Entretien avec Anne Guiot, directrice de Karwan, inquiète pour son avenir

Ne pas perdre Karwan…

Entretien avec Anne Guiot, directrice de Karwan, inquiète pour son avenir - Zibeline

Karwan a organisé en 2013 bon nombre des manifestations qui ont fait le succès public de la Capitale culturelle, et dont chacun a souligné la grande qualité artistique. Pourtant Anne Guiot, directrice de l’association, nous alerte aujourd’hui sur sa possible dissolution…

Zibeline : Quelles sont ces difficultés qui mettent en péril la survie de votre structure ?

Anne Guiot : Notre budget de fonctionnement est en baisse, le contexte général du financement de la culture allant de mal en pis, mais plus précisément les manifestations que nous portions régulièrement sont annulées ou non reconduites.

Mais pourtant en 2013 vous avez porté des manifestations d’envergure…

Oui, nous avons contribué à ce que l’espace public soit réinvesti, et avons aidé à révéler l’attente du public. Mais nous risquons de ne pas être en mesure de bénéficier du rebond que pressent Anne-Marie d’Estienne d’Orves (actuelle élue en charge de la Culture à Marseille, ndlr).

La Biennale des arts urbains fait pourtant partie de ses projets.

Oui, elle est annoncée pour 2016. Mais il faudrait accélérer la prise de décision si la Mairie veut que nous continuions à exister. On est actuellement dans un couloir de strangulation qui génère une crise, et cela parce que l’État ne croit plus à la Culture, et que la commande publique n’existe plus.

Pourquoi Karwan est-il particulièrement impacté ?

Nous sommes des bâtisseurs de projets culturels territoriaux rue et cirque. Pour mémoire nous avons organisé L’Année des 13 lunes avec Lieux Publics, les Escales de Cirque en 2002 sur le J4, le Grand répertoire des Machines, quatre éditions de la Folle Histoire des arts de la rue, Flammes et flots sur le Vieux Port en 2013, Salon Public, et chaque année la Saison régionale des arts de la rue, seule manifestation qui reste aujourd’hui vivante.

Salon Public a été annulé dans des conditions très contestées…

Oui. Ce qui m’a mise en colère, c’est que la nouvelle municipalité n’a pas voulu nous recevoir, ni mettre par écrit sa position. Le projet de 2014 était prêt, depuis 6 mois… Ils ont le droit de changer, mais pas ainsi.

Salon public est remplacé par un festival de folklore…

Aux mêmes dates effectivement. On ne peut pas dire formellement que cela «remplace», je ne veux pas entrer dans ce type de polémique… Pour ce qui est de la Folle Histoire, le Conseil général 13 ne sait pas ce qu’il va devenir dans la refonte de la réforme territoriale. Il n’est pas assuré de conserver une compétence culturelle, et a aussi moins d’argent.

La Folle Histoire était une manifestation phare, mais coûteuse.

Les arts de la rue peuvent être couteux, mais cela dépend comment on regarde. Entre Flammes et Flots a coûté 800 000 €, mais a rassemblé plus de 450 000 spectateurs. C’est cher, oui, mais ce sont des arts gratuits, plébiscités, qui correspondent à une nouvelle conception artistique qui entre dans l’espace public en friction avec ce que les gens vivent. Ce que vous voyez là ce soir (voir critique dans journalzibeline.fr) a coûté 2000 €, et rassemble 400 personnes autour d’un texte et de comédiens. Cela correspond à une pratique du spectacle vivant qui change.

Karwan est-il aidé par l’État ?

Nous avons son soutien, mais ce soutien a baissé.

Quelles sont vos relations avec Lieux Publics, Centre National des Arts de la rue, votre voisin à la Cité des Arts de la rue ?

C’est une chance pour le territoire que des approches si différentes coexistent. Le Centre National est le lieu du laboratoire, de l’expérimental ou du très participatif. Lieux Publics porte des artistes qui ont des questionnements d’artistes. Nous, nous recherchons une relation entre le public et l’espace, et trouvons les artistes pour résoudre cette équation. Nous avons une expertise de cela.

Ancienne oui, et dont on a mesuré l’efficacité. Que vous faudrait-il pour sortir d’affaire ?

Que la suite de 2013 se précise, que les collectivités sortent de la stupeur et qu’elles recommencent à construire des politiques publiques de manifestations.

Et la Cité des Arts de la Rue ?

Elle a été inaugurée en 2013. C’est un magnifique équipement qu’il faut ouvrir au public. Nous sommes force de proposition pour cette ouverture, sous forme de diffusion, d’accueil pour la BIAC par exemple, pour la saison régionale, pour Tendance Clown… Nous organisons aussi des résidences de répétition, des stages, de la pratique amateur. Il faut que ce lieu vive. Pour nous, il est l’endroit où les propositions que nous faisons dans le centre ville peuvent se décliner autrement dans les quartiers populaires, leurs établissements scolaires mais aussi, et surtout, leurs rues.

Entretien réalisé par AGNES FRESCHEL
Octobre 2014

Photo : Anne Guiot c Augustin Le Gall