Brice Albernhe à la tête de Villeneuve en Scène : un recrutement controversé

Nomination en rétropédalage

Brice Albernhe à la tête de Villeneuve en Scène : un recrutement controversé - Zibeline

Le recrutement «à trous d’air» du directeur artistique de Villeneuve en Scène crée la polémique.

Après moult rebondissements, on sait qui remplacera Frédéric Poty, directeur artistique du festival des théâtres en itinérance depuis 2004, candidat malheureux à sa propre succession, pourtant seul à passer le 2nd tour parmi les 5 en lice. Si le nom de Catherine Dan, directrice de la Chartreuse -bien que non candidate et membre du jury de sélection- a émergé fin octobre, l’intéressée a finalement décliné.

C’est donc Brice Albernhe, qui a monté les Nomade(s) de la Scène de Cavaillon puis fut responsable du spectacle vivant au CG 74, qui donnera «le nouvel élan» désiré par la ville et sa régie autonome (interne depuis juillet). «Je me veux continuateur du festival dont le cadre forain restera la base», rassurait-il le 6 nov lors de sa nomination surprise, souhaitant élargir aux Arts de la rue et à la danse, re-questionner l’accueil des compagnies (qui jouent à la recette), développer les synergies avec le In, le Off, et la Chartreuse. Si ses compétences sont indéniables, on peut néanmoins s’interroger sur le repêchage d’un candidat resté à la porte du 1er tour, alors que Frédéric Poty était prêt à rempiler. «Sur la polémique de recrutement, on peut imaginer qu’il y a eu des trous d’air, mais je ne suis pas là par hasard, se défendait le nouveau directeur, je connais mon travail !»

Mais pour F. Poty, si «le divorce est consommé», «la procédure démocratique de l’appel d’offres» reste indigeste. Il a lancé une pétition en ligne (sur mesopinions.com) «pour des procédures de nomination transparentes». «Et pour dénoncer le comportement de la régie. On m’a poussé dehors !» clame-t-il, outré, autant que les tutelles qui risquent de «retirer leurs billes», selon lui. Lorsque Jean-Marc Roubaud, maire de Villeneuve-lez-Avignon, lui annonçait en juin qu’un recrutement s’engageait suite à de «nombreuses demandes», F. Poty a joué le jeu «pour formaliser [son] poste». Mais pour le maire «ses exigences ont fait qu’on n’a pas pu continuer à fonctionner avec lui». Ce que conteste l’intermittent éconduit : «J’ai juste posé la question de la rémunération sans en faire une clause finale.» Une éviction due aux prétentions salariales, à une esthétique trop resserrée centrée sur des équipes artistiques peu renouvelées, à une difficulté à collaborer avec les festivals voisins ?

La nomination reste opaque, même si J-.M. Roubaud l’a ainsi clarifiée : «Je ne voulais pas nommer un directeur dans le secret de mon bureau, d’où l’idée d’organiser un jury consultatif pour la désignation. Mais c’était une aide à la décision, pas un appel d’offres. La page est tournée.» Pour F. Poty aussi, qui alerte cependant : «Il n’y a plus d’archives, pas de programmation, pas d’équipe, pas de passation, pas de subventions demandées. Ils repartent à zéro. C’est ubuesque !». Avec le risque de voir ce festival international redevenir une manifestation municipale.

DELPHINE MICHELANGELI
Novembre 2014

www.villeneuve-en-scene.com

Photo : © Soyons flous