% 37,5% 49,5% 32,2%
 Films Français 37,4% 35,2% 37,9% 34,5%
 Films Américains 49,2% 52,8% 50,2% 50,4%
Films extra européens (hors Europe) 2,8% 2,4% 2,6% 3,7%
CSP+ 26,6% 32,3% 30,9% 37,4%
Plus de 50 ans 30,8% 44,8% 41% 36,4%

Les Français fans de cinéma

210 millions d’entrées, le plus grand réseau de salles de cinéma du monde (par habitant), une pratique partagée par tous : hommes, femmes, employés, cadres, professions libérales, étudiants, enfants, tous vont au cinéma, seuls les chômeurs s’en tenant plus que les autres éloignés. Plus de deux tiers des Français sont allés au cinéma en 2017. Et ils y vont souvent : 3,26 fois par an en moyenne, pour 2,2 fois en Espagne… Dans le Sud-Est la moyenne est plus élevée, sans que cela atteigne la parisienne, exceptionnelle (proche de 10) ou celle de l’Île de France.

Le réseau des salles classées Art et Essais représente 45% des écrans, et est en augmentation constante, en particulier dans de petites communes grâce à des politiques municipales volontaristes. La Région Sud, très dense comme L’Île de France en multiplexes, est de ce point de vue assez à la traîne…

Autre particularité : près de 45% des spectateurs ont plus de 50 ans, record national pour une moyenne de 30,8%. Et les CSP+ y sont plus nombreux qu’ailleurs, également, le Sud Est à cet égard se rapprochant de l’Île de France. Où l’on va plus au cinéma qu’ailleurs, même si la Région Sud est la deuxième de France, après Paris, en termes d’entrées par an et par habitant.

Que voyons-nous sur nos écrans ?

Les pratiques cinématographiques des Français sont stables depuis des années, et à quelques détails près, celles des habitants du Sud-Est leur emboîtent le pas : la domination du cinéma américain est si importante qu’elle interroge véritablement la nature de ce que nous considérons comme notre réel.

En France, près d’un film sur deux, et dans notre région plus d’un film sur deux, est américain. Ce chiffre augmente encore chez ceux qui ne vont qu’une fois ou deux au cinéma par an, et dans les Bouches-du-Rhône (54%).

Les Français, à cet égard, ne sont pas une exception, et le cinéma américain est premier dans tous les pays européens, et dans le monde entier, sauf en Inde. 3 des 5 films les plus vus en France en 2017 sont américains (Moi Moche et méchant 3, Star Wars les derniers Jedi, Baby Boss), ils représentent à eux 3 plus de 10% des entrées en France. Les 2 autres (Raid dingue et Valérian et la cité des Mille Planètes) sont français, mais dans le Sud-Est Raid dingue est détrôné par un autre film américain, La Belle et la bête.

Pourtant le cinéma français résiste bien, représentant encore 37,4% des entrées, grâce évidemment à la politique d’aide à la production du CNC. Dans le reste de l’Europe la part du cinéma national est catastrophique. Et il représente 96% aux États-Unis, qui ne se regardent qu’eux-mêmes.

Part du cinéma national Part du cinéma américain
Allemagne 9,4% 82%
Espagne 10,2% 88%
Italie 17,1% 69%
France 37,4% 49,2%

L’horizon cinématographique des Français au cinéma est donc américain, puis français, et européen ensuite : la curiosité pour d’autres cinémas, extra-européens, c’est-à-dire toute l’Afrique, l’Asie, l’Australie, l’Amérique Latine, le Canada… ne génère qu’un peu plus de 2,4% des entrées dans notre région. Soit au-dessous de la (petite) moyenne nationale, et très en dessous de la moyenne parisienne (voir tableau).

Art ou industrie ?

Ce phénomène de la domination américain, et de la résistance du cinéma français, recoupe en partie l’opposition entre l’art et l’industrie cinématographiques. Bien sûr certains films américains sont des films d’auteur, l’art n’est pas absent de certains blockbusters… et Raid dingue, meilleur film français au box-office en 2017, est un produit industriel.

Mais généralement les salles d’art et essais, les festivals, les actions pédagogiques, donnent à voir un autre cinéma, et résistent. Car il y a plusieurs manières d’aller au cinéma, et les pratiques culturelles des « spectateurs assidus » (qui voient au moins un film par semaine) et des « spectateurs réguliers » (qui voient au moins un film par mois) diffèrent sensiblement de celles des « spectateurs occasionnels » (moins d’un film par mois). Représentant seulement 35% des spectateurs, les « réguliers et assidus » additionnent 65% des entrées, fréquentent d’autres lieux culturels (théâtres, musées…) et ne se fient pas aux bandes annonces pour choisir leurs films, mais aux critiques.

Ce sont eux qui permettent que les 5 premiers films du box-office n’additionnent « que » 12% des entrées, et que les 5909 écrans français aient programmé, en 2017, 7899 films, dont 693 inédits… Un tel résultat, qui témoigne de la bonne santé de la production et de la diffusion cinématographiques en France, serait impossible sans la politique volontariste de soutien à la production du CNC, et sans celle des chaînes de télévision, qui s’amenuise. Cette politique publique de soutien à la chaîne du cinéma permet également aux petites communes ou territoires déshérités de posséder un lieu culturel dont les portes ne sont pas trop intimidantes à franchir. Il faut s’en féliciter, et le défendre.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2018

Données consultables sur le site du Centre National du Cinéma

Photo : Cinéma Le Luberon à Pertuis (84) -cc- Bserin